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(shamy) + love, i have wounds only you can mend.

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Shaé I. Lunario
+ District Onze +


♣ Nombre de message : 72
♣ Date d'inscription : 11/05/2014
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MessageSujet: (shamy) + love, i have wounds only you can mend. Mar 24 Fév - 22:12

love, i have wounds only you can mend.

This is the woman I love; a little bit messy, a little bit ruined, a beautiful disaster, just like me. ✻ Elle n'y croit toujours pas, qu'elle est vivante. Qu'elle respire. Que chaque matin elle ne se réveille pas pour découvrir qu'elle repose dans une tombe. Mais quand elle rouvre les yeux, son souffle est saccadé, irrégulier. Elle est malade, Shaé, mais pas d'une maladie qui se soigne.

C'est comme ça aussi lorsqu'elle descend du train à la suite de Trishteh et ses tributs. Elle n'y croit plus totalement. La vie est peut-être un rêve dont elle ne se réveille pas. Mais il y a des choses qu'elle sait. Par exemple, que l'arène a réduit en miettes tout un pan de la raison à laquelle elle se raccrochait encore. La voix dans sa tête s'est tue, d'accord. Mais elle voit l'horreur partout. Le sang et la chair parsèment ses cauchemars et un voile s'est posé sur sa vue. Elle a du mal à croire que son cœur continue, qu'il bat encore. Mais la brunette se raccroche.

C'est ce qu'elle s'est dit aussi pour survivre aux Hunger Games. Elle ne pouvait pas mourir parce que quelqu'un avait besoin d'elle. Parce que quelqu'un comptait sur elle. Tenait à elle. Il y avait une raison pour laquelle la folle du Onze n'avait pas pété les plombs au milieu de la boucherie, et elle était simple; il y avait Romy. Celle qui avait réussi à la rendre ivre de bonheur lorsque l'hovercraft était descendu du ciel pour recueillir leurs deux corps couverts de sang et encrassées de la tête aux pieds, après qu'elles soient passées à deux doigts de s'enfoncer mutuellement un coteau dans le cœur. Elle se souvenait d'avoir serré sa main dans la sienne à s'en massacrer les doigts, parce que l'espace d'un instant, malgré la peine et le sang, elle était heureuse. Elle se souvenait aussi, encore avant, d'avoir posé la main sur la joue de la blonde et l'avoir embrassée, souvenir fugace qui s'était vite perdu dans l'action lorsqu'elles étaient tombées sur une paire de tributs. Elle ne regrette pas, pourtant. Ç'avait eu l'air presque irréel, mais elle ne regrette pas. Et maintenant elle est là. Mentor à son tour. Mais dans le train, elle leur a bien fait comprendre qu'elle ne leur servirait que à payer des parachutes, sauf un conseil; bien choisir leurs alliés. Sans la sienne, elle serait pire que morte. Alors s'ils voulaient tenter de vivre plus de quelques heures, c'était le seul conseil qu'elle était sûre de vouloir leur donner. Trish s'occupait très bien du reste.

Engoncée dans sa robe noire, son manteau crème et les lourdes godasses qu'elle n'a pas quitté, Shaé détonne. Au milieu des couleurs vives et de la fantaisie du Capitole, elle fait tache. Mais elle s'en fiche. Lorsqu'ils lui ont proposé leur offre dégueulasse, elle a bien eu les tripes de dire non. Pas de famille à lui enlever, personne, sauf Lucy et Romy. Mais Lu, elle vivait avec elle maintenant, avec elle et le bébé. C'était le rayon de soleil. Et Romy était en sécurité, au Six. Pas de soucis. Elle peut respirer. En face de leur train, de l'autre côté du quai, celui du district Six vient de s'immobiliser. Son souffle se coupe. Romy...Romy est là-dedans. Romy qu'elle n'a pas revu depuis leur Tournée de la Victoire. Romy a qui elle a écrit mille et mille lettres sans les envoyer, qu'elle a imaginé pour lui lancer des mots qui n'ont plus de sens la nuit et se consoler en pensant qu'elles sont vivantes, toutes les deux. L'afflux de pensées lui monte à la tête quand les portes coulissent et la silhouette de la blondinette s'y encadre.

