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(romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago)

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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mer 15 Oct - 17:21

romy weverell ∞ shaé lunario
(divergent au)
De toute sa jeune vie, Shaé n’avait connu que la faction des Abnegation. Naître là-bas et y être orpheline n’était pas si mal. Les gens se regroupaient autour de ceux qui n’avaient pas de parents comme une grande famille, et ils l’avaient aidé, comme ils aidaient tous. Cependant, elle se demandait toujours si sa décision le jour du Choix, lorsqu’elle avait versé son sang dans le bol rempli de gros galets gris, avait été motivée seulement par elle-même. Peut-être avait-elle quelque part, une dette à rembourser. Une dette à ces gens qui avaient pris soin d’elle là où personne d’autre ne l’aurait fait. L’initiation, après la cérémonie, n’avait pas été une dure étape à passer, surtout pour quelqu’un qui avait vécu dans cette faction toute sa vie. Même un transfert n’aurait eu presque aucune chance d’y échouer – voilà pourquoi les Factionless ne comptaient presque jamais d’apprentis Abnegation ayant échoué à leur initiation. Ou alors, ils faisaient vraiment exprès. Facilité absolue que d’intégrer les rangs de cette faction-là.

Ce matin-là, elle enfila à nouveau sa robe grise, de coupe toute simple, sans fioritures. Mais parmi les Abnegation, on aurait pu porter un sac poubelle et n’attirer aucun commentaire désagréable, puisque le sarcasme et les moqueries étaient…pas vraiment punies, mais très désapprouvées. Par contre, que quelqu’un se balade parmi eux avec un quelconque luxe dans son habillement, et c’était parti pour un de ces calmes rappels à l’ordre qui faisaient mieux effet dans la faction qu’un blâme Dauntless. Lorsque ça arrivait, elle baissait la tête, cachant son visage derrière la masse de cheveux bruns qui coulait alors sur ses épaules. Pas de coiffure particulière non plus, la femme de la faction qui lui coupait les cheveux une fois par trimestre se contentant d’égaliser les mèches brunes sans tenter de les rendre plus belles, juste plus pratiques afin qu’ils ne lui rentrent pas dans les yeux. Les autres factions qualifiaient ce mode de vie d’austère, de rigide, mais elle ne connaissait rien d’autre et, comme les autres, marchait tête baissée, levant simplement le regard pour regarder si elle pouvait quelque part apporter une aide aux autres.

La famille qui l’avait accueillie, prenant sans broncher sous leur toit la fille de deux autres qu’ils ne connaissaient qu’à peine – Shaé aurait été étonnée s’ils savaient plus que les noms de ses parents -, ne s’adressa à elle qu’une fois pendant le petit-déjeuner, lui signalant gentiment qu’aujourd’hui, elle était de corvée de distribution aux sans-faction. Enfin, « corvée » n’était pas le mots qu’ils avaient utilisé. De travail social, plutôt, ils diraient. La jeune fille se contenta d’hocher la tête docilement, comme pour à peu près tout ce qu’on lui disait. Elle ne parlait pas beaucoup, Shaé, elle restait juste dans son coin, et elle aidait à ce qu’elle pouvait. Les amis, ce n’était pas vraiment ça. Qu’elle soit différente ou pas n’importait pas vraiment, dans la marée de gris que constituaient les Abnegation, cette faction où, selon le principe, tous étaient égaux les uns aux autres, et personne ne valait mieux que son voisin. Après avoir mangé, elle débarrassa la table et fit la vaisselle sans un mot, tandis que les autres enfants de la maison – tous plus jeunes qu’elle, le plus âgé passerait sa Cérémonie l’année prochaine – se répartissaient le reste, sans même que leurs parents aient besoin de leur rappeler quoi que ce soit. Tous resteraient sûrement dans cette faction, à moins qu’ils cachent extrêmement bien leur jeu.

Environ une heure plus tard, elle était perchée en haut d’une pile de caisses et passait sans broncher les plus légères, celles qu’elle pouvait porter, aux autres membres de la faction debout en contrebas, qui les portaient dans un coin du hangar et les y déballaient. Les sans-factions s’étaient déjà regroupés de l’autre côté, certains plus impatients, probablement plus affamés que d’autres. Avec la chaîne humaine que formaient les mains et les bras habillés de gris, les paquets furent vite descendus et ouverts. On lui fourra dans les bras un grand sac rempli de nourriture, pas forcément bonne, mais du moins nutritives, et lui intima l’ordre d’y aller.

En sortant, elle donna quelques emballages aux premières personnes qu’elle croisa, en même temps que ses camarades de faction qui se dispersèrent rapidement parmi les gens qui attendaient, certains avec espoir, d’autres avec résignation, et quelques-uns qui visiblement répugnaient à dépendre de quelqu’un pour les nourrir. D’anciens Dauntless, supposa-t-elle. On pouvait voir des habits d’à peu près toutes les factions, là-dedans, et pas forcément sur le dos des bons. Bleu Erudite, d’anciens vêtements Abnegation qui visiblement avaient fait partie des dons de la faction, usés jusqu’à la corde, quelques robes jaune Amity – pas beaucoup, ce n’était pas facile d’échouer à leur initiation non plus -, tous entremêlés en une trame colorée dont elle n’arrivait à démêler que quelques fils au premier regard. Immédiatement, elle baissa les yeux à nouveau, comme l’adolescente prise en faute qu’elle était.

En s’avançant parmi les sans-factions, Shaé repéra une fille qui devait avoir son âge. Récemment rejetée d’une initiation, peut-être, ou tout simplement née parmi ces gens dont la société n’avait pas voulu, qu’elle avait rejeté sans aucune pitié ? Quoi qu’il en était, ce fut d’elle dont elle s’approcha, quelques sacs encore pendant à son bras, la fille qui aurait presque pu se fondre dans les murs gris pâle du hangar, avec sa robe grise et son teint pâle, pâle… Fouillant parmi les emballages plastiques qu’elle tenait, elle en extirpa deux. Une couverture synthétique de couleur neutre et un pack contenant une gourde de plastique presque enfantine, quelques biscuits et des barres de protéines. Avec un petit sourire timide, elle les tendit à la fille avec précaution, s’accroupissant à côté d’elle, ses lourdes chaussures noires à semelles épaisses laissant une trace dans la poussière de la rue.

« Tiens. Tu peux les garder pour toi, ou les partager avec les autres, comme tu veux. »

Elle se retourna légèrement. Les autres étaient occupés à la distribution, personne ne remarquerait qu’elle s’attardait à bavarder.

« Est-ce que tu aurais besoin de plus ? Je peux aller en chercher, hein… »

Oui, la perspective de cette fille de son âge, réduite au mode de vie hostile des sans-factions, lui faisait de la peine, et l’effrayait un peu aussi.
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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Jeu 16 Oct - 6:10


gone to find a place for us to hide.
Shaé et Romy.

« Hé, Blondie ! » Tu ne te retournes pas. Tu ne te retournes jamais. L'inconnu derrière toi n'a droit qu'à ton dos. Il te regarde depuis le fond de la ruelle, un peu hypnotisé par la danse de tes omoplates. Tu presses le pas. D'abord, parce que tu es Romy Weverell, et que tu ne parles pas pour si peu. Il en faut plus qu'une vulgaire apostrophe pour t'arracher quelques mots. Et puis ce soir tu n'as pas envie de fréquenter les garçons comme il t'arrive parfois de le faire. C'est vrai, parfois, tu n'as besoin que de chair, de chaleur, de soupirs, de quelque chose de fort pour meubler ta solitude. Et puis au lever du soleil tu t'es évaporée, ne laissant derrière toi qu'une odeur de bois brûlé, cette odeur qui te colle à la peau depuis que le froid s'est installé et que tu dois te presser contre les feux de camps pour te réchauffer quand vient la nuit.

