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Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole)

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June R. Hammer
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MessageSujet: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Ven 26 Déc - 0:14


Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah



La Moisson. Les Jeux. Lucia. Sara. Terry… Micah. Rose. Noah.
Tout ça se bouscule dans ma tête, un tourbillon d’émotions sans fin. La peur, la tristesse, la mélancolie, la résignation. Je ne sais plus que penser, quelle voie suivre. Je ne sais même plus pourquoi je me bats. Pourquoi, depuis toujours, depuis mes treize ans, je continue dans cette voie, pourquoi je tente d’aller me venger. Non, je ne comprend pas. Je ne comprends plus.
Je revois les corps, sans vie, de Rose, et de Sara, et je me demande ce que je fais là, dans ce wagon si luxueux, plein de bonnes choses, plus grand que ma maison, même, avec une douche qui peut se transformer en sauna sur commande, et ces lustres de cristal. Je comprends, mais trop tard. Non, aller aux Jeux ne fera pas revenir mes parents, rien ne le pourra. Ils sont morts, et ce que j’aurais du faire, c’est me montrer une adulte responsable. Honorer leur mémoire, mais pas par le sang. Vivre, pour eux, qui n’ont pas pu vivre.

Non, mourir dans une Arène ne les fera pas revenir. Cela me fera juste mourir. Mourir en vain, dans un mirage conté par le Capitole. Un mirage d’égalité, de justice, et d’espoir. D’espoir juste assez bien dosé, mais mêlé de peur. Un mirage faux, faux. Ma vie est un mirage, un espoir qui n’aurait jamais du naître. Et je vais mourir, en ayant pris conscience une fraction de seconde trop tard de ce mirage.

Oui, on ne se rend compte que trop tard de ses erreurs. Quand il est impossible de les effacer.
Je me retourne, dans mon lit, et les larmes forment une boule dans ma gorge, que je ne veux pas laisser sortir. Je serai forte. C’est de ma faute, si je suis là, dans ce merdier, après tout.
Mais lui, qu’est-ce qu’il fout là ? Qu’est-ce qui a merdé à ce point, qu’est-ce qu’on a fait de si mal pour se retrouver ici, tous les deux, dans ce train mortel ? Dans le dernier train ? Qu’est-ce qu’on fout là, dans ce train si parfait, si impersonnel, à attendre, comme deux cons, une mort certaine ? Qu’est-ce qu’on fout là, dans ce wagon, qui nous emmène dans une Arène où il ne restera plus que nous et la mort ? La mort que l’on donne, ou la mort que l’on trouve. La mort de ceux qui partiront trop tôt. Quels qu’ils soient. Carrières, ou pauvres gosses, filles ou garçons, on sera tous logés à la même enseigne. Parce qu’il n’en restera qu’un. Et tous les autres crèveront.
Je ne retiens pas mes larmes plus longtemps. A vrai dire, je ne sais même pas si c’est moi qui leur ordonne de couler, ou si les gouttes salées franchissent mes barrières seules, comme des grandes. Et je m’en fous.
Au bout d’un quart d’heure roulée en boule, à pleurer comme une enfant, je me lève, et, sans trop réfléchir à ce que je fais, sors de mon compartiment. Oui, oui, en pyjama. Bon, un pyjama sexy, puisqu’il est offert par LE GENEREUX CAPITOLE mais un pyjama reste un pyjama.
Puis, je m’enfonce dans les profondeur du wagon. Je passe les portes, la main volant, légère, dessus, et scrutant les numéros, jusqu’à trouver le bon. Je respire un grand coup. Je sais même pas ce que je fous là.
Et, sans frapper, et sans aucune cérémonie, je tourne la poignée, et entre dans le compartiment noir. J’entends des mouvements, provenant du lit, et lance, en chuchotant :

« Panique pas, c’est moi. »

Puis, presque à tâtons, je le rejoins, et m’assois à côté de lui.

Nostalgie ♥:
 

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Ven 26 Déc - 12:13



Noah & Kalwenn

Qu'est-ce qu'elle va faire sans moi ? Elle est trop jeune, beaucoup trop faible encore...J'aurais dû être là pour la voir grandir, en faire quelqu'un de bien. Ma Lizzie. Toute seule avec nos parents. Sans moi. Papa en profitera peut-être pour lui mettre une claque ou deux. Ou pire. Peut-être qu'il lui fera ce qu'il m'a fait. Les coups m'ont rendu plus dur, mais Lizzie...Les coups la tueront. Et c'est cette pensée qui m'obsède. J'aurais dû le tuer. J'aurais dû le tuer ce matin pour qu'il ne puisse plus rien lui faire. J'aurais dû lui éclater le crâne à la hache tant que je le pouvais, pour qu'il ne puisse pas la toucher. J'aurais dû...

Putain, et voilà, je pleure comme une gonzesse. Parce que j'ai peur aussi. J'ai peur de mon connard de père, j'ai peur pour ma petite soeur, j'ai peur pour moi. J'ai peur de la mort. Peur de la douleur. Peur que ma petite soeur assiste à ma mort depuis le canapé du salon parce que personne n'aura assez de bon sens pour lui cacher les yeux. J'ai peur de cette impuissance qu'on nous inflige et qui me donne envie de hurler et de casser tout le joli mobilier de ce putain de wagon. J'étouffe un sanglot et un cri dans mon oreiller. J'ai honte. J'ai peur. Je ne peux rien faire. Il n'y a rien à faire. C'est fini. Je pars aux Jeux, bordel ! Je n'arrive même pas à y croire. C'est le genre de trucs qui n'arrive qu'aux autres, ceux qu'on voit sur les écrans et puis qu'on ne voit plus. Les autres, maintenant, c'est moi aussi. Je vais mourir. Peut-être. Sûrement. Pourtant je dois être le Vainqueur. Je dois revenir. Je dois être là pour Lizzie. Elle viendra vivre avec moi dans le village des Vainqueurs. On aura tout le confort et une grande maison juste pour nous. Je ne peux pas la laisser croupir là-bas. Je dois revenir. Je dois revenir.

Les larmes imbibent mon oreiller. Les draps sont trop doux à mon goût, et le matelas trop mou. Aucune chance de dormir cette nuit. Je tends le bras pour attraper la télécommande sur ma table de nuit. J'appuie sur le bouton et le mur en face de mon lit s'allume aussitôt. On dirait une fenêtre géante. Là, elle donne sur une ville telle que je n'en ai jamais vu. Le Capitole, je suppose. J'appuie sur le bouton jusqu'à tomber sur une forêt. Je baisse la luminosité. C'est la nuit dans ma forêt. On dirait le Sept. Si je me concentre bien, je peux entendre les oiseaux et les coups de haches des bûcherons au loin. Putain. Je deviens poète, maintenant. On aura tout vu. Je garde les yeux rivés sur la forêt jusqu'à-ce que le train disparaisse. Ça m'apaise. Une fille, aussi, ça aiderait. Une jolie, pas trop farouche, avec une poitrine comme j'aime, douce et ronde. Je peux presque la voir marcher entre les arbres. Les larmes continuent de couler malgré moi. J'y peux rien. Je renifle. Mes yeux sont rouges. J'aurais bien besoin d'une cigarette. Je crois bien que j'ai un paquet dans mon jean, que j'ai balancé dans un coin de la pièce. J'ai pas envie de me lever. Je ferme les yeux et essuie mes joues humides d'un revers de la main.

La porte de ma chambre s'ouvre dans un swisshhh et je me relève sur les coudes, les yeux plissés pour distinguer la fine silhouette qui vient de se glisser clandestinement dans ma chambre. Tout le monde dort dans ce train, sauf deux personnes, celles qu'on envoie à la mort. Moi, donc. Et Kalwenn. « Panique pas, c’est moi. » Je me racle la gorge, au cas où ma voix sortirait mal. « Je panique pas. » Je soulève ma couverture pour qu'elle puisse se glisser dessous. C'est bizarre. C'est l'une de seules filles que je n'ai pas réussi à avoir. La seule qui me faisait vraiment envie, en fait. Non pas qu'elle soit franchement plus belle que les autres. Mais elle a quelque chose. Une fille qui ne se laisse pas faire, qui sait ce qu'elle veut. Une fille bien, je pense. Je la connais à peine. Mais elle a quelque chose. Et c'est avec elle que je pars. On ne reviendra pas tous les deux. C'est moi qui dois revenir. Moi...Pour Lizzie. Mais à la voir là, couchée sous mes draps, un peu tremblante, prête à aller jusqu'à jeter son ego pour venir me voir parce qu'elle se sent trop seule...J'ai presque envie de lui dire que je ferai tout pour qu'elle vive. Mais ce serait mentir.

Qu'est-ce que ?...Merde. Elle a pleuré. Ses joues humides brillent légèrement sous l'infime halo de la forêt sur mon mur. Bien sûr qu'elle a pleuré. Elle part aux Jeux. Moi aussi, j'y suis passé. N'empêche, ça me gêne. Je ne sais pas quoi dire à une fille qui pleure. Alors je fais comme si je n'avais rien vu. Je m'allonge sur le côté pour lui faire face, tournant le dos à ma forêt. « T'arrives pas à dormir non plus, hein. » Je ne me permettrais pas de la toucher, pas maintenant, pas dans ce contexte. Mais n'empêche. Elle fait envie. Faut que j'arrête. Je ne suis plus dans ma zone de confort. Je ne sais plus quoi faire, quoi dire, comment me comporter. Je suis perdu. Littéralement.

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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Ven 26 Déc - 12:48


Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah




Lorsqu’il me répond, sa voix est nouée, malgré le mal qu’il se donne pour le cacher. A vrai dire, je ne comprend même pas pourquoi. Il n’y a aucune honte à se sentir mal. On va crever. Enfin, au moins un de nous deux. Ce serait hypocrite de sourire, quand on sait que, lorsque ce train reviendra, il y aura au moins une personne manquante. Alors, il y a plus grave que de pleurer.