Elle a grandi. C'est la première réflexion qu'elle se fait, hagarde. Et elle a pris de l'éclat, avec ses mèches dorées et ses vêtements parfaitement propres et repassés, si différents de l'état de crasse où elles étaient dans l'arène. Et elle lui coupe le souffle. Shaé, elle se permet d'arrêter de penser pendant un moment. Et elle plante Trishteh et les tributs là, ses pas claquent sur les dalles, et en cinq secondes elle serre Romy dans ses bras. Elle la serre contre elle à lui en briser les os, sans dire un mot. Elle a juste besoin qu'elle soit là. Juste besoin de ça.
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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (shamy) + love, i have wounds only you can mend. Jeu 26 Fév - 15:26


» bittersweet victory «

Un an. Un an que tu as posé ton petit pied sur les marches de ce même train, convaincue que l'heure était enfin venue de te faire pardonner ta vie par ta mort. Un an que tu as paradé devant le Capitole. Un an qu'ils t'ont jetée dans l'arène parmi les fauves. Un an que tu as vu les innocents s'éteindre un à un. Sauf un. Sauf une. Shaé. Son souvenir englobe tout. Le temps perdait de sa valeur avec elle. La toute première fois que tu as posé les yeux sur elle, vos êtres ont fusionné. Vos demi-courages respectifs se sont assemblés pour en faire un tout entier. Vous avez chacune été le baume d'un cœur, vous avez été le peu de chaleur qui suffit à un homme pour tenir le coup. Deux petites créatures silencieuses, pâles, faibles. Avec un coeur énorme qui bat très fort. Shaé a pris toute la place dans le tien. Ce n'est pas vraiment explicable. Vous avez vécu la terreur la plus intense, le soulagement le plus fort et le plus amer aussi. Tout ça ensemble, sans jamais se lâcher la main parce que ç'aurait été trop difficile sinon. Toi, Romy l'indigne, la pâle, l'insignifiante, toi, Vainqueur des 18ème Jeux de la Faim ! Et pas seule...Pas seule, pour la première fois. Il y a eu trop de sang, trop de larmes, pour qu'il y ait assez de place pour quelqu'un d'autre que Shaé. Tu n'es liée qu'à elle, et ce sera ainsi jusqu'à-ce qu'enfin la mort daigne venir vous cueillir comme de jolies fleurs fanées. Les Jeux t'ont abîmée. Tu es plus silencieuse encore qu'avant, plus sombre encore, plus amère aussi. Mais quelque part au milieu de tout ça, tu es devenue belle. Difficile de dire pourquoi. C'est comme ça. Tu as perdu de ta réserve, de ta délicatesse. Tu te fous pas mal de vexer les gens, de surprendre, de dire des choses déplacées. Mais tu fais attention à ne pas dépasser les limites parce que le Capitole te regarde. Qu'ils savent. Ils voient en toi comme dans un livre ouvert. Ils savent que rien ne peut t'atteindre à part une chose. Ils savent à qui faire du mal si un jour ils se mettent en tête de te punir. Alors tu fais attention, quand même. Parce que tu ne supporterais pas qu'on t'arrache Shaé. C'est un sentiment un peu égoïste au fond, parce que si Shaé partait alors la tête te tournerait, il n'y aurait plus le nord et le sud, la droite et la gauche, le blanc et le noir. Et la vie ne vaudrait plus la peine d'être vécue, pas même un petit peu.