Tu passes une main maigre et rongée à travers tes mèches blondes. Elles sont sales, loin de leur éclat aveuglant d'autrefois. Aujourd'hui on dirait que tu as frénétiquement frotté des poignées de cendres sur ta tête. Enfin. Ce n'est pas comme si ça avait une quelconque importance. Tu ne cherches à plaire à personne et cette couleur de cendre te permet de te fondre dans les paysage. Bien sûr, parfois, il t'arrive de regretter ton choix, ce choix que tu as fait de quitter les Audacieux pour rejoindre la misère des Sans-Factions. Il fût un temps où tu étais heureuse parmi eux. Tu y avais ta place. Tu passas de justesse à l'initiation, mais tu passas. Et tu en étais si fière ! Et puis Riley avait été découverte. Divergente. Quand elle t'avait fait part de son secret, immédiatement après son test d'aptitudes, tu n'avais pas dramatisé. Tu ne comprenais pas, tu étais si naïve. Tu faisais confiance au système et à ta faction. Pourtant ce sont eux qui t'ont arraché Riley. C'est toi qui as retrouvé son corps disloqué au pied d'un building, toi qui as dû donner l'alerte. Et tu les as regardé s'affairer autour du cadavre, reflet sans vie de ton corps, tu les as regardé d'un œil sombre et sec en pensant, Riley ne tombait jamais... A partir de ce moment tu as commencé à t'éteindre. Tu es devenue renfermée, sombre, cynique. Et puis tu as fini par quitter les Audacieux qu'on devrait appeler Traîtres, t'abandonner totalement à la rue, à la cendre, à la misère parce qu'ils faisaient déjà partie de toi.

❖ ❖ ❖

Tes yeux survolent le petit groupe d'Altruistes qui se sont installés dans une ruelle sans vraiment les voir. Déjà une foule de miséreux se presse autour d'eux. Sans trop te presser, tu te joins à eux. On te pousse, on te marche sur les pieds, mais tu ne dis rien, tu es habituée. C'est seulement à cet instant que tu remarques la faim qui tord tes entrailles. Tu tentes de te rappeller de ton dernier repas. Enfin, repas. C'est un bien grand mot. Cela fait des mois que tu n'as pas profité d'un repas digne de ce nom. Tu te contentes de ce que tu peux trouver, voler, ou ce qu'on te donne. Il fut un temps où la charité et la pitié te mettaient mal à l'aise. Un temps où tu refusas la nourriture des Altruistes. Et puis tu cessas d'être si orgueilleuse. Aujourd'hui, tu t'en fiches. Qu'ils aient pitié de toi si ça leur fait plaisir. Qu'ils te trouvent laide. Ou belle. Ou trop triste. Ou pas assez. Tu t'en fiche complètement.

« Tiens. Tu peux les garder pour toi, ou les partager avec les autres, comme tu veux. Est-ce que tu aurais besoin de plus ? Je peux aller en chercher, hein… » La voix t'arrache un sursaut. Tu réalises que tes jambes t'ont portée un peu à l'écart,à quelques pas du chaos que provoque le moindre grain de riz dans cette partie de la ville. Une fille a fait l'effort de te rejoindre. Tu la dévisages sans délicatesse, par principe, puis tu empoignes les paquets qu'elle te tend, parce que, soyons honnêtes, tu as bien trop faim pour faire la fine bouche. Tu t'apprêtes à tourner les talons mais quelque chose dans le regard de cette fille t'en empêche. Alors tu restes plantée là, te tenant un peu maladroitement, à regarder la fille. Elle est jolie, même si ses vêtements ingrats veillent à lui donner une apparence modeste. C'est l'uniforme des Altruistes. Elle est jolie. Brune de cheveux, pâle de peau, imprégnée de douceur dans chacun de ses traits. « Ça va, j'ai pas besoin de plus... » Tu as parlé un peu sans réfléchir. C'est rare, que tu parles. Parler, c'est prendre un risque. Mais cette fille ne te veut pas de mal, tu le sens. Alors tu ne bouges pas. Et puis ce n'est pas comme si des affaires plus importantes t'attendaient ailleurs. L'un des avantages – ou désavantages, selon votre point de vue – de la vie de Sans-Faction est que l'on a tout le temps. Aucune obligation, aucun devoir. A Chicago une certaine liberté s'allie à la misère des rejetés.

Tu ouvres les sacs et y trouve une couverture, une gourde, des biscuits et des barres protéinées. De quoi survivre pendant une bonne semaine si tu fais attention à ne pas te faire voler. Certains seraient prêts à te planter un couteau dans le cœur pour quelques biscuits. Alors, si tu es heureuse de ton pactole, tu sais aussi qu'il te fera rougeoyer dans la nuit et que les hyènes te sentiront à des kilomètres. Il faudra faire attention. Tu refermes nerveusement le sac d'un nœud maladroit. Tes doigts sont serrés autour de la fine couche de plastique qui protège tes vivres. Et puis tu relèves les yeux vers la fille qui es restée là. On dirait qu'elle s'inquiète. Tu lui fais de la peine. Vous avez à peu près le même âge. Sa pitié te dérange soudain, toi qui d'ordinaire n'en aurais rien à faire. Alors tu te dis qu'elle doit avoir quelque chose de spécial. « Tu as froid ? » C'était une question stupide. Le froid de cette matinée d'octobre était mordant. Mais si quelqu'un devait avoir froid, c'était toi. Car la fille était habillée bien plus chaudement. Mais tu hausses les épaules. « Mon refuge est à une rue à peine. Une quinzaine de pas. Je peux faire un feu, si tu veux. » C'était une invitation assez étrange, tu ne sais pas trop ce qui t'as pris. Mais tant pis, tu marches à l'instinct. Tu anticipes le regard de la fille vers ses collègues Altruistes. « Ils en ont pour une bonne heure encore. Ils ne remarqueront pas si tu pars quelques instants. » C'est sûrement interdit. Tu ne sais pas trop. Il y a longtemps que tu méprises les règles. Sans attendre la réponse de la fille en gris, tu lui tournes le dos et commence à marcher. Tu tournes au coin de la rue. Le silence froid et cendré de la rue t'enveloppe à nouveau.

Sha::
 
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Ven 17 Oct - 15:55

romy weverell ∞ shaé lunario
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Shaé resta plantée là, engoncée dans la robe-uniforme qu’elle portait, ne sachant pas trop quoi dire de plus. Sérieusement, passer sa vie dans une communauté se préoccupant principalement des autres en priorité n’aidait pas à être sociable. Sûr que cette fille qu’elle avait abordé avait besoin d’aide. Mais d’un type d’aide qu’elle n’était pas en mesure de lui apporter. A part si, bien sûr, entre le moment où elle s’était réveillée et le moment présent, le gouvernement ait soudain décidé de permettre l’adoption de sans-factions par des gens qui ne l’étaient pas. Peu, très peu probable, même dans sa tête dérangée. Mais le mode de vie des Altruistes aurait pu convenu à cette fille-là, d’après ce qu’elle en voyait. Elle, elle était plutôt née pour être une lionne, une de ces filles qui se fait les griffes sur ceux qui la gênent plutôt que de courber l’échine et accepter. Tout ce que Shaé ne serait jamais, en somme. Et une pointe d’admiration perça dans sa tête pour la sans-faction, sale, dépenaillée, et pourtant probablement plus libre et plus indépendante de tous qu’elle ne le serait jamais. Et elle eut envie de la connaître, de savoir comment elle s’appelait, d’entendre son histoire. Et peut-être, être son amie, dans la mesure où deux filles trop différentes pouvaient l’être.