Il soulève sa couverture, comme pour m’y faire une place, et je me glisse sous ses draps. Une forêt. C’est ce qui orne tout un pan du mur de son wagon. C’est tellement ressemblant, tellement beau, comme si on pouvait s’en servir pour s’enfuir, que ma gorge se noue de nouveau. Comme si ça ne suffisait pas, l’idée de partir aux Jeux.
Je baisse le regard, et m’interroge. J’ai entendu parler de sa sœur, et de la réputation de son père, dans le District. Je suis une des rares à connaître un minimum sa famille, et à tenter de comprendre. Tenter de comprendre ce qui fait de lui cet espèce de coureur de jupons, de sale macho qui veut faire croire aux filles que le prince charmant existe. Alors, je comprends pourquoi il veut revenir. Pourquoi il doit revenir.

Moi, personne ne m’attends. Il ne reste plus que des cadavres, des dizaines de morts. Tués par le Capitole, ou de leur propre fait, mais au fond, qu’est-ce que ça change ? Ils sont morts, et rien ne les fera revenir. Non, que je vive ou que je meure ne changera rien pour personne. Il y aura peut-être Lucia, mais elle a l’habitude de tous ces cadavres, de tous les gens qu’elle aurait voulu sauver, mais qui finissent quand même dans une tombe. Oui, elle à l’habitude de toute cette merde.
Je tente de m’imaginer ce que ça fait, de s’attacher à des gosses, de les aider du mieux que l’on peut, et de les voir mourir, chacun leur tour, comme une fin inévitable au voyage. Comme si rien d’autre ne pouvait arriver, que rien d’autre ne pouvait résulter de l’Arène, sinon la mort. Même si on fait de son mieux. J’en devrais folle, je penses. Folle à lier, même.

« Toi non plus t’arrives pas à dormir, hein. »

La phrase du garçon, qui rompt le silence, n’est même pas une question. C’est une affirmation. Non, nous deux, les deux futurs condamnés, nous ne dormons pas. Et fermer l’œil est presque inimaginable.
Il s’est retourné vers moi, tournant le dos à sa forêt, aussi je me force à relever les yeux, et, pour ne pas voir ce décor qui me donne encore plus envie de pleurer, je les plonge dans les siens.
Ses yeux gris d’acier me renvoient les mêmes signaux que toujours. Détresse, amour, dureté et détermination s’y mêlent, comme toujours. Et, d’habitude ça me fascine, un peu. Mais, aujourd’hui, je n’ai plus envie de jouer à ce jeu. Aujourd’hui, il nous reste trop peu de temps pour faire semblant. Trop peu de temps pour ne pas être sincère, et entier. Trop peu de temps pour ne pas vivre.

Je secoue négativement la tête, en réponse à sa question, et je murmure, doucement :

« Non, j’y arrive pas, non. »

Je ne sais pas quelle conduite adopter. Ne sais pas quoi faire. D’un côté, j’ai envie de parler, et d’un autre, d’oublier tout. Oublier ce train, oublier l’Arène, la Moisson, les cadavres, et la mort imminente qui m’attends. Je me mords la lèvre, presque jusqu’au sang, pour ne pas pleurer de nouveau, et je murmure, d’une voix étranglée, et presque inaudible :

« Personne ne m’attend. Je ne reviendrai pas. Toi, si. »

Je ne sais pas pourquoi j’ai dis ça. Peut-être parce que je le penses, ou, au moins, que je le souhaite. Mais c’est la vérité, je ne reviendrai pas. Et j’espère, vraiment, de tout mon cœur, que lui reviendra au Sept. Parce que sa famille, sa sœur, a besoin de lui. Parce qu’il mérite de vivre, même si moi je crève.

Je me retourne sur le dos, sous les couvertures, les mains posées sur l’oreilles, encadrant ma tête. Maintenant, je sais ce que je voudrais. Je voudrais tout oublier. Je voudrais pouvoir voler un instant au Capitole, voler du bonheur, et de plaisir, là où je sais que tout est fait pour inspirer le malheur, et le désespoir. Je voudrais oublier toute cette histoire, juste un instant, juste le temps d’une nuit. Je voudrais pouvoir tout effacer, pour m’inventer une vie plus belle.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Ven 26 Déc - 13:59



Noah & Kalwenn

« Non, j’y arrive pas, non. » Elle a peur. C'est la première fois que je vois Kalwenn Hill avoir peur. Dans n'importe quel contexte ça m'aurait remplit d'une immense satisfaction. Mais pas là, évidemment. Je suis gêné. Je n'aime pas ce que je suis en train de devenir : faible. La peur fait ça aux gens. Je n'aurais pas cru qu'elle me ferait ça à moi. Malgré ma fatigue j'ai envie de me lever, de frapper quelque chose ou quelqu'un, juste pour sortir de cette torpeur humide. Si j'avais une hache je détruirais ce wagon jusqu'à-ce qu'il n'en reste que quelques lambeaux de métal, je fendrais les crânes des Capitoliens qui s'y trouvent. Et Kalwenn et moi, on pourrait s'enfuir et ils ne nous trouveraient pas. Mais ça voudrait dire tout laisser derrière, et j'en suis incapable. La seule manière pour moi d'arranger les choses, c'est de rentrer chez moi. Et pour rentrer chez moi, il faut que je gagne. C'est comme ça, c'est tout. Je laisse mon regard glisser sur elle sans trop de sous-entendus. Je pince les lèvres. « C'est un pyjama du Capitole. » Cette phrase sonne comme une accusation. Pas vraiment voulue. C'est de la soie, son truc. Le genre de vêtement qu'on ne trouvera jamais au Sept. Et ça fait mal. Ça fait mal, parce que je voudrais que Lizzie puisse porter ce genre de truc et dormir dans un lit comme celui-là. Mais c'est impossible. Moi, je n'ai rien mis des habits qu'ils m'ont donné. C'est con, étant donné que je vais bien finir par devoir le faire, que je dors dans leur lit, que je mange leurs gâteaux et bois leurs alcools. Mais c'est déjà ça. Je porte juste le caleçon que j'ai porté toute la journée.

Elle se mord la lèvre, très fort, pour s'empêche de pleurer. Sa voix l'étrangle. « Personne ne m’attend. Je ne reviendrai pas. Toi, si. » Ça me gêne qu'elle le dise à haute voix. J'évite son regard et je l'imite en me tournant sur le dos, les mains sous la nuque, les yeux au plafond. Qu'est-ce que je suis supposé dire, moi ? J'ai pas de réponse pré-mâchée pour ce genre de situation. « Ma sœur est toute seule maintenant. » Je suis con. Mais je crois qu'il faut être honnête. « Je voudrais revenir pour elle. » Je fermes les yeux très fort pour empêcher les larmes de couler. « Mais c'est pas une excuse. Ça me donne pas la priorité. Y en a plein, des gars comme moi, dans un train tout pareil, en ce moment. » Putain, ça fait bizarre de le dire à haute voix. « Et puis personne ne revient vraiment des Jeux. Pas tout à fait. Qui sait si ma sœur ne sera pas dégoûtée de moi après m'avoir vu égorger des gosses à la chaîne ? Hein ? » Ma voix se coince dans ma gorge et je serre les poings. Faut pas craquer. Pas encore. C'est seulement le début.

Un silence de compréhension totale s'installe entre nous. Je ne sais pas quoi dire pour qu'elle ait moins peur. Qu'elle se sente moins seule. « On restera ensembles, hein ? » je finis par murmurer. On dirait que je cherche à me consoler moi-même plutôt qu'elle. Raté. Mais je suis pas doué pour ces trucs, moi. Je sais consoler Lizzie, mais c'est tout. Je suis doué pour faire croire aux filles qu'elles sont uniques, qu'elles sont jolies, mais pas pour leur enlever la peur de souffrir. « À partir de maintenant, c'est toi et moi contre le reste. » Je tourne la tête pour voir sa réaction. « Je sais que j'ai pas toujours été un mec bien, mais je vais essayer. » C'est mieux, ça, non ? Je sais même pas ce que c'est, un mec bien. C'est sûrement un mythe. Mais je suis sérieux en disant que je vais essayer. Parce que ça me donnera quelque chose à penser, un objectif quoi. Je vais protéger Kalwenn. Et on verra bien ce qui arrivera. Qu'ils essayent un peu de la toucher. Il n'y a qu'une personne sur cette Terre qui ait le droit de faire du mal à Kalwenn Hill, et c'est moi. Je tuerai cordialement le premier qui essayera.
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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Ven 26 Déc - 14:49


Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah




Je sens que ma phrase a plongé Noah dans une gène encore plus profonde que celle qui s’était déjà installée. Mais je devais le dire. Je devais le formuler à voix haute, comme si ça allait m’aider à l’accepter, à moins en souffrir. Ca ne fait rien de tout ça. Mais, au moins, je l’ai dit. Ca signifie déjà quelque chose, non ? Ca signifie que, au plus profond de moi, je le sais… Non ? Je ne reviendrai pas de ces Jeux. Je ne reprendrai jamais ce train, et jamais je ne reverrai les forêts. Ca me fait mal, mais je sais que c’est ce qu’il y a de mieux. Pour tout le monde.
Noah, qui s’est tourné sur le dos, comme moi, me murmure, d’une voix tout aussi étranglée que la mienne :

« Ma sœur est toute seule maintenant. Je voudrais revenir pour elle. »

Je sais. Voilà ce que j’ai envie de murmurer, cependant que les larmes me prennent encore une fois aux tripes, qu’une boule me monte dans la gorge. Je sais pourquoi il veut revenir, je sais qu’il le mérite. Parce qu’il l’aime, vraiment, et que ça s’entend. Ca s’entend dans sa voix, et, comme si c’était pas suffisant, ça se lit dans ses yeux. Ca se lit en lui, de ses mains qui tremblent à son regard qui hurle son désir de revoir sa sœur. Et il mérite de rentrer chez lui. De revenir au Sept, et de la revoir. Plus que moi, même si ça fait mal de le dire.