Tes pieds nus font grincer le parquet. Tu te hisses hors de tes couvertures de soie et titubes, encore ensommeillée, jusqu'à la fenêtre, où, les mains sur les hanches, tu t'étires comme un chat et fais craquer chacun de tes os graciles. C'est sous un ciel d'acier que l'engourdissement de la nuit s'évapore de ton corps. C'est sous un ciel d'acier que tu te rappelles subitement. La moisson. Tu n'aurais pourtant jamais dû en vivre une 18ème...Mais tu n'es pas en danger. Et même si ce sentiment de soulagement te laisse une pointe de culpabilité, tu es heureuse de pouvoir t'habiller sans une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Voilà ce que Panem a fait de toi. Un pantin égoïste. Tu t'immobilises, en collant noir et soutien-gorge, en croisant ton regard dans le miroir orné de dorures qui est posé sur ta commode. Tout ce luxe te dégoûte. Chaque dorure, chaque parcelle de bois exotique ou de tissu soyeux te rappelle le sang, les larmes, le feu. Chaque regard dans le miroir t'envoie des images de ce joli corps de femme à la peau pâle et aux cheveux blonds, non pas debout, propre et paisible, mais couvert de suie, de larmes, à genoux dans la terre, enfonçant un couteau dans de la chair innocente. Parce qu'on ne pouvait pas faire autrement. Parce que c'est les Jeux. Ta lèvre inférieure se met à trembler et tu te mords brutalement l'intérieur de la joue pour t'empêcher de pleurer, pas encore... Tu as mordu trop fort. Le sang envahit ta bouche. « Merde... » Le sang s'immisce entre tes dents. Tu retrousses tes lèvres. C'est ça. C'est toi. C'est elle, la vraie Romy. Pas cette femme élégante aux cheveux peignés. La vraie Romy, c'est cette gamine à la bouche pleine de sang, complètement paumée. Tu craches dans le lavabo et tes mains et tes épaules se crispent sur les bords de la commode. Tes yeux sont fermés. Vertige. Tu cours à la fenêtre et tu t'allumes une cigarette en tremblant. Putain. La fumée emplit tes poumons. Tu peux fumer autant que tu veux, maintenant que tu as l'argent pour. Tes parents sont logés comme des rois eux aussi, par la fille qu'ils avaient oubliée avant qu'elle ne gagne les Jeux. Tu ne fais pas attention à eux. Tes cousins sont là aussi. Elizabeth, que tu as sauvée d'une mort certaine et qui te regarde toujours passer avec des yeux admiratifs quoique un peu méfiants. Tu l'appelais Lizzie autrefois. Maintenant, ce n'est plus qu'Elizabeth. Tes parents ont recommencé à t'appeler Rosemary au lieu de Romy. Comme quoi...Tout le monde prend ses distances. Tu tires sur la cigarette, beaucoup trop fort. Les larmes ne coulent pas. C'est déjà ça. Tu écrases le cul de cigarette dans le cendrier de crystal posé sur le rebord de la fenêtre. Tu frottes tes yeux de tes poings et éclabousses ton visage d'un peu d'eau glacée. Tu brosses tes cheveux, maquilles tes yeux, rosis tes joues, jusqu'à-ce que toute trace de ton accès de vertige soit camouflée. Et puis tu enfiles la robe la plus sobre de celles que t'as envoyées le Capitole. Une robe de soie couleur crème, avec un col de fine dentelle. Un peu vieillot, mais tu aimes bien. Tu accroches le fin pendentif doré offert par le président Stark autour de ton cou à la peau de lait. C'est un minuscule oiseau d'or qui se loge au milieu de ta clavicule. Tu enfiles ta longue veste noire. Tes cheveux trop pâles reposent dans ton dos. Trois fines bagues ornent ta main droite. Tu pousses un soupir, glisses ton paquet de cigarettes dans ta poche et te voilà partie. C'est tout ce dont tu as besoin. Pas de valise. Ils t'offriront tout ce dont tu as besoin sur place. Tu as simplement tes cigarettes dans une poche, et un petit carnet relié de cuir noir dans l'autre. Tu t'es mise à écrire des poèmes, pour passer le temps. En un an tu as rempli tout un carnet, et tu voudrais l'offrir à Shaé. Après tout, la plupart des poèmes lui sont destinés. Ils ne valent pas grand chose, mais tu sais que Shaé les comprendra. Et puis ce sera une façon de rattraper le temps perdu. Pas une lettre, pas un appel, pas une visite. Tu as encore du mal à croire qu'on te fasse retourner au Capitole. Tu as presque l'impression de revivre l'année dernière. Mais tout est si différent maintenant...