Elle ne la croyait pas vraiment lorsque que la fille blonde disait qu’elle n’avait besoin de rien d’autre. Techniquement, elle aurait besoin de manger à sa faim, d’un toit, d’un entourage et d’une faction qui saurait l’accueillir et où elle se sentirait heureuse. Et là, elle avait l’impression de déclamer sur tous les tons les publicités de la ville sur le système des factions, étouffant toute revendication d’indépendance. Elle n’avait jamais connu autre chose, jamais rêvé autre chose. Alors une vie sans rêves, peut-être, mais en tout cas la vie la plus réaliste qu’elle puisse avoir, si on appelait réaliste un monde limité à une ville clôturée. La jeune fille suivit du regard les mains de celle qui lui faisait face, qui ouvrait les sacs, examinait leur contenu. Tout ça devait bien paraître pitoyable, à ceux qui avaient eu une faction avant et n’avaient jamais été au contact du mode de vie Altruiste – la seule faction qui vivait aussi chichement et en fait, la plus proche des sans-factions, bien que ce soit toujours plus agréable.

Shaé, c’est pas non plus le genre de fille à passer outre les règles. C’est plutôt le genre qui reste bien en dedans, effrayée ne serait-ce que de poser le bout d’un orteil sur une frontière interdite. Mais il y a de ces occasions qui forcent un peu à agir, à se bouger ne serait-ce qu’un peu. A ignorer ce qu’on a le droit de faire pour juste voir ce qu’on peut faire. Et, dans ce cas précis, suivre la fille sans-faction qui tourne déjà le dos, prête à s’en aller et la laisser là, sans avoir même la chance de lui parler quelques secondes de plus. Ses yeux noisette fixent les autres Altruistes avec un mélange d’inquiétude et, pour une fois, de défi. Ils ne remarquaient pas, hein ? D’un coup d’œil, elle évalua le nombre de cartons restants. Ils n’en étaient même pas au dixième. Donc oui, à défaut d’une heure, elle avait au moins une bonne trentaine de minutes, et l’occasion de tester si elle était réellement aussi discrète que le clamaient les autres jeunes Altruistes de sa cérémonie. Vendu.

« J…je viens. »

La phrase la plus simple au monde, et pourtant elle la dit en bafouillant presque, rattrapant la sans-faction en quelques enjambées. Même avec ses godasses à semelles épaisses, elle ne fait pas de bruit particulier, en tout cas rien qui ne soit pas couvert par ceux produit par la foule rassemblée pour la distribution. Personne ne remarqua les deux filles qui quittaient la ruelle, se fondaient presque dans le mur. En s’éloignant de la source de bruit, celui-ci se réduit, se calme, devient une rumeur, puis un murmure. Il ne fait pas si froid, et elle est couverte, mais c’est plutôt l’atmosphère ici et la forme d’excitation qu’elle ressent qui la font frissonner. Bientôt, elles débarquent dans une autre rue, non moins sordide, mais avec des traces qui prouvent que des gens ont habité ou habitent là. Pas grand-chose – des traces de feu sur le sol et dans certains angles, des tas de tissus empilés qu’on a poussé en hâte dans des coins – mais assez cependant. Elle reste là les bras ballants, ne sachant pas trop quoi faire, quoi dire. Puis finalement :

« Tu veux de l’aide ? Enfin, tu en as sûrement pas besoin, mais je suis sûre que je peux faire quelque chose. » Pause. Ouais. Des trucs d’Altruiste, sûrement. Tout ce qu'elle pouvait proposer. « Je m’appelle Shaé. Shaé Lunario. Et toi ? » Pas la peine de préciser sa faction, tout parle pour elle. Et puis, elle veut un nom à mettre sur le visage.

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Dernière édition par Shaé I. Lunario le Ven 17 Oct - 19:14, édité 1 fois
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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Ven 17 Oct - 18:22


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Shaé et Romy.

Des pas timides résonnent sur l'asphalte. Tu jettes un regard derrière toi, une fine trace de sourire flottant sur tes lèvres gercées. Elle t'a suivie. Tu ne t'y attendais qu'à moitié. Elle n'a pas l'air d'une fille aventureuse. C'est une Pète-Sec après tout. Tu t'en veux d'avoir recourt à ce terme, même dans ta tête: tes vieilles habitudes Audacieuses te reviennent trop facilement. Tes pas claquent sur le bitume, tu balances les bras comme dans une comédie musicale un peu niaise, comme si le soleil brillait et que des gens chantaient autour de toi alors qu'il fait froid, que le ciel est blanchâtre et que seul le silence et des petits paquets de cendres soulevés par le vent peuplent la rue déserte. Tu veux donner l'impression à la fille en gris que tout va bien, tu veux lui faire oublier qui tu es et l'oublier toi-même par la même occasion. Enfin, tu retrouves ton refuge, sur le côté droit du trottoir. Une sorte de petite maison d'une seule pièce ouverte sur la rue, assez basse de plafond, complètement défoncée, en ruines. Des lambeaux de toit pendent du plafond à certains endroits, laissant entrevoir le ciel. Les fenêtres ont été brisées, elles offrent des angles coupants et tirent la bise à l'intérieur. Les murs sont noircis. Le sol est à peine visible sous le bric à brac qui le recouvre. Des vieux journaux, surtout. Des tas et des tas de vieux journaux. Des livres, aussi. Tout ça a l'air d'avoir été tiré d'une poubelle. Quelques vêtements grisâtres, une vieille couverture. Des morceaux de bougies, un vieux briquet métallique. Ça sent le bois brûlé, le vieux papier et la poussière. Ton royaume.

« Tu veux de l’aide ? Enfin, tu en as sûrement pas besoin, mais je suis sûre que je peux faire quelque chose. » Tu te retournes vers la fille grise en frottant le bas de ton dos d'un air engourdi. Cette fille est Altruiste jusqu'à la moelle. Tu aimerais qu'elle fasse comme toi, qu'elle se laisse aller. Ça ne doit pas être si facile. Tu aimerais connaître son histoire. « Assieds-toi, si tu veux. » Tu étends la couverture sur le sol. Elle a dû être rose à une époque. Maintenant elle tire plutôt sur le gris. La laine s'effiloche un peu partout, mais c'est tout ce que tu as. Tu t'assieds à côté de la fille, le vent vous enveloppe toutes les deux et puis retombe. Ici on est à la merci de la pluie, de la neige, du vent. Mais tu as appris à vivre avec, et même à l'apprécier par moments. Tu t'endors avec les étoiles au-dessus de toi, roulée dans ta couverture poussiéreuse et parfois tu te prends à rêver. Mais parfois, il pleut, et tu dois te rouler en boule dans un coin de la pièce, là où le plafond est encore plus ou moins intact et te protège à peu près. En hiver, au réveil, tu trouves parfois ton refuge envahi par une épaisse couche de neige. Tu vis avec. « Je m'appelle Shaé. Shaé Lunario. Et toi ? » Tu la dévisages. C'est agréable de pouvoir placer un nom sur le visage. Shaé. C'est plutôt joli. Les Sans-Factions rejettent ce qui leur rappellent leur ancienne vie, alors la plupart répondent à un surnom. « Je m'appelle Romy. Et mon nom importe peu. Les Sans-Factions n'ont pas de famille. » Tu as dis ça sans te plaindre, c'est un simple fait que tu ne remets plus en question.