« Mais c'est pas une excuse. Ça me donne pas la priorité. Y en a plein, des gars comme moi, dans un train tout pareil, en ce moment. »

C’est vrai aussi, mais ils ne me paraissent pas réel. Parce que, dans ces mêmes trains, y’a sans doute d’autres paumés comme moi, qui se rendent compte qu’ils avaient faux sur toute la ligne, ou des gamins habités par l’unique sentiment de peur. Y’a des carrières aussi. Des tueurs sanguinaires qui n’aspirent qu’au mérite, quitte à mourir. Alors, des gens qui veulent rentrer pour quelque chose d’autre que pour leur peau, ça mérite de sortir. Ca le mérite vraiment.

« Et puis personne ne revient vraiment des Jeux. Pas tout à fait. Qui sait si ma sœur ne sera pas dégoûtée de moi après m'avoir vu égorger des gosses à la chaîne ? Hein ? »

Sa voix s’arrête brutalement, et je le sens serrer les poings. A moi aussi, il me donne envie de pleurer. On dirait un mauvais film romantique, où les héros vont miraculeusement trouver une solution pour s’en tirer. Sauf que c’est pas un film. Alors, il n’y aura pas de happy ends pour nous. Je laisse le silence s’éterniser, parce qu’il n’y a rien à dire. On ne sort pas des Jeux, je le sais, je l’ai vu. On s’en remet pas. On fait semblant, en se noyant dans le travail, ou on l’admet, en buvant, et se droguant pour oublier, mais on ne s’en remet pas.

« On restera ensembles, hein ? À partir de maintenant, c'est toi et moi contre le reste.»

Ce murmure me fait frissonner, et, sans réfléchir, j’attrape son poing, que je caresse doucement pour le détendre. Bien sûr qu’on restera ensembles. Je veux le voir s’en tirer. Je veux que Lucia soit fière de moi, je ne veux pas mourir dans d’atroces souffrances contre un Carrière. Et je ne veux pas, surtout pas, voir Noah souffrir. Alors, oui, on restera ensembles. Lui et moi contre le reste du monde. Des survivants. Jusqu’à ce qu’il ne reste que lui. Je promets qu’il reviendra. C’est important, maintenant, autant pour moi que pour lui.
Il tourne la tête, et termine son laïus par un :

« Je sais que j'ai pas toujours été un mec bien, mais je vais essayer. »

Je lui souris en réponse. Non, il a pas toujours été un mec bien, mais c’est quoi, un mec bien ? Parce que si c’est quelqu’un qui protège les personnes qu’il aime, alors, si, il a toujours été un mec bien. C’est juste qu’il n’a pas aimé beaucoup de personnes.
Je me rapproche un tout petit peu de lui, sa main serrée dans la mienne, nos doigts entremêlés. Je murmure, tout doucement, comme une promesse :

« Ta sœur ne sera jamais dégoûtée de toi, Noah Broadfield. Elle saura que tu as fait tout ça pour revenir. Elle comprendra, que tout ce que t’as fait, c’était pour rester avec elle. Je te le promets. »

Je glisse mes doigts entre les siens, avant de reprendre :

« On restera ensembles, Noah. Toujours. On restera tous les deux, jusqu’à la fin. »

Je dois m’arrêter, pour ne pas pleurer. Mais je ne sais même plus ce qui me fait pleurer, désormais. Alors, j’inspire un grand coup, et, caressant le dos de sa main de la paume de mon pouce, je lui assure :

« Et t’es un mec bien. C’est juste que… Tu t’en rends pas compte. »

Je tremble encore. Mais beaucoup moins.

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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Sam 27 Déc - 0:03



Noah & Kalwenn

Ses doigts franchissent l'espace entre nous pour caresser mon poing serré. Je tourne la tête. Je dois avoir l'air surpris. Je m'attendais pas à ce qu'elle me touche d'aucune façon. Et c'est bizarre. Je me sens comme une pauvre petite vierge tout d'un coup. Elle me ferait presque rougir. Presque, hein. Faut pas déconner non plus. « Ta sœur ne sera jamais dégoûtée de toi, Noah Broadfield. Elle saura que tu as fait tout ça pour revenir. Elle comprendra, que tout ce que t’as fait, c’était pour rester avec elle. Je te le promets. » Elle a raison. Mais rien ne sera plus pareil, ça aussi, c'est vrai. Rien, plus jamais. Quelque chose s'est éteint. Reste à voir si autre chose s'allumera pour compenser. J'ai peur pour Lizzie, c'est vrai, mais n'allez pas me prendre pour un ange. J'ai au moins autant peur pour moi-même. Pas vraiment peur de la douleur physique. Peur de tuer, et aussi un peu d'être tué. Peur de l'oubli, de la solitude, du néant. Mais ne suis-je pas déjà un peu mort ? Le Noah que tout le monde connaît, en tout cas, est six pieds sous terre, rongé par des vers. Je ne sais pas trop qui je suis supposé être maintenant. Je n'en ai même aucune idée. Kalwenn a l'air de savoir. Bien sûr. Elle sait.

Elle glisse ses doigts dans les miens.

Je la laisse faire sans trop oser bouger. Putain. Ses doigts sont froids, comparés aux miens. J'ai toujours eu une température corporelle d'environ 45 degrés de toutes façons. Je dois monter de quelques degrés encore, parce qu'elle fait ça d'une manière tellement innocente, parce qu'il ne reste que nous, que tout est du passé maintenant, qu'il reste juste là, tout de suite, et qu'on est dans la même merde. Elle se doute pas de l'effet qu'elle me fait, visiblement. Saletés d'hormones de merde. Saleté de Capitole de merde. Saleté de vie de merde. « On restera ensembles, Noah. Toujours. On restera tous les deux, jusqu’à la fin. » N'empêche que ça fait du bien, qu'elle soit là, tout près. Elle caresse le dos de ma main du bout du pouce. Je suis immobile, un peu coincé. C'est à peine si j'ose remuer les doigts. Mais c'est Kalwenn. C'est pas Emma, Lindsey ou Flora. C'est Kalwenn. C'est pas le genre de filles que tu emballes en pensant à autre chose et que tu déshabilles sans trop de cérémonie. Ça, c'est Emma, Lindsey ou Flora, toutes ces filles qui m'oublieront vite. Pas Kalwenn. « Et t’es un mec bien. C’est juste que… Tu t’en rends pas compte. » Putain. J'ai l'impression qu'elle lit en moi et je déteste ça, je voudrais pouvoir me fermer mais ce n'est plus possible. J'arrive pas à croire que l'un de nous doit mourir. J'arrive pas à croire que ce train nous emmène vraiment au Capitole, qu'on va parader comme des cons et puis être envoyés dans l'arène pour crever comme des chiens, exactement comme tous les autres. L'arène. Putain. C'est pas vrai. C'est pas possible. C'est pas juste.

J'ose enfin tourner la tête pour la regarder. Elle tremble encore un peu et il m'apparaît comme une évidence que je dois faire un geste, quelque chose, pour la rassurer. Les filles aiment bien être consolées avec des petits gestes il paraît. Alors j'attrape délicatement sa main entre les deux miennes et je souffle sur ses doigts pour les réchauffer, pendant quelques instants. Et puis, juste comme ça, sans réfléchir, je lâche sa main, je me relève sur un coude et je glisse une main contre sa joue pour poser mes lèvres sur les siennes, doucement. Le temps s'arrête de tourner je crois. Et merde. Je recule, je retire ma main de la sienne et retombe sur le dos, les mains sagement posées sur mon ventre. Je suis en train de tout gâcher, comme un con. Tout allait bien mais évidemment j'ai pas pu m'empêcher, parce que je m'appelle Noah Broadfield et que c'est comme ça que je marche. Fallait être con de penser que j'allais me retenir. Maintenant l'instant s'est brisé. « Excuse-moi. Je sais pas ce qui m'a pris. Oublie. » Putain. Je ferme les yeux et les poings.
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Sam 27 Déc - 0:46


Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah




Noah se tourne vers moi, l'air perdu. Je ne sais pas si c'est moi qui le perturbe autant, ou si c'est l'arène. Si c'est tout ce qui nous arrive, si c'est ce train qui nous emmène, pour au moins l'un d'entre nous, à une mort certaine. Non, je ne sais pas ce qui le perturbe à ce point, mais ce qui est sûr, c'est que je ressens aussi ce drôle de stress dans le ventre. Ce pincement au coeur qui n'est ni bon ni mal. Ou plutôt si. Qui fait tellement de bien, même s'il est douloureux.

Noah se tourne soudain vers moi, et me regarde un instant, en silence. Je tremble encore, un peu. Son corps est brûlant, surtout comparé au mien. Je ne sais pas comment il fait. Moi, je gèle. De froid, de peur. Alors, comme en réponse à mes pensées, le jeune homme attrape ma main gauche, et la frotte entre ses mains, pour la réchauffer. Il souffle délicatement dessus et je me demande, le temps d'un instant, si un moment pareil aurait eu lieu, si Noah Boradfield se serait conduit comme ça si la menace de l'Arène n'avait pas plané sur nous. Sans doute pas. Mais ce n'aurait pas été plus mal. Ce moment n'a lieu que parce que le temps presse. Le temps avant ma fin. Alors, comme en compensation, je suis là, dans le lit de Noah, à le regarder me réchauffer les mains.

Et, soudain, sans prévenir, il me lâche, et pose sa main sur ma joue, tout en se redressant. C'est comme ça que, en pleine nuit, dans un train que je ne reprendrais jamais, il pose ses lèvres sur les miennes. Je ne m'y attendais pas. Vraiment pas. Je pensais que... je pensais que Noah faisait ça comme moi. Pour se libérer de ses peurs. Pour affronter la nuit, ensembles.