...Et tu vas revoir Shaé. Alors tu es presque pressée que la Moisson se déroule. Tu ne regardes pas les tributs, n'écoutes pas leurs noms. Ils vont mourir, sûrement. Tu ne veux pas en entendre parler. Tu laisses ce soin à Kaya. Elle fera ça bien mieux que toi. Tu gardes les yeux fixés sur le ciel d'acier sans entendre les humains qui se débattent encore. Toi, tu ne te bats plus. Tu es paisible. Tu as accepté ce monde et ses atrocités. Tu n'as plus qu'une chose en tête: revoir Shaé.

Tu as échangé quelques mots avec les tributs, finalement, parce que l'égoïsme ne te vient plus si naturellement qu'autrefois, même si tu fais des efforts. Tu leur as demandé leur nom, et puis tu as voulu leur dire quelque chose de rassurant ou d'intelligent, mais ta gorge s'est nouée, et tu as tourné les talons comme une idiote, les larmes aux yeux. Tu ne feras pas cette erreur deux fois. Tu t'es recroquevillée tout à l'arrière du train, seule, le menton posé sur tes genoux et les yeux rivés sur le monde sauvage et libre qui défile. Tu es restée là pendant le plus clair du voyage, sans qu'un son ne se faufile entre tes lèvres. Et puis le paysage a changé. Les buissons et les ruisseaux ont fait place à l'architecture titanesque du Capitole et à ses couleurs criardes. Tu as déglutit douloureusement. Tu sais que les caméras t'attendent, que les fauves se battront pour t'arracher un mot, en te malmenant si il le faut. Tu ne te sens pas prête à affronter tout ça, mais tu sais aussi que quelque part derrière toutes ces bêtes en plumages roses, il y aura Shaé, ta petite Shaé, avec ses yeux de biche et sa peau pâle. Le train siffle, s'arrête doucement. Tu entends qu'on acclame les pauvres tributs du Six qui descendent tête baissée. Tu entends Kaya qui leur crie de rester près d'elle et qu'elle leur montrera le chemin. Tu consens à te lever enfin. Le silence s'est abattu sur les wagons qui défilent sous tes pieds. Tu apparais enfin dans l'encadrure de la porte. Des hurlements t'accueillent et tu ne leur souris pas, tu ne présentes pas ton meilleur profil aux caméras. Tu poses un pied sur le quai et ton regard bleu-transparent traverse les Capitoliens comme si ils n'étaient qu'une poignée d'air. Ils s'écartent, soudain. On dirait que quelqu'un les bouscule et cherche à te rejoindre. Tu plisses les yeux et tu regardes à droite et à gauche, un peu apeurée. Ça pourrait être un fou. Ils sont tous fous ici, de toutes façons. Mais une toute petite silhouette émerge de la foule colorée, et ton corps se détend aussitôt, comme si, enfin, tu avais réussi, comme si tu respirais pour la première fois depuis un an. Shaé se jette dans tes bras et tu la serres très fort contre toi, très fort, trop fort sûrement. « Enfin...Enfin on est ensemble. » Ça t'est bien égal que vous vous retrouviez pour le mort de vingt-quatre gamins. Vous vous retrouvez. C'est tout ce qui compte. Des questions de journalistes sans cervelles fusent de partout mais elles sont au second plan. Tu ne te souviens même plus qu'il existe d'autres gens dans ce monde que vous deux. Tu tiens Shaé entre tes bras, vous ne faites plus qu'une et tu voudrais que ce moment s'étire encore et encore. Tu te sépares d'elle doucement pour la regarder, la regarder avec fougue, les yeux humides. Elle a grandi, un peu, mais c'est toujours Shaé. Vous avez vieilli, durci, mais les gamines de l'arène sont toujours là, elles brûlent de rage et d'amour au coeur de vos corps autrefois si maigres. Tu prends conscience des flashs des caméras et des cris qui vous entourent et tes yeux survolent la foule d'un air agacé. Tu glisses ton bras sous celui de Shaé. « Viens, Shaé. On va aller dans un endroit où on pourra parler tranquillement. » Tu sens ton corps et ton esprit qui s'éveillent lentement de la torpeur dans lequel tu les as plongés depuis que tu as quitté Shaé. Le temps a repris son cours. Tu respires enfin.
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (shamy) + love, i have wounds only you can mend. Ven 27 Fév - 11:43

love, i have wounds only you can mend.