Tu tends le bras et fait glisser un des journaux qui jonchent le sol vers toi. Tes yeux glissent sur les lignes, les petites lettres d'encre noire. Tu tends le journal à Shaé d'un air entendu. « Tu vois la date ? C'est ce jour-là que je suis devenue Sans-Faction. » Tu lui prends doucement le journal des mains, et tu le froisses entre tes poings. Il devient une grosse boule de papier, les lettres d'encres ne voulant plus rien dire. Tu t'assieds en face de Shaé, et tu poses la boule entre vous. Le briquet métallique apparaît entre tes doigts et, sans hésitation, tu mets le feu au journal dans une succession de petits crépitements. « Le bois est difficile à trouver. Alors je fais brûler des jours. » D'un geste de la main tu lui montres tous les journaux qui tapissent le parquet. Un journal comme celui qui brûle devant vous met à peu près cinq minutes à mourir totalement. Tu tends le bras et tires une boîte en carton vers toi. Tu soulèves le couvercle avec un haussement de sourcil énigmatique pour en sortir deux cigarettes un peu noircies. Tu les allonges sur ta paume ouverte. « Tu sais ce que c'est ? Elles sont très difficiles à trouver. Ne me demande pas comment j'ai obtenues celles-là, je doute que tu aies envie de savoir... » Tu contemples les deux petits bâtons blancs d'un air presque maternel avant de lever les yeux vers Shaé. « Il faut mettre un peu de feu au bout, et puis tu aspires la fumée par l'autre bout. C'est agréable, ça calme. J'aime bien. Ils utilisaient ça dans l'ancien monde, pour se détendre je suppose. » Tu hausses les épaules et tends ta paume ouverte par dessus le feu à Shaé pour qu'elle puisse observer les cigarettes. Tu doutes qu'elle en ait déjà vues. « Tu veux essayer ? »
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mer 22 Oct - 18:20

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Shaé se faisait l’effet de la fille la plus coincée du monde. Sérieusement, elle ne savait pas comment se débrouiller dans la situation où elle s’était fourrée. Mais peut-être que ça lui faisait tout simplement du bien, de prendre ses propres décisions pour une fois, et de laisser l’opinion des chefs de faction derrière. Oui, elle les craint toujours. Mais le reste du temps, tout le temps sauf maintenant, elle est impeccable, la gentille petite Altruiste à sa famille, qui aide et se tait. Sauf sa présente escapade, ils n’auraient aucune raison de se plaindre d’elle. Alors elle reste, elle ne tourne pas les talons. Et elle ouvre grand les yeux, pour se souvenir.

L’habitat des Altruistes est sobre, certes, et réduit au minimum de confort, mais il lui paraît toujours le summum du luxe à côté des conditions de vie des sans-factions. Tout est vieux, sale, gris. Pour une fois, le gris la répugne, lorsqu’il n’est pas sur les murs des maisons ou sur leurs propres habits. Elle l’a toujours associé aux choses sobres, calmes, qui ne demandent pas plus que ça…et maintenant, ça lui saute aux yeux. Les autres factions n’aiment pas vraiment le gris, et maintenant, elle les comprend un peu. Elle soulève doucement le pan de la robe de toile grise et s’assoit maladroitement. C’est l’habitude des chaises, se morigène-t-elle. Elle ne devrait pas l’avoir, justement. Pas d’habitude au confort – du tout. Du bout du doigts, elle tapote la couverture rose sale, un peu pelée. Ouais, il était temps que l’un des emballages qu’elle avait donné à cette fille contienne une nouvelle couverture. La synthétique s’abîmerait moins vite et tiendrait peut-être plus chaud que celle-là. Il fait froid, et elle resserre les pans de son manteau de peluche autour d’elle avant de se mettre à culpabiliser.

Romy. Elle s’appelle Romy. C’est simple, comme Shaé. Quatre lettres qui vont bien ensemble, ça forme le prénom, et puis basta. Facile à retenir. Elle se demande un instant si c’est son vrai nom. Oui ou non, de toute façon, elle ne dispose d’aucun moyen de le savoir. Pas de nom de famille. Elle haussa vaguement les épaules. Après tout, elle n’est pas Sincère, elle ne va pas la forcer à le dire, ou chercher à le décrypter dans ses mimiques. Ni Erudite, ce qui signifie qu’elle ne cherchera pas d’informations sur Romy dans des archives auxquelles elle n’a de toute façon pas accès. Cela dit, malgré toutes ses bonnes intentions, elle est curieuse. « Tu t’appelles…vraiment Romy ? C’est joli… » et rajoute précipitamment « Si ça te gêne, ne réponds pas, surtout. » Non, elle détesterait que la blondinette se sente mal à cause d’elle. Elle se saisit du journal sans dire un mot, le parcourt rapidement. Evidemment, aucune mention de ce passage en Sans-Faction. Mais elle observe Romy tant qu’elle le peut, tant que personne n’est là pour la réprimander et lui dire de baisser les yeux. Elle a assez vu les membres des autres factions dans sa vie pour les reconnaître comme elle peut. « Tu étais…Audacieuse ? Ou Sincère ? » Ce ne sont que des suppositions, les élucubrations d’une fille qui n’a plus toute sa tête, mais si elle connaît sa faction, il lui semble juste qu’elle connaisse aussi la sienne – la vraie, l’ancienne. Elle regarde le papier journal se consumer. Il brûle affreusement vite, en quelques minutes, ce ne sera plus qu’un tas de cendres sur le sol, et là Romy en enflammera sûrement un autre.

Sans dire un mot de plus, elle regarde la sans-faction sortir ses cigarettes de leur boîte et ouvre des yeux ronds. Non, ce serait probablement considéré comme un luxe chez les Altruiste, et en plus, ça appartenait à l’ancien monde. Jamais ils n’auraient laissé ne serait-ce qu’un membre de la faction en voir ou en toucher une. Elle renonce à se poser des questions. Mais on lui donne, là où c’est normalement son habitude à elle. Et rien que pour ça, ça l’intéresse. Elle les observe comme on observe quelque chose de peu commun et de très curieux, avec un intérêt un peu effrayé, quelque part. Ouais, s’il y avait une faction où elle n’aurait pas du tout et jamais eu sa place, ç’aurait bel et bien été les Audacieux. Elle aurait craqué au premier jour de l’Initiation, si ce n’était pas un tout petit peu plus tard. « … » Elle hésite encore, elle balance entre les options et n’arrive pas à se décider. Puis elle croise le regard de Romy. Si elles avaient échangé de place, la blondinette l’aurait probablement fait sans hésiter. Alors elle a un petit sourire en coin, le genre un peu résigné, indécis, mais déjà moins sérieux. « Je veux bien, si tu montres un peu comment ce truc s’allume d’abord. »

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mer 22 Oct - 19:29


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Shaé et Romy.