Mais putain, à quoi je m'attendais ?! On parle de Noah, Noah Broadfield. Il ne faisait ça que pour me séduire. Que pour tirer un derniercoup, tant qu'il le pouvait. J'ai été stupide de croire qu'il était vraiment un garçon si fort, et si fragile a la fois. Stupide.
Cependant, il n'insiste pas. Pire (ou mieux ?) encore, il se retourne, les mains posées sur son ventre, ne laissant plus qu'un silence pesant. Je soupire en silence, et il lâche :

« Excuse-moi. Je sais pas ce qui m'a pris. Oublie. »

Mais je ne peux pas, et il le sait très bien. Je ne peux pas oublier, comme on ne peut pas effacer ce qu'il vient de faire. Le silence, qui, avant, était magique, doux, est maintenant lourd, et gênant. J'avais envie d'y croire, pourtant. Envie de croire qu'il était sincère avec moi. Mais après tout, je ne suis qu'une fille parmis tant d'autres. Je serais peut être la dernière mais c'est mon seul signe distinctif. Je lâche un autre soupir, bien plus audible, cette fois ci, et murmure, uniquement pour ne pas me faire entendre de tout le train :

« C'est pas grave. C'est dommage, c'est tout. »

J'hésite un instant à m'en aller. Mais non, je ne peux pas. Je n'ai pas la force d'affronter la nuit toute seule. Je n'ai pas la force de quitter ce lit, et le présence chaude, et, malgré tout, rassurante de Noah. Quoi qu'il ai fait, ou quoi qu'il ait en tête. J'espère juste retrouver un peu de sérénité. Rien qu'un peu.

Une larme coule sur ma joue. Pour mes parents. Pour tous les cadavres qui appartennaient à mes amis. Pour tous les morts, et pour moi. Pourla première fois, je m'inclus dans la liste des morts. Parce que, quoi que puisses faire Noah, je ne reviendrais pas sur ce que j'ai dit. Même si je le regrette un peu plus, maintenant.

Je me redresse en position assise. L'absence de réaction du jeune homme me pousse presque à sortir, à m'enfuir. Sa présence était une source de chaleur, maintenant la magie est rompue. Mais je reste. Je regarde, sans cligner des yeux, la lumière qui émane de la forêt qu'il a laissé allumée, et je soupire. Une seconde larme s'échappe. Noah n'a pas pu la manquer.

Et, s'il n'a pu s'empêcher de m'embrasser, je ne peux m'empêcher de me baisser, ma larme finissant par la même occasion sur le torse de mon compagnon, et de poser mes lèvres au coin de la bouche de Noah. De l'y embrasser. Avant de reculer et de murmurer :

« Je t'aime beaucoup Noah Broadfield. »

Puis, je m'extirpe des draps. Prête a sortir. Mais aussi attendant le moindre geste de sa part pour rester.

Spoiler:
 

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Sam 27 Déc - 11:59



Noah & Kalwenn

When you fall asleep with your head upon my shoulder.
When you're in my arms but you've gone somewhere deeper.

When oblivion is calling out your name,
You always take it further than I ever can.

Are you going to age with grace ?
Are you going to leave a path to trace ?


« C'est pas grave. C'est dommage, c'est tout. » J'ai envie de me frapper le visage de mes poings ou de crier. Mais je ne le fais pas. Ça ne ferait que confirmer mon statut de psychopathe. Je voudrais qu'elle parte, qu'elle disparaisse de ma vue, mais je sais aussi qu'il faut qu'elle reste. Parce qu'avant que je gâche tout, juste avant, j'ai senti toute ma peur s'envoler, juste par sa présence. Elle se redresse. Je ne rouvre pas les yeux. J'ai honte. Elle part. Non...Mais je n'ose pas bouger. Je n'ose pas bouger parce que je sais exactement ce qu'elle est en train de penser. Elle pense qu'elle s'est trompé. Qu'elle a été bête de croire que je pouvais la surprendre. Elle pense que j'ai exactement les mêmes intentions que le jour où l'on s'est parlé pour la première fois. Sous la pluie, dans la forêt. Moi, assis à l'abri sous le porche de la cabane, ma cigarette entre les lèvres. Et puis elle. Seule. Je ne sais toujours pas ce qu'elle foutait là, en pleine forêt. Elle aurait dû être à l'école. Moi, ça faisait longtemps que je n'y allais plus. À quoi bon ? Je deviendrais un bûcheron, comme mon père et son père avant lui, alors autant commencer le plus tôt possible. Je l'avais regardée de haut en bas en me demandant ce qu'il faudrait dire pour la jeter dans mon filet. Ce gars-là s'est pris une claque lorsque son nom a été tiré de la boule de verre ce matin.

Et puis soudainement, je sens ses lèvres sur les miennes. Je me demande si j'ai rêvé. Elle m'embrasse ? Enfin, pas tout à fait. Très vite, au coin des lèvres. La fouine. Juste à mi-chemin entre amitié et amour. « Je t'aime beaucoup Noah Broadfield. » Mes yeux s'ouvrent en sursaut mais elle se glisse déjà hors du lit. Il faut la retenir. Je tends le bras vers elle, le regard suppliant, sans savoir quoi dire. Et puis je fronce les sourcils et rétracte instinctivement mon bras. Elle pleure. Merde. Elle pleure pour de vrai. Je sens les larmes qui se pressent contre mes paupières. Si je les laisse couleur elles jailliront à torrents. Il n'y aura pas seulement les larmes d'aujourd'hui. Il y aura aussi toutes celles que je n'ai jamais laissé couler. Des litres et des litres et des litres. « Kalwenn...Reste. Reste, s'il te plaît. » J'ai peur. Maintenant que je sais ce que ça fait que d'avoir son petit corps glacé dans mon lit, je suis terrifié à l'idée de me retrouver seul à nouveau. Je suis prêt à faire n'importe quoi pour qu'elle reste. Je sens qu'elle va avoir besoin d'être un peu mieux convaincue. « Je sais pas pourquoi j'ai fait ça, je...Je voulais pas. C'est pas du tout ça, c'est... » Bordel, je sais même plus parler. J'ai peur qu'elle tourne les talons. « C'est pas ce que je veux...Pas du tout. Je veux juste... » Putain. Je soupire. « Excuse moi. S'il te plaît. Je pourrai pas sans toi. Me laisse pas tout seul. » Je ne veux pas lui faire pitié...C'est sorti tout seul. Je lui tends les bras, prêt à la cueillir à l'intérieur pour qu'on s'endorme comme ça. « Pleure pas... » Je voudrais ajouter que je suis là, que je la protégerai, qu'elle n'a pas à avoir peur, mais j'ai l'impression d'en avoir perdu le droit, en faisant le geste de trop. J'attrape sa main – encore froide, c'est pas humain ça – pour l'encourager, pour l'attirer doucement vers moi. Pas pour la raison qu'elle croie. Juste parce que j'ai besoin d'elle, près de moi. Ça a toujours été le cas, mais aujourd'hui, je n'ai pas d'autre option. Kalwenn...J'aimerais que ce soit facile de l'aimer. Je pourrais la prendre dans mes bras, l'embrasser doucement, lui dire que je l'aime aussi. Et ce ne serait pas un mensonge, pour la première fois. Mais je ne peux pas. Elle m'en voudrait, et on ne peut pas se permettre de s'en vouloir. Avant on pouvait se dire des mots blessants, se repousser, se taquiner, et puis en demander encore. Mais plus maintenant. Ça n'a plus aucun sens. Je voudrais la prendre dans mes bras. Je voudrais sécher ses larmes avec mes pouces, lui embrasser le front. Je voudrais lui chuchoter que tout ira bien jusqu'à-ce qu'elle s'endorme enfin. Mais je ne suis pas sûr d'en avoir le droit.
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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Sam 27 Déc - 20:51


Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah




« Kalwenn...Reste. Reste, s'il te plaît. »

La voix de Noah me fait frémir. Il veut que je reste. Il veut que je reviennes avec lui, dans son lit, presque dans ses bras, ses bras si protecteurs, et si doux. Lui et moi contre le reste. Il veut que je restes pour tout ça, pour ne plus avoir peur, pour s’endormir comme ça, tels deux enfants qui affronteraient ensembles leurs cauchemars. Et c’est ce que nous sommes. Deux enfants un peu trop grands, un peu trop vieux, deux enfants qui ont du murir trop vite. Deux grands enfants contre le cauchemar Capitolien. Et c’est pour ça qu’il veut que je reste.
Si seulement j’avais pu croire à cette version, si j’avais pu y croire un seul instant comme j’y croyais il y a quelques minutes à peine, alors c’est avec plaisir que je serai retournée me lover dans ses bras, et m’imprégner de sa présence qui semblait me protéger contre tous les mauvais rêves. Contre le Capitole tout entier. « Toi et moi contre le reste. » La phrase tourne en boucle dans mon cerveau, et me donne encore plus envie de pleurer. Je me retiens du mieux que je peux, mais tous les efforts du monde n’auraient pu empêcher une troisième larme de s’échapper, et de rouler sur ma joue. Une troisième sur les centaines qui se pressent derrière mes paupières.

Je suis loin d’être vierge, je l’admets. Mais, je ne sais pas pourquoi, avec Noah, c’est différent. Ca l’a toujours été, depuis ce premier jour, sous la pluie du District. Il a tout fait pour m’amener dans son lit, et moi, qui suis pourtant « réputée » pour être une fille facile, je n’ai pas cédé. Je n’ai jamais voulu céder. Parce que c’est Noah. Parce qu’il a ces yeux acier qui me perturbent beaucoup trop, cette peau d’albâtre si pâle et pourtant si chaude et douce… Parce qu’avec lui, j’ai l’intime impression que c’est différent. Que tout est différent.

« Je sais pas pourquoi j'ai fait ça, je...Je voulais pas. C'est pas du tout ça, c'est... »

Sa voix bute, comme si les mots lui manquait. Cette hésitation me serre la gorge, me fend le cœur. Beau parleur, beau parleur. Il ne pense rien de ce qu’il dit, me sermonne ma raison. Je la suis. Je n’écoute pas Noah Broadfield et ses mots doux qu’il a répété tant de fois, à tant de filles différentes. Ses promesses qu’il ne tiendra jamais.