This is the woman I love; a little bit messy, a little bit ruined, a beautiful disaster, just like me. ✻ Elle n’a pas besoin de la regarder, de la voir, Romy, pour l’imaginer sous ses bras. Pas besoin d’ouvrir les yeux pour calculer qu’elle a grandi. Qu’elle s’est étoffée, passant de la maigreur à la minceur, alors que Shaé, elle n’a plus jamais eu faim, après l’arène. C’est étrange, n’est-ce pas ? Avant, elle avait faim. C’était le monstre tapi au creux de son ventre qui se mettait à griffer dès qu’elle tardait à le nourrir. Mais maintenant que tout est à sa disposition, qu’il lui suffit d’un mot, d’un geste, pour qu’on lui donne tout ce dont elle a besoin, elle n’en veut plus. Elle regarde la viande et elle se souvient de la boucherie. Elle regarde les fruits et elle se souvient que c’était elle qui les cueillait autrefois, qu’elle grimpait dans les branches avec les enfants bien plus jeunes qu’elle, d’onze ou douze ans, pour en faire tomber les fruits mûrs et les remettre dans leurs paniers. Et dans sa bouche le miel prend un goût de fiel, et elle le recrache. C’est triste comme tout déserte, comme tout s’en va à vau-l’eau. Mais elle sent aussi ce qui a changé, changé pour le mieux. Elles ne sont plus les mêmes, mais elles remontent la pente. Doucement, peut-être, en trébuchant sur les rochers. Mais elles la remontent ensemble. Qu’elles soient les deux tributs péniblement accrochées l’une à l’autre dans les débris d’un parc d’attraction ou les deux vainqueurs qui ne croient plus aux reflets de miroir, elles sont là.

Les flashs des caméras et les questions hurlées, elles se perdent dans sa tête. Les mots s’écrasent, bouillie informe à laquelle elle n’accorde plus aucune importance. Elle s’en fiche tellement, maintenant. Après tout, Romy est là. Qu’est-ce qui pourrait encore aller mal dans son monde à elle, maintenant ? Lorsqu’elles se détachent, un coin de son œil entraperçoit les journalistes qui prennent avec enthousiasme des photos des retrouvailles entre les deux vainqueurs de la dix-huitième. « Ensemble. » confirma-t-elle d’une voix tremblante. Une part de sa tête se demande si ce n’est pas encore une des saletés d’illusions, les hallucinations qui pourrissent sa raison depuis douze mois. Si elle ne va pas encore se réveiller dans son lit, le front trempé de sueur, pour réaliser qu’une fois de plus, contre tout le sort, elle aurait dû mourir. Mais elle resserre sa prise sur le bras de la blonde, et elle trouve l’assurance nécessaire pour lever la tête, et puis écarter les journalistes. Après tout, ils ne savent pas. Ils n’ont pas été dans l’arène avec elle. Ils n’ont pas son cœur battant au creux de la poitrine, ils ne se rendent pas compte. A quel point Romy est Importante, avec un grand I. A quel point elle lui est précieuse. Essentielle. Quand elles étaient au milieu de l’enfer, elles n’avaient que l’autre. Et même hors de là, ça n’avait pas changé.