« Tu t’appelles vraiment Romy ? C’est joli… Si ça te gêne, ne réponds pas, surtout. » Cette dernière phrase, que Shaé s'est empressé d'ajouter, te fait sourire. Un sourire pour la rassurer. C'est drôle comme les Altruistes ont du mal à se détacher de leurs habitudes. Mais chez cette fille c'est plutôt attachant, alors tu te gardes bien de le lui faire remarquer, de peur de la rendre encore plus farouche. Déjà qu'elle se met à parler ! D'ailleurs, c'est fou comme c'est bon de parler à quelqu'un. Ça t'arrive si rarement. Tu as finis par te considérer toi-même comme une petite bête couverte de cendres, muette, errant dans la rue à la recherche de quelque chose à faire flamber ou à se mettre sous la dent. Mais avec cette fille grise que tu connais à peine, tu te sens entière à nouveau. Tu avais oublié comme ça peut être bon d'être humaine. « En fait, non. » Tu souris en tendant la paume de tes mains maigrelettes à la face du feu. « Mon vrai nom, c'est Rosemary. Mais c'était un peu long, un peu vieillot, et dans ma faction on préfère les noms qui claquent et qui font jeune. C'est ma sœur qui a contracté mon prénom, et puis tout le monde a suivi. Alors, voilà. Romy. » Tu hausses les épaules. Le silence s'immisce entre vous. Le feu meurt, l'air autour de vous retourne à ses notes de gris habituelles. Tu t'empares vivement d'un nouveau journal, examinant à la hâte la date et la une, comme tu as l'habitude de le faire avant de sacrifier tes jours. « Rien de spécial ce jour-là, » tu conclus, avant de mettre le feu au journal d'un habile coup de briquet. Mais ce n'est pas tout à fait vrai. Ce jour était spécial, parce que Riley était toujours là, que tu étais Romy Weverell, celle qui fait des blagues tout le temps, qui saute des trains, qui ne rate jamais la cible avec un pistolet entre les doigts. Et non pas Romy tout court, celle qui ne vit qu'à-moitié, comme une bête, celle qui a tout laissé tomber. Mais passons. Ce n'est pas le moment de t'apitoyer sur ton sort.

Tu te rends soudain compte que Shaé t'observe avec insistance. Elle a l'air de se poser mille questions sans oser les poser. Encore une habitude Altruiste que tu lui arracherais bien volontiers. Mais au lieu de cela, tu réponds à sa question silencieuse. « J'étais Audacieuse. Et une vraie. J'ai versé mon sang sur les charbons pendant ma cérémonie du choix. J'ai réussi l'initiation, surmonté chacune de mes peurs les profondes, dépassé les limites de mon corps, plongé dans l'inconnu. Une vraie, je te dis. » Et tu hoches la tête, les yeux fixés sur les flammes, comme si tu voyais bien autre chose à l'intérieur.

❖ ❖ ❖

Son hésitation te fait sourire et lui lances un regard malicieux, comme un démon voulant tenter un ange. « Je veux bien, si tu montres un peu comment ce truc s’allume d’abord. » Aha. Tu lui lances un regard malicieux. « Ah, si tu as peur...Pas de problème... » Encore tes réflexes Audacieux. Tu voudrais t'en débarrasser, mais ce n'est pas si facile. « Je plaisante. Regarde. » Et d'un geste sûr, montrant que tu as fait cela des dizaines de fois, tu coinces le bout d'une cigarette entre tes lèvres. D'un frottement du pouce tu crées une flamme de ton briquet et y plonge l'autre bout de la cigarette pendant une seconde, juste le temps qu'il faut pour qu'elle se mette à dégager un mince filet de fumée opaque. Tu fermes les yeux brièvement et inspires à travers la cigarette. La fumée emplit tes poumons, tu profites de chaque avancée de la nicotine dans ton sang car ce n'est pas tous les jours que tu as l'occasion de fumer. Une douce torpeur s'empare de toi. Tu sais d'instinct que ce n'est pas bon pour ton corps, mais paradoxalement ça ne fait qu'ajouter à ton sentiment de bien-être. Tu inspires une nouvelle fois et relâches doucement la fumée vers Shaé sans toutefois la lui souffler au visage. Puis tu lui tends la cigarette par dessus le journal enflammé, du bout des doigts et avec précaution, comme si elle était en cristal. « Essaye, si tu veux. » Tu ne veux pas la forcer. Mais à la fois, tu ne te sens pas coupable de lui offrir une drogue. Après tout, ce n'est pas comme si elle aura une nouvelle occasion de fumer bientôt. On t'a dit qu'une cigarette par-ci par-là ça n'est pas bien grave. Pour toi-même, tu t'en fiches totalement que ça te foutes en l'air les poumons ou quoi que ce soit d'autre. Mais pour Shaé...Il faut tout de même faire un peu attention. Tu la dévisages, attendant qu'elle ose prendre sa première bouffée. La première, c'est toujours amusant...

« Et toi, Shaé ? C'est quoi ton histoire ? »

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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Jeu 30 Oct - 17:22

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Rosemary. Elle fait silencieusement rouler le nom sur ses lèvres, le prononce sans un son. C’est vrai que c’est un peu long, mais c’est un nom qui fait penser aux fleurs, à quelque chose de délicat qui peut se faner, à l’éphémère. Pas un nom d’Audacieuse, en tout cas. Elle ne s’est jamais demandé comment ils s’appelaient, tous. Mais ils devaient probablement privilégier ce qui sonnait dynamique, éclatant, ce qui reflétait leur idéal de faction, le courage. D’où sa propre-mère tirait-elle Shaé ? Ça sonnait…comme quelque chose du monde d’avant, mais qui était tout de même déjà ancien à l’époque. Elle aurait pu juste l’appeler Shay. Déjà un peu plus actuel. Mais non, apparemment, sur son lit de mort, on lui avait proposé de changer, pour sa gamine, et elle avait dit non, non, maintenu Shaé, et personne n’avait osé contredire les dernières volontés de la mourante qu’elle était. Elle se le répète doucement, un murmure ténu. Rosemary. Puis regarde la blondinette, superpose l’image de l’Audacieuse à celle de la sans-faction. Dans l’une subsiste le reflet, la matière de l’autre, mais sans l’éclat, sans cette aura de confiance qui s’échappait des Audacieux et qu’elle ressentait presque comme une bouffée de chaleur lorsqu’elle passait à côté d’eux, lors des Cérémonies, sans même les regarder, son regard le plus souvent fixé sur la pointe de ses chaussures ou toute autre chose insignifiante. Oui, il y avait cette espèce de renom autour de la faction des « braves », l’aura que les gens devaient ressentir mais ne mentionnaient pas.

Pendant qu’elle parle, le feu s’éteint de nouveau. C’est drôle comme le fin papier des journaux brûle vite. Elle n’a jamais essayé d’en faire flamber, d’une part parce qu’elle les lit, d’autre part parce que ce n’est pas la peine. Il y avait un poêle dans leurs maisons normalisées. Un poêle taillé pour brûler aussi peu que possible afin de ne jamais, jamais mettre en cause des ressources inutiles, mais un poêle tout de même. Et elle n’a pas l’habitude du froid qui s’infiltre sous la toile grise et la fait frissonner. Elle regarde sans dire un mot Romy jeter un autre journal au feu et se rapproche imperceptiblement de la source de chaleur pour tenter d’en grappiller un peu, avant de se dire que l’autre en a plus besoin qu’elle et rester où elle est. « J’aime bien Rosemary. Mais si tu préfères comme ça… » Oui, Rosemary, c’est juste la fille, tandis que Romy, c’est l’Audacieuse. Peur de rien…oui, des fois elle l’envie. Mais c’était le principe de leur initiation, non ? Prendre ses peurs par les cornes et les combattre, les anéantir. Jusqu’à ce que rien, sur la terre, ne s’oppose plus entre nous et ce qu’on veut faire. Shaé, elle sait où sont ses limites, et jamais elle ne les outrepasse. Quoique, jamais…en fait, là, elle vient de le faire. Elle sourit dans le vide, cette pensée la réjouit un peu, comme une minuscule surprise.