« Excuse moi. S'il te plaît. Je pourrai pas sans toi. Me laisse pas tout seul. »

Oh merde. Cette phrase, qu’il lâche innocemment, avec presque l’air de la regretter immédiatement se répercute en moi, trouve un écho. Je ressens la même chose. Cette phrase me brise la volonté, la raison, le cœur, et tout ça d’un seul coup. Je lâche les vannes, et pleure, un peu, beaucoup peut-être, en silence, et sans grimaces. Je ne fais rien. Les larmes coulent, toutes seules, comme si tout était normal. Je me retourne face à Noah, qui m’attend, bras ouverts. J’ai envie de m’y lover. Envie de lui pardonner, de revenir en arrière. Envie qu’il me serre fort, fort, comme une enfant, comme pour me protéger de tout ce qui m’arrive. De tout ce qui nous arrive. Il remarque mon expression de pure détresse, et ajoute :

« Pleure pas… »

Puis, sa main, brûlante, attrape mon poignet et m’attire doucement vers lui. Je voudrais lui pardonner. Je ne veux pas partir, mais je ne veux pas me rappeler de Noah comme de celui qui m’a prise pour sa pute personnelle en dernier. J’aurais voulu en garder le souvenir magique de l’instant précédent. Si seulement il ne m’avait pas prise pour une conne.
Alors, je pose mon autre main sur la sienne, celle qui tient mon poignet, et, tout doucement, je me dégage. Je repousse ses doigts, sa prise, les larmes coulant toujours, mais bien plus doucement. Je cligne des paupières, mes cils s’emmêlent, et me tirent un peu.
Puis, je m’apprête à partir. Noah est toujours là, bras tendus. Sa chaleur, son corps, sa protection me manquent.
Une dernière larme roule sur ma joue. Je ne peux pas. Je ne peux tout bonnement pas. Je sèche mes larmes du dos de la main, et me plonge de nouveau dans les yeux gris d’acier. Je leur envoie tous les signaux possibles et inimaginables, je suppose. Mais peu importe. Qu’il lise en moi si ça lui chante. Je ne peux pas.
Je ne peux pas non plus passer la nuit seule, à attendre ma mort. Ca m’est impossible. Alors, je me jette presque dans ses bras. Je voudrais qu’il serre, fort. Jusqu’à me faire oublier le reste.

« S’il te plaît… »

Une supplication que je ne peux retenir. S’il te plaît, ne me prends pas pour une idiote. S’il te plaît, serre moi fort. S’il te plaît, aide moi. S’il te plaît, aime moi…
Je ferme les yeux, fort, et passe sous la couverture, pour venir me blottir contre lui. Comme une enfant. Puis, je murmure :

« J’ai peur… »

Je suis ridicule. Jamais Kalwenn Hill n’a été aussi pitoyable de sa vie. Mais je ne peux pas m’en empêcher. J’en ai besoin.


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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 0:16

N o a h & K a l w e n n

Elle déplie mes doigts un à un jusqu'à se délivrer de leur emprise. Elle recule. Elle part. L'acier de mes yeux la dévore. Il faut qu'elle reste, mais je n'y peux rien. Elle part. Et c'est au moment où je suis sûr que c'est fini, qu'elle m'a claqué la porte au nez pour de bon cette fois, elle se jette dans mes bras, les larmes coulant toujours sur ses joues. Je l'enveloppe aussitôt de mes bras. J'en pleurerais de soulagement. « S'il te plaît... » Ça n'a pas de sens et pourtant je comprends. Je la laisse appuyer sa tête contre mon torse et pose mon menton sur le haut de ses cheveux. L'orage en moi s'apaise petit à petit. Mes yeux sont vissés au mur en face de moi. On s'engloutit mutuellement jusqu'à-ce qu'il ne reste rien d'autre, pour quelques instants. Juste elle, et moi. Il n'y a plus de train, plus de stupide forêt artificielle, plus de Capitole, plus de Jeux, plus de rien. Juste nous. Et c'est assez. C'est assez pour moi, et si je le pouvais je figerais ce moment pour qu'on y reste tous les deux. Mais le train avance. Il avance sans bruit, sans secousse. Technologie de notre bien-aimé Capitole. Il avance, et chaque seconde nous rapproche d'un putain de cauchemar. Mais pour l'instant, il ne reste que nous.

« J'ai peur... » Son simple murmure fait péter mon barrage. Les larmes coulent, sans trop se presser, silencieusement. J'étrangle mes sanglots pour qu'elle ne se rende compte de rien. J'embrasse doucement ses cheveux, exactement comme je le fais à Lizzie, pour la consoler quand elle se réveille en pleine nuit au milieu d'un cauchemar et que ses cris me tirent du sommeil. Lizzie. Que fait-elle, là, tout de suite ? Je doute qu'elle dorme. Elle pense à moi, je le sais. Elle pleure, sûrement. Si par chance elle dort, alors elle est en proie à un cauchemar. Mais il n'y a personne dans la chambre à côté. Personne que ses cris réveilleront. Elle se réveillera en sursaut, et se heurtera à un silence qui lui mettra une gifle. Elle sera là, au milieu de ses draps, le souffle court, à sonder l'obscurité, à m'attendre, et puis tout lui reviendra. Elle se rappellera. Elle se rappellera comme mon nom a été annoncé dans le silence de la place publique. Comme je me suis avancé vers l'estrade dans un silence de mort. Comme j'ai disparu derrière les grandes portes de chêne. Elle se rappellera que je ne suis plus là. « Je sais. » Je sais que tu as peur, Kalwenn. Moi aussi. Moi aussi, je suis mort de trouille. « Je suis là. » Je caresse doucement ses cheveux. Les larmes coulent sur mes joues, tombent parfois en fines gouttes sur ses cheveux bruns. « Je suis là, et je ne vais nulle part sans toi. »

Je me tortille jusqu'à-ce qu'on se retrouve allongés un peu plus confortablement et je me relève sur un coude pour nous recouvrir de la couverture. C'est de la soie, et elle semble fourrée de plumes d'un oiseau plus léger que l'air. Le genre de truc que les filles aiment bien. Personnellement, je déteste cette couverture autant que je déteste ce train. Mais elle nous tiendra chaud, et elle est douce. On n'a peut-être plus beaucoup de temps pour profiter de ce genre de confort. « Voilà, comme ça t'auras pas froid. » Je ne sais pas trop quoi faire d'autre alors je l'entoure à nouveau de mes bras. Les larmes coulent encore, faiblement, en silence. Je garde les yeux ouverts. J'attends que sa respiration ralentisse. Qu'elle s'endorme, quoi. Ensuite seulement, j'essayerai d'attraper quelques heures de sommeil. Pas sûr que j'y arrive. Mais je sens qu'elle a peur. Je sens qu'elle ne lâchera pas prise si facilement. Alors je me mets à murmurer une vieille chanson, un truc que ma mère fredonnait dans la cuisine, quand j'étais petit. Je ne chante pas. Je murmure juste ces mots si familiers. Des mots que je ne comprenais pas avant, et qui sont d'autant plus lourds de sens aujourd'hui.

Are you, are you
Coming to the tree
Wear a necklace of rope,
Side by side with me.
Strange things did happen here
No stranger would it be
If we met at midnight
In the hanging tree.


C'est le seul passage que je connais par coeur. Ma voix s'évanouit doucement. Je crois bien qu'elle dort. Je ferme les yeux.
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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 12:11



Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah






Noah me serre dans ses bras, et m’embrasse les cheveux. Comme une enfant. Comme si savoir que j’allais atterrir dans l’Arène m’avait privée de toute dignité, de toute retenue. Parce que, après tout, on n’a plus le temps pour ça, n’est-ce pas ? Au moins un de nous va bientôt mourir, alors, on a plus le temps pour les faux semblants, non ?
Ou alors… Ou alors c’est juste que j’aime qu’il me prenne dans ses bras, et qu’il me serre si fort que tout le reste disparaît, comme si on était quelque part hors du temps, hors du monde, quelque part ou rien ne peut nous arriver. Quelque part où on est seuls, seuls à exister. Et on ne nous amène pas vers une putain d’Arène pour nous tuer. Autre part qu’ici.

« Je sais. »

C’est Noah qui chuchote ces mots. Il sait, bien sûr qu’il sait. Il sait très bien, et je sais comme sa poitrine est serrée, comment il repense à tout ce qu’il laisse là bas, et à quel point il a envie de revenir. Moi, je ne laisse rien derrière moi. Et, je me demande si ce n’est pas pire. Il n’y aura personne, pour regarder les Jeux, personne pour avoir peur, certes, mais je ne manquerai à personne. Et on m’oubliera. Facilement. Je ne serais plus rien, rien qu’une tombe dont tout le monde se demandera qui repose dedans. Plus rien.

« Je suis là. Je suis là, et je ne vais nulle part sans toi. »


C’est là que je sens une larme tomber, sur on cuir chevelu, juste là où les mains de Noah sont posées. Il pleure. Il pleure, lui aussi. Lui aussi, il est mal, et pourtant, il me promet. Il me promet encore, qu’il restera avec moi, jusqu’à la fin. Il restera avec moi, comme ici, dans ce wagon, dans ce lit. On restera ensembles, jusqu’à la fin. Jusqu’à ma fin.
Alors que je vais répondre, lui dire quelque chose, n’importe quoi, pour tenter, à mon tour, de le rassurer, il ramène la couverture, qui est, comme mon pyjama, un pur produit du Capitole, mais qui, encore comme ce que je porte, à le mérite de tenir chaud. Il me glisse une phrase, vide de sens, mais qui m’apaise quand même. Comme si sa seule voix pouvait me calmer. Puis, il commence à chanter. Une vieille chanson, du District je crois. Ou peut-être pas.
Il chante la fin. Le plus triste. Là où le héros se pend. Et demande à sa belle de le faire aussi. Une dernière larme coulant le long de mes paupières, je me sens tomber dans le monde cotonneux des rêves. Je tombe, dans un sommeil sans rêves. Un sommeil apaisé.

Je marche, sur une matière bleu pâle. Je marche dessus, tout droit, sans but, mais pourtant, avancer me fait du bien. Comme si cela pansait des plaies invisibles. Alors, je continue. Et puis soudain, tout s’effrite. Mon pied passe au travers du sol, et, alors que je tente de me raccrocher, alors que je le tente désespérément, je tombe. De plus en plus vide. De plus en plus loin du ce que je viens de quitter.