« On peut suivre les autres à l’hôtel. » Elle s’en souvient, des douze étages de ce bâtiment. Tous semés de caméras. Mais pourtant, il y a un endroit, dans tout ça, qui est épargné des journalistes, épargnés des regards. Aucun tribut ne pense à y aller, pas le premier jour, en tout cas. Personne ne va jamais sur le toit à l’arrivée au Capitole. Elles seraient tranquilles, là. Elles auraient le temps de parler, de rattraper douze mois de silence radio. Et peut-être d’agripper dans le cours du temps ce qu’elles peuvent. Quand les taxis s’immobilisent devant les trains, Trishteh et Kaya embarquent chacune les tributs avec eux, elle entraîne Romy vers le dernier qui reste libre. Et de tout son trajet, elle ne dit rien. Le silence lui convient, il les enveloppe comme une couverture. Elle a juste posé sa tête sur l’épaule de la blonde, et les couleurs du Capitole se reflètent dans ses yeux, qui leur retirent leur texture, leur brillance. Elle n’en a rien à faire, d’eux. Elle les déteste, de toute façon. S’il lui arrive une nuit de se lever, d’attraper un couteau et égorger quelqu’un, ils sauront qui blâmer. Mais qui serait-elle sans les Jeux ? La petite fille des districts qui aurait travaillé dans les champs jusqu’à ses os rouillent et que son cœur s’arrête. Elle aurait été plus saine alors, peut-être. Mais elle n’aurait jamais rencontré Romy. Et une vie où elle n’aurait pas été là était inimaginable. Alors elle reste là. Elle respire, elle écoute le souffle de Romy, doucement, en concert. Inspiration, expiration. Lorsque la voiture s’arrête et que la portière s’ouvre, c’est comme elle s’éveille, mais cette fois, pas d’un cauchemar. Elle se lève doucement, elle tire Romy à sa suite. Ses cheveux bruns forment un rideau, la défendent des regards, et c’est avec un doigt pointé en direction des caméras qu’elles s’engouffrent dans le hall. Là, déjà, c’est moins peuplé.

La jeune femme appuie sur le bouton de l’ascenseur comme si sa vie en dépendait. Comme si c’était la seule échappatoire à la mort. Et lorsque les portes se referment sans bruit dans un mouvement de coulisse, elle se laisse tomber sur la glace derrière elle. Et elle respire. « C’est bon… » Ses yeux remontent, cherchent ceux de Romy, les trouvent, s’y accrochent. « S’ils remontent encore, je réponds pas du sang. »

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (shamy) + love, i have wounds only you can mend. Sam 14 Mar - 20:38

» bittersweet victory «
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« S’ils remontent encore, je réponds pas du sang. » Les portes de métal se referment lentement, dans un bruit de glissement étouffé. La foule apparaît dans un rectangle de plus en plus petit, hystérique, multicolore, effrayante. Et puis les portes se ferment totalement. Et tu respires. Et tu t'autorises à dévorer Shaé du regard, parce que tu sais qu'ici, dans ces quelques mètres carrés, il n'y aura pas de caméra, pas de journaliste pour immortaliser le moindre regard, le moindre sourire et l'interpréter de la manière la plus ridicule possible. Non. Ici, tu es libre de l'aimer comme tu veux, comme il te plaît. De rattraper cette année perdue, déjà rayée de ta mémoire, en la brûlant d'un regard incandescent. Shaé, c'est ta famille, ta soeur. Ton amie. Ton alliée. L'arène te revient souvent, par des flashs qui déchirent brusquement la réalité et puis disparaissent. Tu regardes ta soupe qui refroidit dans ton bol, et puis d'un coup, elle se change en sang, rouge, épais, chaud, qui te brûle les narines et te force à te lever subitement de table devant les yeux hébétés de tes parents pour aller vomir tes tripes dans les toilettes. Tu regardes tes doigts, avec leur peau de lait, et puis tes ongles noircissent, tes doigts se couvrent de brûlures et de sang séché. Tu te regardes dans le miroir, et puis tu es prise d'un vertige qui te jette au fond de tes yeux bleus, et voilà que tout défile, tu es au milieu de l'orage sans pouvoir y faire quoi que ce soit, à part serrer les poings et attendre que ça passe. Parfois aussi, quand tu te tiens devant le miroir, tu vois Shaé, debout derrière toi. Elle pose sa main sur ton épaule et vous vous regardez paisiblement, debout bien droites côte à côte. Souvent tu es tentée et tu tournes la tête, tu tends la main pour la toucher, mais elle n'est pas là. Il n'y a personne. Tu es seule avec tes pauvres vertiges qui te font voir n'importe quoi.