Elle observe Romy allumer la cigarette et en tirer une bouffée, les volutes de fumée s’élevant au-dessus de leurs têtes ; Il y a la peur de l’inconnu, mais aussi l’excitation inhérente. La jeune fille tendit la main au-dessus du feu pour attraper la cigarette, rendue presque nerveuse par le soin que la blonde y prend. Comme si ça valait plus que de l’or. Elle s’en saisit et la porte à ses lèvres, la coince entre les deux, prend une bouffée comme Romy l’a fait. La fumée âcre lui pique la gorge, et elle éloigne la cigarette d’elle en toussant. Il y a quelque chose d’amusant à ça, à la voir galérer. Mais non, elle renonce à réessayer, et repasse la cigarette encore fumante à Romy avec un petit rire.

Puis elle lui demande son histoire. Shaé la regarda avec des yeux ronds. Son histoire… ? Rien de spécial. Enfin, on en pouvait pas vraiment dire qu’une vie passée parmi les Altruistes soit incroyablement trépidante. C’était juste…ainsi. Quelque chose qu’elle avait vu passer sans chercher à l’épicer. Mais elle s’exécute. « C’est…rien de spécial. Mes parents sont morts quand j’étais petite, et une autre famille Altruiste m’a adopté. » Elle a appris depuis longtemps à ne pas s’en plaindre, et à plutôt s’estimer heureuse d’avoir retrouvé une certaine famille. « J’ai jamais voulu faire autre chose qu’être Altruiste, je crois. Fraternelle, à la limite, mais j’étais peut-être pas assez souriante pour eux… » Un sourire, elle en a un, là, mais un petit, presque ténu. « Alors le jour du Choix, j’ai choisi de rester. J’ai passé mon Initiation comme les autres – dur d’échouer à celle-là. Et puis me voilà. C’est pas comme si j’avais vraiment quelque chose de trépidant à raconter… » Oui, c’est juste sa vie, elle n’a eu que ça, mais elle s’en est estimée satisfaite malgré tout.

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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Ven 31 Oct - 16:44


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Shaé et Romy.

« J’aime bien Rosemary. Mais si tu préfères comme ça… » Les coins de tes yeux se plissent légèrement en guise de remerciement. Un sourire sans les lèvres, seulement avec les yeux. C'est drôle, qu'elle trouve Rosemary joli. On te taquinait pas mal sur ton prénom, étant petite. On t'appelait Grand-Mère, insulte ultime pour une Audacieuse ! Tu as beaucoup maudit les goûts de tes parents. Pourquoi te nommer Rosemary - d'après une aïeule que tu n'as même pas connue, par dessus le marché - alors que ta sœur jumelle écopait d'un prénom purement Audacieux, charbonneux et rebelle ? Riley. Ça ne te semblait pas juste. Bref, Romy, ce fut un soulagement pour toi. Ces quatre petites lettres mirent fin aux moqueries, des moqueries qui composaient ton principal souci à l'époque. Tu ne t'étais jamais vraiment posé la question, mais à regarder Shaé, tu te demandes si tu n'aurais pas mieux fait d'assumer ton prénom, de rester Rosemary l'Audacieuse, celle qui n'est pas vraiment assortie.

❖ ❖ ❖


Elle tousse et retire la cigarette d'entre ses lèvres, un peu étonnée. Tu te mets à rire et reprends la cigarette, calée entre index et majeur. Tu la portes à tes lèvres à nouveau, appréciant le goût fumé, la brûlure familière dans tes entrailles. Puis, doucement, ta voix à peine audible, tu chantonnes :

Setting fire to our insides for fun...

Une comptine qu'on chante chez les Audacieux . Une berceuse. Drôles de paroles, quand on y pense. Drôle d'idée aussi, d'endormir des bambins avec ça. Mais la chanson est si familière, symbolise tant de choses, qu'elle envoie un courant de nostalgie dans tes veines. Tu ne sais pas si c'est agréable ou non. C'est un peu des deux.

We are the reckless, we are the wild youth...

Tu ne connais pas la suite des paroles, alors ta voix s'éteint peu à peu. Le silence retombe timidement. Et Shaé te raconte son histoire. Orpheline, adoptée. Altruiste du début à la fin. Sa voix est douce et humble. Tu te demandes ce qu'il serait advenu d'elle chez les Audacieux. Une fille aussi douce ! Ils l'auraient taillée en pièces. Mais toi, tu l'aurais protégée.

Tu l'aurais protégée...

Et Riley ? Elle, tu avais promis de la protéger. Un pacte de sang, le plus fort.

Tu avais promis...

Les larmes se mettent à couler, soudain. Elles explosent de tes paupières, brouillent ta vue, dévalent tes joues, ton menton, ton cou, s'étalent en taches sombres sur ta robe de laine grise. Et tu restes là, complètement sonnée, sans oser faire un geste, sans savoir comment réagir face à ces larmes qui tordent tes traits de porcelaine et menacent de te noyer. Il n'y a rien d'autre à faire que les laisser couler, purger ton corps de tout ce qui t'écrase.

« Pardon, pardon, je suis désolée... » Tu ne sais pas à qui tu balbuties cela. À Shaé ? À Riley ? À toi-même ? Tout est flou.

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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Sam 15 Nov - 17:39

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Elle garda le silence en regardant les flammes crépitées, alimentées par des nouvelles et des jours. Le papier fin brûlait vite, et il fallait sans cesse le remplacer. Elle se demanda brièvement où Romy trouvait tous ces journaux qu’elle utilisait ainsi en guise de combustibles. Derrière les pas des habitants de Chicago ? Peut-être. En observant certaines des couvertures délavées, froissées et l’encre bavée par la pluie, elle reconnut quelques brochures Altruiste, un hebdomadaire Erudit qui récapitulait les progrès et les recherches de la semaine pour les membres de la faction, un journal de nouvelles générales. En fait, elle aurait pu tout simplement rester là et lire, mais ce n’était pas vraiment le moment. Ces papiers n’étaient pas là pour la culture de quiconque, ils aidaient juste une fille à passer une nuit de plus au chaud. L’hiver approchait à grands pas, et ces jours-là, ce n’était pas si inhabituel de ramasser des corps transis de sans-factions, malgré tous les efforts déployés par les Altruistes pour faire passer l’hiver à tout le monde – du moins, pour les équipes qui y travaillaient, comme la sienne.

Fermant les yeux, elle se concentra uniquement sur les paroles de la berceuse que fredonnait Romy, ou Rosemary, ou n’importe quel nom serait le sien – car ce n’était qu’un ensemble de lettres rassemblées pour former une quelconque sonorité, non ? En aucun cas ça ne définissait vraiment qui on était. Et voilà qu’elle se perdait dans ses réflexions, alors qu’un crochet la ramenait brutalement sur terre. Mais les mots semblaient résonner de souvenirs, de choses qui sont passées et qu’on regrette, qu’on garde en les serrant contre soi comme des roses fanées, de vieilles photos qu’on regarde en rappelant des souvenirs et des regrets. Le genre de choses qu’on ne peut que se reprocher d’avoir laissé filer.