Un coup de canon. Je n’ai même pas besoin de réfléchir pour savoir ce que ça signifie. Je regarde, apeurée, autour de moi. Je prie pour que Noah soit en vie. Si c’est pour lui que le canon a retentit, je ne me le pardonnerait jamais. Jamais. Mais, d’un autre coté, comment avoir envie de le recroiser, maintenant ? Je l’ai abandonné, en plein milieux de la nuit, après tout. Parce que je voulais éviter ce moment. Je lui ai laissé toutes mes affaires, et je suis partie. Espérant mourir, de faim, de froid, ou tuée par un autre tribut. Je n’ai pris qu’une hache. Il lui en restait une, il me semble. J’avais peur. Donc, je me suis enfuie. Pour ne pas qu’il ai à me voir tuer, ou être tuée. Pour pas qu’il n’aie à me tuer.
Et pourtant, ça y est. Ça y est, nous ne sommes plus que deux. Et quels deux ! Si Noah a survécu, ce que je penses (il a du croiser le Un, dont j’avais réussi a trancher la main directrice, avant de me faire planter en plein milieu du ventre, et laisser pour morte), ça va être le Sept. Le Sept va gagner. Mais ce ne sera pas moi. Je ne rentrerai pas chez moi. Jamais. D’ailleurs, ai-je un chez moi ? Non, je n’appartiens plus à nulle part. Je ne suis plus qu’une épave. Je ne suis pas au Capitole, ni au Sept. Je suis de partout, et de nulle part. Et, maintenant, je vais mourir.

Je me relève avec difficulté, ma main gauche toujours plaquée sur ma plaie, bandée à la va vite, pour ne pas trop souffrir. Puis, les larmes me menaçant à chaque pas, j’avance. J’avance vers le centre de l’Arène, vers la Corne d’Abondance, avant que l’on ne me force à y avancer. J’avance, avant de mourir. Je le suis déjà à moitié, de toutes façons. Puis, en plein milieu d’une clairière, je me laisse tomber. La Corne est à quelques mètres, même pas cent, et je ne eux plus avancer. Qu’ils se démerdent avec l’endroit où je suis.
Et puis, soudain, entre les arbres, je le vois. Le garçon à la peau pâle, mais brûlante. Le garçon aux yeux d’acier, qui veut rentrer. Son regard est encore à moitié fou, il me semble. Fou à cause de l’Arène, de l’envie trop forte de rentrer chez lui, de la peur. Peur du Capitole. Peur de ce qu’il est devenu. Mais il n’est rien devenu. Il n’a fait que ce qu’il fallait pour rentrer chez lui. Auprès de sa famille. De ceux qu’il aime. De sa sœur.
Au prix d’un effort suprême, je me relève. Et tend la main vers lui. Avant de lâcher, dans un souffle :

« Désolée… »

Puis, je tombe à terre. A moitié évanouie. S'il veut me tuer, c'est maintenant.

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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 15:47



* Rêve de Kalwenn *

Wear a necklace of rope, side by side with me.

Coup de canon. Je tombe à genoux. Le gars du Un ne ressemble plus à rien. Je l'ai achevé d'un coup de hache dans le crâne. Sa cervelle coule doucement et retourne à la terre, sans se presser. Un espèce de jus rose et visqueux qui ne me fait ni chaud ni froid. Je laisse tomber ma hache. Mes yeux sont secs. Vitreux. Il n'y a plus rien à l'intérieur. Le Un a eu le temps de bien m'amocher. Ma jambe gauche est en sang, mais je ne me penche pas sur la blessure. J'en ai assez d'essuyer mon sang et celui des autres, inlassablement. Je veux juste fermer les yeux et que tout ça soit fini quand je les rouvrirai. Je reste un instant à genoux à contempler mes doigts pleins de sang sans les voir. Le mien ou le sien, peu importe. Puis, m'aidant de ma hache, je me relève péniblement. C'est à peine si je ressens la douleur qui palpite pourtant en moi.

Le Un est mort. Il n'en reste que deux. Moi. Et Kalwenn.

Kalwenn qui est partie. Qui m'a laissé seul. Elle avait promis. Ce soir-là, dans le train, elle m'avait promis. Et elle a brisé sa promesse. Quand j'ai ouvert les yeux à l'aube notre feu était éteint, et elle avait disparu, laissant toutes ses affaires, excepté sa hache. J'ai attendu qu'elle revienne. Je me suis dis qu'elle était partie récolter des baies, un truc du style. Et puis j'ai compris. J'ai compris qu'elle était vraiment partie. Nous n'étions plus que trois. Maintenant, il ne reste que nous. Le district Sept doit se réjouir. Pas moi. Je ne me réjouis pas, non. Je sais que je peux rentrer chez moi, et je suis plus près du but que jamais, mais je ne ressens plus rien. Rien du tout. Même la pensée de Lizzie ne me fait rien. Qu'elle crève. Je suis seul. À cause de Kalwenn. Parce qu'elle n'a pas tenu sa promesse. Et puis je ferme les yeux, tournant mon visage vers le ciel qui m'aveugle. Et je vois Lizzie. Lizzie, au milieu de la foule qui m'acclame. Lizzie, qui me sourit avec les yeux, la bouche, le corps tout entier. Et je ne veux pas qu'elle crève. Je veux la prendre dans mes bras. Lui dire que je suis revenu, pour elle, que tout va bien maintenant.

Je traverse la forêt. Les branches me fouettent les joues. Mais je sais qu'elle est là, qu'elle m'attend. Les mots de la chanson résonnent dans ma tête, encore et encore. Are you, are you, coming to the tree, wear a necklace of rope, side by side with me. Les mots résonnent, s'intensifient jusqu'à m'aveugler. Ou peut-être que ce sont des larmes qui brouillent ma vue. Je m'en fous. Mon corps ne m'appartient plus tout à fait. J'ai laissé toutes mes affaires près du cadavre du tribut du Un, à part ma hache qui est devenue en quelques jours comme une extension naturelle de mon bras. Je me demande si ils pleurent sa mort, chez lui. Et ça ne me fait rien. Absolument rien. Ce n'était qu'un sale Carrière sans cervelle. Enfin, pas tout à fait, puisque tout Panem a pu admirer le contenu de son crâne grâce à moi. Mes ongles s'enfoncent dans ma paume. Je lève une main pour toucher ma joue du bout des doigts. Ils y laissent une trace rouge sombre qui se mêle au sel des larmes qui y ont apparemment glissé sans que je m'en aperçoive. Are you, are you, coming to the tree, wear a necklace of rope, side by side with me. Mes oreilles résonnent. Ma jambe gauche se traîne difficilement, mais elle avance au rythme de la droite puisqu'il le faut. Il le faut, parce que Kalwenn est là, tout près, je le sens.

J'émerge des arbres. Wear a necklace of rope, side by side with me. Elle est là. Debout. Elle est blessée, je ne sais pas où, mais ça se voit à la manière qu'elle a de se tenir. Elle tend la main vers moi, presque implorante. Je cesse de marcher pour lui planter les deux couteaux d'acier que sont mes yeux en plein cœur. « Désolée... » Ses jambes lâchent. Elle s'écroule. Ma hache tombe dans l'herbe mais un couteau se loge aussitôt dans ma main comme par magie. Je cours vers elle, les yeux fous. Je l'agrippe par les épaules et la force à se relever. Elle est encore à demi consciente. Seulement à demi. Je la secoue. Ses pieds ne touchent plus le sol. « Désolée ? DÉSOLÉE ?! » Je la repousse, la lâche comme pris de dégoût, et son corps s'écroule sur le sol sans résistance. Mais elle est vivante. Elle est consciente. Il ne reste que nous. Je m'agenouille, appuyant mes genoux dans sa cage thoracique. Sa respiration devient un râle. J'appuie la lame de mon couteau contre la peau blanche de son cou. Nos visages sont si proches que je peux lire la peur dans ses yeux. Nos respirations se mêlent, forment un petit nuage dans l'air froid. « Tu avais promis, Kalwenn...C'était toi et moi contre le reste. » Mon visage est maculé de terre et de sang, et ma lèvre inférieure est bleue et gonflée. Seuls mes yeux lui rappellent que c'est moi. Que c'est toujours moi. La lame s'enfonce très légèrement dans son cou. Il suffirait d'un geste. Juste un geste, et je pourrais rentrer chez moi. Mais je ne peux pas. Mes yeux s'agitent au milieu de la terre et du sang. Je cherche quelque chose dans ses yeux. N'importe quoi.
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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 16:24



Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah





Je vois Noah avancer, me foncer dessus. Il me soulève, pris de fureur. Il m’en veut. Et il a de quoi. Mais il n’y a pas que ça. Il n’y a pas que de la colère, dans ses yeux. Il y a aussi de la démence. Qui doit se refléter dans mon regard, même si c’est d’une manière bien différente. Il me secoue en l’air, faisant de nouveau couler le sang de ma plaie. Je ne veux pas. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas qu’il me tue. C’est pour ça. C’est pour ça que je suis partie. Je ne voulais pas que ce moment existe. Putain, mais qu’est-ce que j’ai fais ?

« Désolée ? DESOLEE ?! »

Mon cœur se serre, ma gorge, aussi. Depuis que je suis partie, j’ai peur. J’ai mal, aussi. J’ai mal pour lui, pour moi. Pour nous. Parce que je ne supporte pas l’idée qu’il m’en veuilles. L’idée qu’il me déteste. Même si c’est sans doute mieux, même si, comme ça, il aura moins de regrets. Soudain, il me lâche, violemment. Et je tombe, je tombe à terre, comme une poupée de chiffons. Puis, il s’assois sur ma cage thoracique, et mon souffle devient un râle. Son couteau vient se loger dans le creux de mon cou. Il appuie, je suis morte. Et c’est ce qu’il va se passer. Si seulement c’était plus facile à supporter. Plus facile à accepter.