Mais tout ça c'est fini, pour le moment du moins. Tu n'oses pas encore tendre la main vers elle, de peur qu'elle ne soit pas réelle. Vos yeux s'agrippent l'un à l'autre, par désespoir. Une sorte d'ivresse te monte à la tête et tu attrapes soudain ses doigts, que tu serres dans les tiens avec force, peut-être assez pour lui casser les phalanges. Tu tires doucement sa main pour réduire l'espace entre vous. Et puis ton souffle s'accélère. Tu fais un pas. Vos fronts se touchent, vos souffles se mêlent. Seuls quelques centimètres d'air vous séparent. Tu voudrais que cet instant dure toujours. Tu aurais tué tous les gosses du monde pour ce simple sentiment d'appartenance. Tu te serais plié à n'importe quel Jeu. Tu aurais fait couler tous les litres de sang qu'on t'aurait réclamé. Et tu l'as fait...Tu l'as fait. Tes yeux se remplissent de larmes, brouillent ta vue, mélangent toutes les couleurs. Larmes de joie ou de chagrin ? Un peu des deux sûrement. Tu décolles ton front du sien, pour venir poser tes lèvres au-dessus de ses sourcils.

Les portes s'ouvrent, découvrent le ciel que tu pensais disparu à tout jamais, enfoui sous les gratte-ciel. Le soleil brille faiblement à mi-chemin entre midi et horizon. Tu t'avances sur le toit d'un pas timide, tes yeux s'allument comme un village d'hiver devant toute cette grandeur. Le Capitole s'étend à vos pieds, titanesque. Un mélange de pierre blanche et de métal. Jetez des poignées de bestioles en tenues extravagantes courant entre les bâtiments, et vous vous ferez une idée. Mais toi Romy, tu ne t'occupes pas de la ville. C'est le ciel qui t'accable tant il est grand. Infini. D'un joli bleu qui fatigue en fin d'après-midi, exactement comme tes yeux. Tu te sens revivre alors que le vent soulève tes cheveux blonds. Tu te retournes vers Shaé pour lui sourire, la remercier de t'avoir emmenée ici. Elle est jolie, Shaé. Et à la voir là, debout dans le vent, tu entends très clairement une petite voix. Brisée, timide. Je m'appelle Shaé. Et toi ? Deux gamines trop maigres, trop petites, trop transparentes, debout dans la file d'attente pour le lancer de couteaux, prisonnières d'un dangereux Jeux qui ferait d'elles des meurtrières. Elles se préparaient déjà à mourir, à ce moment là. Elles étaient prêtes à accepter la fatalité de leur existence. Et pourtant vous êtes là. Dix-huit ans. Bien nourries. La peau pâle, les ongles propres et bien limés. L'estomac plein. Tu entends encore la petite voix de Shaé ce jour-là. Ton sourire glisse, s'évapore.

« Tu sais Shaé, parfois je me dis qu'on aurait dû mourir là-bas. Qu'on aurait pas dû lutter. Je me suis dit ça dix fois, cent fois. Mais c'est parce que tu n'étais pas là, que j'étais seule. Maintenant, je sais qu'il y avait une raison à tout ça. » Tu hausses les épaules d'un air heureux et puis tu te tournes à nouveau vers la vue. « Avant, j'étais persuadée que le destin s'était emmêlé les pinceaux et que j'aurais dû mourir à la place de ma soeur, il y a toutes ces années. J'en étais tellement sûre...Mais maintenant, je sais que Riley n'était que le premier sacrifice d'une longue série. Un sacrifice nécessaire. Et que c'était moi qui devais vivre, pas elle. Il y avait une raison à tout ça. » Tu replaces une mèche malmenée par le vent derrière ton oreille. Tu es en paix, pour la première fois depuis six ans. Tu laisses ton corps tout entier s'en imprégner.
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MessageSujet: Re: (shamy) + love, i have wounds only you can mend.

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