Shaé s’était presque détachée de Chicago. En pensées, elle était ailleurs, perdue dans un autre monde où il n’y avait pas de factions. Pas de factions certes, mais quelque chose d’autre qu’elle savait que ça lui plairait. Mais rêver, on ne pouvait faire que ça, de toute façon. Elle n’avait jamais vraiment espéré que ça change, ici-bas. Peut-être que tout était injuste, que ça ne devrait pas être ainsi, mais qui était-elle pour parler en faveur de ce changement ? Personne, juste la fille invisible dans son coin. Tant qu’elle faisait son travail, on ne lui disait rien d‘autre que le nécessaire ; quand elle le faisait mal, on la réprimandait et pas plus. Ce n’était pas plus mal, au moins, on ne lui demandait que cela. C’était une vie grise, mais paisible.

Elle sortit de sa transe mentale et contemplative lorsque le son des sanglots de Romy lui parvint. Catastrophée, elle se leva et se rapprocha d’elle à pas hésitants, avant de se rasseoir juste à côté et passer un bras autour de ses épaules. D’où venait cette envie de la consoler ? Pas entièrement du réflexe qu’on lui avait inculqué toute petite, c’est-à-dire aider les autres dès qu’elle pouvait, toujours, toujours. Et se retrouver dans le rôle de celle qui console n’était pas non plus dans ses habitudes. On ferait avec. Elle serra la blonde contre elle, doucement, sans même oser appuyer sur ses épaules. « Shhh. Shhh. Tout va bien. C’est pas ta faute » murmura-t-elle, même si elle ne savait même pas ce que la jeune fille se reprochait. Tout ce qu’elle voulait, pour le moment, c’était qu’elle arrête de pleurer. Elle la berça doucement, serrée contre elle, se balançant d’avant en arrière tout en restant assise jusqu’à ce que les sanglots de la sans-faction se calment. « Dis. Pleure pas. Parle plutôt. Ca fera du bien. » promit-elle. « Tu peux parler de ce que tu veux, d’accord? N’importe quoi. »


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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Ven 19 Déc - 18:58

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Shaé et Romy.

« Shhh. Shhh. Tout va bien. C’est pas ta faute. » Elle te serre contre elle, te berce. Elle sent bon le savon. Une odeur toute simple, qui te rappelle ta mère. Tu ne l'as pas vue depuis...Depuis que tu as quitté les Audacieux pour ce trou à rats. Qu'est-ce qui t'as pris de faire ça ? Tu voulais prouver quoi, exactement ? Tout le monde se fout de ce que tu peux bien devenir. Tout ce qui se déverse à torrents hors de tes yeux trop pâles, tu ne le dois qu'à toi. Tout ce noir, il vient de toi, et de toi seule. Seule. Il n'y a plus personne. Juste toi, de la pluie, quelques flammes et beaucoup de poussière. Ça fait des semaines que tu n'as pas eu une conversation qui ne soit pas composée de monosyllabes ou de grognements. Tu n'es plus habituée. Et voilà. Regarde-toi. Une épave. Quelques confessions, et voilà, tu éclates en sanglots. Pauvre petit oiseau. Tu sais bien, toi, que tes ailes ne se répareront jamais. C'est pour ça que tu es ici. Il y a bien quelques plaisirs, la chaleur et le crépitement d'un feu, la lecture d'un journal, le vent sur tes joues, un morceau de chocolat...Des petites choses éphémères. Il t'est même arrivé de faire l'amour. Deux fois. Tu n'as pas oublié. C'est éphémère aussi, mais c'est nettement plus puissant.

Mais toutes ces choses ne remplissent pas le vide. Elles n'effacent pas ce profond dégoût de toi-même. Tu voudrais mourir, mais pas assez pour te tuer. Tu voudrais vivre, mais pas assez pour passer le cap de la survie. Il n'y a plus grand chose que tu voudrais. Tu essayes de ne pas trop penser. Ça marche de mieux en mieux. Comme quoi, l'entraînement est la solution à tout. Et de l'entraînement, tu en as eu beaucoup pendant ces jours qui se confondent avec la nuit, et que tu passes seule. Même assise autour d'un feu avec d'autres Sans-Factions, tu es seule. « Peut-être que tu serais moins triste si tu pensais à autre chose qu'à ton cul pour changer. » Ce sont les mots d'un garçon. Tu l'aimes bien. Un Sans-Factions, lui aussi, né Érudit, aspirant Audacieux. Un raté, rejeté durant la troisième étape de l'initiation. Frustré, une boule de nerfs, violent, enflammé. Le genre qui ne mâche pas ses mots. Il te fait mal parfois, mais c'est mieux que de ne rien ressentir du tout, non ? La première fois, c'était avec lui, sur la vieille couverture, entre ces murs. Il pleuvait des cordes. Vous étiez trempés, essouflés, et bouillants de tristesse l'un contre l'autre. Ce garçon, tu l'aimes bien, mais c'est mal d'aimer quand on s'appelle Romy Weverell. Alors tu ne lui parles pas. Il n'aime pas ça. Il s'énerve. Il te prend par les épaules, te secoue. Et toi, tu ne dis rien. Rien... Tu pleures, tu pleures toutes les larmes de ton corps. C'est fou comme il peut y avoir des litres et des litres d'eau dans un corps humain. Leur goût salé s'immisce entre tes lèvres. Tu te laisses aller contre Shaé.

« Dis. Pleure pas. Parle plutôt. Ça fera du bien. Tu peux parler de ce que tu veux, d’accord ? N’importe quoi. » Tu hoches la tête et t'écartes légèrement d'elle, frottant tes joues du dos de tes mains pour écarter les larmes et voir plus clair. Une boule se forme dans ta gorge et tu dévisages ton invitée d'un air désolé. Un silence tiède s'installe entre vous. Tu souris à travers tes larmes. « Tu as déjà été amoureuse ? » Ton menton tremble et tu lèves les yeux vers cette fille, cette fille qui sait si bien se contrôler, et qui protège les autres avant de se protéger elle-même. C'est peut-être ça, la clé. Oui, bien sûr. C'est forcément ça.
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Dim 21 Déc - 23:32


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Shaé posa son menton sur le haut de la tête de Romy, serrant la blondinette contre elle en se balançant comme si elle la berçait. Comme on berçait un enfant dans ses bras pour le faire s'endormir lorsqu'il n'arrivait pas à se calmer. Ses deux mains entrelacées ensemble dans le dos de la jeune fille, elle s'efforçait de calmer les spasmes de sanglots qui l'acitaient, l'immobiliser tout en douceur dans une gangue de calme. Calme, elle tentait de l'être, vraiment. Comme si garder sa respiration régulière et posée, tous ses mouvements mesurés pour être doux et précautionneux, pouvait propager cette sérénité montée de toute pièce à la fille qu'elle tenait dans ses bras. Peut-être que si elle-même restait ainsi, mesurée dans tout ce qu'elle faisait, Romy aurait l'impression qu'elle n'était pas aussi chaotique que son visage de porcelaine lui en donnait l'air. Elle ne s'apercevrait pas que rien que le fait de la rencontrer avait semé le doute dans le cœur de l'Altruiste. Elle avait toujours considéré que le système des factions était justifiable et justifié, et que les sans-factions l'avaient quelque part cherché, freinant la société, même involontairement. Et maintenant qu'elle voyait cette fille qui avait son âge, qui avait tout d'une excellente Audacieuse et qui n'était pourtant plus dans les rangs de sa faction, parmi les siens, elle s'était mise à douter. Peut-être que tout ça n'était pas aussi juste que ça en avait l'air. Peut-être que ceux qui contestaient le système n'avaient pas si tort. Et cette incertitude s'était insinuée en elle, la question la turlupinant maintenant sans lui laisser le répit tant attendu qu'elle voulait donner à Romy.