« Tu avais promis, Kalwenn...C'était toi et moi contre le reste. »

Si j’étais assez hydratée, j’aurais pleuré. J’aurais pleuré, parce que ce n’était pas ce que je voulais. Putain, pourquoi ce Carrière n’a pas fini son travail ? Je voulais juste mourir. Je ne voulais pas qu’il ait à le faire. Je ne voulais pas vivre ces instants.
Je plonge mes yeux dans les siens. Comme toujours, le gris acier me fascine. Mais pas de la même manière. D’habitude, je rêve d’amour, d’avenir, de protection. Là, on dirait que c’est un ange de la mort qui me fixe. Oui, Noah Broadfield va me tuer. Parce que je le mérite. Parce que je l’ai trahi.
Je ferme les yeux, très fort. Je voudrais me réveiller de ce cauchemar. Mais c’est la vérité. C’est l’Arène. J’y suis. Vraiment. Et je vais y mourir.
Mon souffle est court, je tremble de tout mon corps, un corps qui me fait plus que souffrir, à tel point que mourir serait une délivrance mais, comme par magie, j’arrive à parler. D’une voix rauque, et empreinte de larme que je ne peux pas faire couler, mais je parle. Alors, je murmure, des regrets, mêlés d’amour plein les yeux :

« Je suis désolée... Je voulais pas. J’voulais pas que t’ai à me tuer… J’voulais pas parce que c’est trop dur. Je… »

Je n’ai jamais dite cette phrase. Mais, après tout, je vais mourir dans quelques secondes, alors à quoi bon s’en retenir ? Pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi garder cette connerie, quand celui à qui je tente de parler va me tuer ?
Oui, il va appuyer. Il va appuyer, et je vais mourir. Mais il va rester là. Il va rester en vie, il va rentrer au Sept, il va survivre. Il va rentrer chez lui, et il va revoir sa famille. Il va protéger sa petite sœur, et, si l’Arène ne s’effacera jamais, il ne me regrettera pas, au moins. Pas vraiment. Mais je dois le dire. Je me dois de lui glisser ces mots, au moins une fois. Au moins aujourd’hui. Alors, je reprends mon souffle, avec difficulté, et, le regardant droit dans les yeux, m’y plongeant, je chuchote :

« Je t’aime, Noah. »

Et c’est vrai. Je suis amoureuse de lui, de ce mec grand, un peu trop fin, à la peau trop brûlante, aux yeux gris trop pâles et trop durs. Je suis amoureuse de sa dureté, alors qu’il a aussi peur que moi… Ou avait. J’avale avec difficulté le peu de salive qu’il me reste, et, dans un dernier effort, je fait abstraction de la terre, du sang, de la douleur, de la fureur, de tout. Et je cherche, dans son regard. Je cherche le garçon que j’ai découvert cette fameuse nuit, dans le train. Le garçon que j’aime. Le garçon que j’ai déçu.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 23:00



* Rêve de Kalwenn *

Wear a necklace of rope, side by side with me.

Je suis devenu insensible à la violence. Un truc a dû claquer dans mon cerveau. C'est Kalwenn. Je suis en train de lui écraser les poumons, sur le point de l'égorger, et ça ne me fait rien. Rien de rien de rien. J'ai peur. Peur de moi même, de ce corps que je ne contrôle plus, que l'arène a changé en bête. J'ai tué, j'ai tellement tué que je me sens plus las que coupable. C'est devenu quelque chose de banal. C'est fou, comme on s'habitue à tout. J'ai égorgé, cassé des cous, écrasé des crânes, charcuté des cœurs, et puis au bout d'un moment, c'est devenu machinal. J'ai tué sans jamais hésiter, même la première fois. Et c'est maintenant que j'hésite, alors que mon ticket pour rentrer chez moi est juste là, sous mes genoux, totalement à ma merci. Ma lèvre enflée se met à trembler. Je ne sais pas trop ce que je ressens encore. Les sentiments reviennent lentement dans mes membres engourdis. « Je suis désolée... Je voulais pas. J’voulais pas que t’aies à me tuer… J’voulais pas parce que c’est trop dur. Je… » Je sais. Je l'ai toujours su, dès que je me suis réveillé seul, j'ai compris pourquoi elle était partie. Mais c'était tellement plus facile de lui en vouloir, d'en finir avec ces foutus sentiments qui ont rendu l'arène plus douce et plus cruelle à la fois. D'en finir, tout simplement. De tracer une croix sur elle en la considérant comme une traîtresse. Elle voulait que le Un la tue, et il ne l'a fait qu'à moitié. Je le sais, parce qu'il me l'a dit, avant de mourir, quand il était trop blessé pour se défendre. « Vas-y, cours vers ton alliée. Elle t'attend. J'ai déjà commencé le travail pour toi. » Je ne peux pas oublier le regard qu'il m'a lancé. Sombre, cruel, moqueur. C'est là que j'ai enfoncé ma hache dans son crâne pour qu'il ferme sa gueule une bonne fois pour toutes. Mon souffle se fait plus rapide, baignant son visage de sa tiédeur. Ça ne suffit pas à lui redonner des couleurs. Elle est presque morte. Je lutte contre l'angoisse qui cherche à m'agripper. Allez, vas-y. Abrège ses souffrances. Rentre chez toi. Lizzie a besoin de toi.

« Je t’aime, Noah. » Je ne sais même pas comment elle parvient à articuler ces mots. La lame de mon couteau appuie, appuie, elle a déjà imprimé une ligne bleue sur son cou. Quelques secondes de plus et je fendrai la veine. Quelques secondes de plus et tout ça sera enfin fini. Pour elle et pour moi. Je t'aime, Noah. Les mots parviennent difficilement jusqu'à mon cerveau. Ils résonnent. M'emplissent d'une chaleur incompréhensible. Ma main faiblit. Elle tremble. Mes yeux s'emplissent de larmes. Elle n'a pas dit ça pour me faire flancher. Au contraire. Elle me donne la permission d'en finir, de la laisser partir pour rentrer chez moi. Elle m'offre la vie, cette même vie que je m'apprête à lui enlever. Mes yeux débordent, une larme coule pour de bon sans que je puisse détacher mon regard de son visage. Ma voix s'échappe de ma gorge, serrée, tremblante. « Je t’aime aussi. Tellement. » Je suis amoureux de cette fille. Vous entendez ça, bande d'enfoirés ? Oui, vous devant vos écrans plats. Je vous hais. Je vous hais de tout mon cœur. Je vous hais plus que tout, et j'ai haï beaucoup de choses dans ma vie. Tout aurait pu être simple. Je l'aurais épousée, cette fille. Je lui aurais donné tous les gosses qu'elle m'aurait demandé. J'aurais pris soin de ces gosses comme j'ai pris soin de Lizzie. On aurait vécu, comme ça, et puis on serait morts. Et ça m'aurait suffi. Mais non. À la place, je suis là à chialer, affalé sur son corps blessé, prêt à l'égorger.

« On pourrait partir ensemble. » Je la délivre de la pression de mon couteau et m'agenouille auprès d'elle en tremblant comme une feuille en hiver. « Comme dans la chanson. » J'ai murmuré tout bas ces mots. Juste pour elle. Assez bas pour que personne d'autre n'entende. Pour que les connards devant leur télé fasse la moue. Je caresse tendrement ses cheveux. Ils ont perdu l'éclat qu'ils avaient encore ce soir-là, dans le train. Une autre larme glisse. J'attrape sa main. Froide, bien sûr. J'y dépose mes lèvres, doucement. « Toi et moi, contre le reste. Je te le promets. » Je la regarde dans les yeux pour appuyer ma promesse, et me penche pour embrasser doucement ses lèvres. Et cette fois, c'est parfait. Quelque chose s'éteint en moi, et quelque chose s'allume autre part. Je l'embrasse avec la force du désespoir, parce que j'ai pris ma décision. Sans me détacher d'elle je fais ramper mon bras, discrètement, dans l'herbe. J'attrape une grosse pierre ronde et lisse. Je recule doucement et caresse sa joue du bout du pouce. « Pardonne moi, Kalwenn. » Elle me regarde sans comprendre. Et je frappe. Juste une fois, dans la tempe. Pas assez fort pour la tuer. Juste assez fort pour lui faire perdre connaissance.

Je ne veux pas qu'elle voie ça.

Je ramasse mon couteau dans l'herbe. Je tremble. Je lève les yeux vers le ciel. « Toi aussi, Lizzie. Pardonne moi. » Kalwenn prendra soin d'elle. J'en suis sûr. J'attrape le manche de mon couteau à deux mains et la pointe vient se loger au dessus de mon cœur. Je ferme les yeux. « Soyez heureuses, toutes les deux. Pour moi. » Ce n'est qu'un murmure, encore une fois. Un peu comme une prière. Une prière à qui, je ne sais pas. J'enfonce le couteau d'un coup sec, de toutes mes forces. Le sang s'échappe de ma poitrine et de ma gorge. Je tombe en arrière. La dernière chose que je vois, ce sont les nuages sombres qui s'écartent pour dévoiler un ciel bleu. Le ciel bleu de Kalwenn. Elle est sauvée. Je ferme les yeux.

Un coup de canon. Le 23ème. Le dernier.

« Mesdames et messieurs, veuillez accueillir très chaleureusement la gagnante de la 18ème édition des Jeux de la Faim, Kalwenn Hill ! »


Dernière édition par Romy Weverell le Mar 30 Déc - 10:09, édité 1 fois
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June R. Hammer
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Lun 29 Déc - 23:54



Nobody said it was easy
Kalwenn et Noah





Et puis, soudain, alors que la pression continuait de s’accentuer, alors que je cherchais, en vain, le Noah que je connaissais, je le vois. Je vois dans ses yeux une lueur, je vois le désespoir refaire surface. Non. Qu’est-ce que j’ai fait ? Il ne doit pas flancher maintenant. Il ne doit pas flancher, il ne doit pas hésiter. Il doit appuyer, encore un peu plus, il doit mettre fin à mes souffrances, faire sauter, enfin, cette veine sur laquelle il appuie depuis tout à l’heure. Et c’est là que je la vois. Une larme, qui s’échappe de l’œil de Noah, une larme qui roule sur sa joue. Et je sais que j’ai perdu. Que j’ai tout perdu. Non, Noah ne me tuera pas sans remords. Non, il ne regrettera pas son acte. J’ai tout foutu en l’air, tout ça pour un petit désir égoïste de pardon, et d’amour. Tout ça pour une connerie.

« Je t’aime aussi. Tellement. »

Les larmes, ces larmes qui refusaient de couler lorsqu’il me haïssait, lorsqu’il était prêt à me tuer, réapparaissent. Envahissent mes yeux, coulent sur mes joues. Noah. Noah. Ne penses pas à ça, ne pense pas à moi. Tue moi, finis-en, tue moi, et rentre. Tue moi, et pars. Je voudrais le dire, mais je ne peux pas. J’ai trop mal, je vais mourir, et je ne peux même pas le sauver. Je ne peux même pas empêcher des démons que je viens de faire apparaître. Des démons qui le hanteront toute sa vie. Et c’est ma faute.

« On pourrait partir ensemble. »

Il se retire, et j’inspire une grande goulée d’air frais. Qu’ai-je fait, putain, qu’ai-je fait ? Il allait le faire. Il allait m’achever, il allait me tuer, et il a fallu que je lâche trois mots. Trois malheureux mots, mais tellement lourds de sens.

« Comme dans la chanson. »

Il attrape ma main, et la serre. Je ne peux même pas bouger. Je peux à peine fermer les doigts putain. C’était si simple. Si simple, et si beau. Il allait rentrer. Sans même culpabiliser, ou peu. Il allait rentrer, et il a fallu que je fasses mon égoïste. Il a fallu que je lui dises ces quelques mots, ces quelques mots qui ont tout changé. Ses lèvres se pose, doucement, légèrement, sur le dos de ma main. Elles aussi sont brûlantes. Alors, une autre larme vient s’échouer sur ma joue. Si seulement je pouvais le croire. Si seulement je pouvais croire à sa version. Mais non. Non, on ne peut pas partir. En tous cas, il ne peut pas partir. Pour tous ceux qui l’aiment, encore. Pour tous ceux qui ont besoin de lui. Personne n’a besoin de moi, il ne reste personne. Alors que, pour lui, il reste un espoir. Non, il ne peut pas partir.

« Toi et moi, contre le reste. »

Le train. La nuit dans ses bras. Lui, et moi. Pour toujours. Jusqu’à la fin. Jusqu’à ma fin. C’était prévu comme ça, et ça s’est déroulé comme ça. Ca devait arriver, alors pourquoi j’ai l’impression que tout part en sucette ? Pourquoi j’ai l’impression que tout foire, alors que c’était si simple ?
Noah pose ses lèvres sur les miennes, et je sens une gerbe d’étincelles dans mon ventre, dans ma poitrine, dans tout mon corps. Je peux mourir. Je veux mourir, pour qu’il vive. Pour qu’il soit heureux. Je ne peux plus imaginer un monde, une vie, où il ne vivrait plus, et ce par ma faute. Maintenant, je sais que sans lui, je ne suis plus rien. Je ne suis plus que l’ombre d’une fille, vaguement triste, ou en colère. Plus rien n’aura d’importance, après tout, s’il n’est plus là. Ni les sentiments, ni les gestes, et encore moins les mots, ces paroles vides de sens, ces trucs qu’on jette, un peu au hasard. Non, si Noah disparaît, il ne restera rien, rien d’autre que le néant.
Et puis, soudain, j’entend la voix de Noah, comme à travers un rêve.

« Pardonne moi, Kalwenn. »

Je ne comprend pas. Mes yeux s’emplissent de larmes, c’est plus fort que moi. Noah me regarde, une étrange expression dans les yeux. Je ne comprend pas. Je ne saisis pas ce qu’il fait, ce qu’il va faire. Et puis, soudain, il me frappe, avec une grosse pierre. C’est à la dernière seconde que je comprend. Mes lèvres s’entrouvrent. Un cri veut s’échapper, je veux hurler, l’empêcher de faire ça. Mais il m’a déjà assommée.

Je flotte dans les airs. Je vois un corps, allongé. La poitrine se soulève, régulièrement. Elle n’est pas morte. Et pourtant, je suis là. Je suis au dessus. Je veux fermer les yeux, je veux m’enfuir. Je ne veux pas voir ça.
Ou mieux, je veux aller voir le jeune homme, qui murmure quelques mots, comme une prière. Comme un adieu. Je veux aller le voir, et l’arrêter. Lui prendre son couteau, le retenir, l’assommer, juste le temps de réécrire cette histoire, depuis le début. Juste le temps de réécrire l’histoire de ces deux gamins obligés d’être trop responsables, de ces deux gamins qui s’étaient perdus, et qui se sont trouvés, un peu au hasard, ces deux gamins un peu paumés, et qui ont su se rassurer. Juste le temps de leur écrire un avenir, un avenir rempli d’amour, de vie, de bonheur. Un avenir de contes de fée, un avenir parfait.
Mais je ne peux pas, je reste bloquée là. Alors, je suis obligée de voir le jeune homme soulever son couteau, la pointe contre son cœur. Obligée de le voir appuyer. Et, juste au dernier moment, à l’instant où il est suspendu, entre la vie et la mort, à l’instant figé où son corps va basculer, où le canon va tonner, j’arrive enfin à hurler. Je hurle comme jamais je n’ai hurlé. J’hurle son nom.


« Noah… »

J’ouvre les yeux, d’un coup, un seul. Les larmes coulent, sans que je ne puisses les arrêter. Sans que je ne veuilles les arrêter. Je jette un œil à côté de moi. Il est là. Putain, il est là. En vie. Je n’arrive même pas à le serrer dans mes bras. Mon corps, mon cœur m’envoient trop de signaux à la fois. Peur, tristesse, et joie infinie. Alors, je me roule en boule, comme pour parer les coups envoyés par les émotions. Et je pleure. Comme je n’ai jamais pleuré.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole) Mar 30 Déc - 16:05




Ce soir-là j'ai rêvé que je courais. Je traversais une forêt, les branches fouettaient mon visage jusqu'au sang. Ce n'était pas une forêt comme celle du district. Les arbres étaient plus serrés, plus sombres. Le soleil ne parvenait pas jusqu'à moi. Dans ma main il y avait une hache. Derrière moi, des cris. On me traquait. J'étais seul. J'ai tourné la tête, juste une seconde, le temps de voir qui me poursuivait. C'était Kalwenn. Des dizaines et des dizaines de clones de Kalwenn, avançant en choeur, hache en main, les yeux sombres. Elle veut mon sang. Je cours. Je cours encore. « NOAH ! » Mon cœur fait un bond. Elle m'appelle. Mais aucun des clones n'a ouvert la bouche. Je lève les yeux. Elle est là, perchée dans un arbre, terrifiée. Kalwenn. La vraie. « Ce sont des mutations, Noah ! Grimpe, vite ! » Elle me tend la main et je cours à elle. Nos doigts s'effleurent. Le sol devient de la boue sous mes pieds. Il m'engloutit. Elle crie mon nom, si fort que mes tympans explosent. La boue pénètre dans ma bouche. J'étouffe.

Je ne sais pas si je me suis réveillé parce que j'ai rêvé de mort, ou parce que Kalwenn s'est brusquement recroquevillée contre moi. Un peu des deux, je suppose. En tout cas, notre repos a été de courte durée. Mes bras l'enveloppent toujours. J'ouvre les yeux pour vérifier que tout va bien. « Noah... » Elle tremble contre moi, et ainsi roulée en boule elle ressemble à une toute petite fille. Je dépose un baiser sur le haut de sa tête. « Je suis là. C'était un rêve. » Elle éclate en sanglots. Je la serre contre moi, très fort. Elle pleure, se laisse aller. Soulagement, tristesse, désespoir, je ne sais pas vraiment ce qu'elle ressent. Mais je la serre contre moi aussi fort que je peux. « C'était qu'un rêve... » Je la berce doucement. « Faut pas avoir peur, t'entends ? Je laisserai personne te faire de mal. » Encore une fois, ça me rappelle les cauchemars de Lizzie. Et j'aimerais vraiment oublier ce sentiment. J'aimerais dormir d'un sommeil sans rêve. Dormir dix heures. Dormir à l'infini, même. Mais Kalwenn et Lizzie sont les deux fils qui me rattachent à ce putain de monde, et je suis incapable de les couper. Le problème, avec moi, c'est que je n'aime rien, mais que si par miracle c'est le cas, alors j'aime trop, sans condition, et pour toujours. C'est pas facile, surtout quand on se trouve dans un train qui roule à 500 km/h vers l'enfer.

Elle n'est pas rassurée. Je la sens qui tremble, qui tremble. Je n'ose pas lui demander de quoi elle a rêvé, pour ne pas le lui faire revivre. Je caresse doucement ses cheveux dans l'espoir qu'elle reprendra un rythme cardiaque normal. Je retire mes bras d'autour d'elle, doucement, et je m'agenouille sur les draps. Elle est si recroquevillée que ses cheveux cachent son visage. Je replace une mèche brune derrière son oreille et j'attrape doucement ses mains pour la déplier de sa position. « Tout va bien. » Je lui lance un regard qui se veut rassurant avant de caresser sa joue du bout du pouce. J'hésite. Je cherche son regard. « Je peux ?.. » Je me penche pour déposer un baiser sur sa joue. Je m'allonge à ses côtés, à nouveau. J'ai chaud, juste comme il faut, et je crois qu'elle aussi, enfin. Je jette un regard au mur sur lequel la forêt s'étend toujours à l'infini. Plus vraie que nature. Une biche et un cerf se faufilent entre les arbres. Ils trottinent sans se presser et s'arrêtent juste devant nous, vivants, sans peur. Je croise le regard du cerf. Il s'incline très légèrement. Je ne peux m'empêcher de sourire. Et puis ils s'enfuient, aussi vite qu'ils sont venus. Mon sourire s'évade. Mes yeux se posent sur Kalwenn, à nouveau.

« Je t'aime, Kalwenn. Tellement. » Je ferme les yeux. Je n'ai plus peur.

The end.

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MessageSujet: Re: Nobody said it was easy ~ Noah (alias Romy) et Kalwenn (alias June) (le train vers le Capitole)

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