Lorsqu'elle s'écarta légèrement d'elle, la jeune fille lança un pâle sourire à sa compagne et ne rompit pas le silence qui s'était installé entre elle. Toute sa vie, elle a appris à interpréter les gens, à deviner ce qu'ils voulaient et ce dont ils avaient besoin, parfois même avant qu'ils ne le sachent eux-même. Mais là, en ce moment précis, elle se rendait compte qu'elle était incapable de dire ce qui tendait la blonde malheureuse, en dehors de sa condition sociale dont elle avait probablement fini par s'accoutumer, et par le même biais incapable de l'aider, ce qui était indéniablement un échec dans son parcours. Cependant, elle voulait laisser le temps à sa nouvelle amie de se faire ou pas à l'idée de lui parler. Après tout, elle ne la connaissait que depuis très peu. Pourquoi voudrait-elle lui confier ce qui n'allait pas, à elle? Parmi les Altruistes, Shaé n'avait pas eu beaucoup d'amis. D'un côté parce qu'elle n'avait pas tellement le profil pour, de l'autre parce qu'elle était bien toute seule, tout simplement. La compagnie des autres était seulement un plus. Pas nécessaire. Mais là, elle voulait sincèrement devenir l'amie de Romy. Elle n'avait jamais éprouvé d'attachement pour les gens — jamais aussi rapidement. Et c'était quelque chose de précieux. Qu'elle ne voulait perdre en aucun cas.

Elle tendit la main et essuya délicatement les larmes sur les joues de Romy du bout des doigts, relevant son menton et l'empêchant de trembler. Elle, amoureuse? Non. Ce n'était pas pour rien que toutes les autres factions se moquaient des traditions Altruistes qui tiraient sur le purisme. Se tenir la main en public était à la limite de l'affection, et s'embrasser totalement hors de question. Ce n'était pas non plus basé sur du vent que les vêtements d'un gris sobre étaient conçus pour annihiler toute distinction physique entre les individus. Avantages du corps en devenaient insignifiants. Elle avait toujours vécu ainsi. L'amour, elle n'y pensait pas. Elle préférait les autres. S'en occuper sans les aimer comme une femme peut aimer son mari. L'idée d'avoir un petit ami ne l'a pas non plus effleuré. Quand on s'engage, c'est pour de vrai. Pas juste quelque chose comme ça. C'est sa conception du monde, au moins. « ...Non. On me dit que c'est bien, que c'est agréable, comme émotion. Mais non. » Elle a un sourire timide, un peu gêné. « Pourquoi? C'est ça qui te rend malheureuse? »

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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mar 23 Déc - 19:12



« ...Non. On me dit que c'est bien, que c'est agréable, comme émotion. Mais non. » Tes larmes ont cessé de couler, mais Shaé se tient toujours tout contre toi. Tu as l'impression de la connaître depuis longtemps. Ou d'avoir affaire à une soeur retrouvée. Peut-être que c'est l'impression que Shaé donne à tout le monde, à cause de sa candeur. Elle n'a jamais été amoureuse. Même pas un peu. C'est triste. C'est comme si elle n'avait pas vécu. Peut-être que les Altruistes ne se l'autorisent pas, tout simplement. Peut-être que ça ne leur vient même pas à l'esprit. En tout cas, c'est triste. Le sourire gêné de Shaé t'arrache un regard attendri. « Pourquoi ? C'est ça qui te rend malheureuse ? » Tu la dévisages un instant avant de secouer lentement la tête. Tes yeux se sont assombris. « Oh, non. Ce serait tellement plus facile. Un chagrin d'amour...C'est rien, ça. Ça passe. » Tu frottes ta joue droite qui est restée humide. « Ce qui me rend malheureuse ?.. » Tes yeux se posent sur les cendres du journal qui s'est consumé depuis quelques minutes. Tu tends le bras pour en attraper un autre parmi ceux qui jonchent le sol et tu y mets le feu avec ton briquet. La chaleur revient et soulage tes doigts engourdis que tu tends devant les flammes.

« Je suis malheureuse parce que je n'ai pas respecté une promesse. » Tu déglutis difficilement: ta gorge s'est nouée. Forcément. Mais tu as envie de parler, parce que tu te sentirais malhonnête de laisser Shaé te prendre pour un ange. « J'avais une soeur jumelle. Riley. On était en tous points identiques. Et toujours ensemble, aussi. » Tu t'éclaircis la gorge avant de reprendre une bouffée de ta cigarette, que tu as délaissée et qui s'est à moitié consumée toute seule. « On a fait un pacte de sang, quand on était petites. On a coupé au travers de nos mains, juste . » Tu lui tends la paume de ta main droite, tenant ta cigarette entre majeur et index, pour la laisser admirer la jolie cicatrice blanche qui la traverse. « On a joint nos mains ensuite, pour mélanger nos sangs. C'était un peu cliché mais bref, le but était de faire un vrai pacte de sang. Et le pacte, c'était qu'on se protégerait toujours l'une l'autre, à la vie, à la mort. C'est cette promesse là que je n'ai pas respectée. » Tu marques une pause pour prendre une nouvelle bouffée de ta cigarette. « Riley a découvert pendant son initiation Audacieuse qu'elle était Divergente. Elle me l'a dit, bien sûr. On ne se cachait rien. Tu sais ce que c'est, un Divergent ? » C'est la faille du système, et par conséquent, les autorités se taisent sur le sujet. Rares sont ceux qui connaissent l'existence des Divergents, ou qui y croient. « Ils existent. Et ils représentent une faille. Un caillou dans la chaussure des dirigeants de faction. À l'époque je n'ai ps vu le problème. Je n'ai pas compris ce que ça impliquait. Pour te dire toute la vérité, j'étais même jalouse, parce que Riley avait quelque chose de plus et qu'on n'était plus tout à fait identiques. » Tu secoues la tête. « Quelques jours après notre réussite à l'initiation, j'ai retrouvé Riley, le corps disloqué en bas d'un building. J'ai appelé des gens, on est venu s'occuper de son corps, et moi j'étais là, je les regardais tous s'affairer autour en sachant parfaitement que Riley ne tombait jamais. Qu'on l'avait poussée. Que quelqu'un, au sein de cette faction que j'avais cru être ma famille, avait voulu la tuer. Mais plus encore, je savais que j'avais failli à ma promesse en ne la croyant pas lorsqu'elle m'avait dit que sa divergence était un danger. Et j'étais seule. Personne ne comprenait. Ils disaient qu'elle était morte dans un moment d'adrénaline, qu'elle avait eu une existence courte mais intense, comme l'aiment les Audacieux. » Tu secoues la tête à nouveau sans oser regarder Shaé, préférant te concentrer sur les flammes.

« J'ai coupé les ponts avec tous ces traîtres. J'ai arrêté de leur parler. Je suis devenue silencieuse, et rien ne pouvait me faire parler. Un soir je suis allée fouiner dans les bureaux des dirigeants Audacieux, avec une clé volée. J'ai cherché des documents qui pourraient mentionner ma soeur, ou d'autres divergents. Je venais de tirer d'un tiroir un document portant son nom quand un gars qui montait la garde m'a surprise. Il a pointé son pistolet sur moi et ma demandé de mettre les mains en l'air et de le suivre bien gentiment. Je me suis enfuie. Il n'a pas réussi à m'attraper. J'ai préféré partir sur le champ. Je n'ai rien pris. Je suis juste partie pour ne jamais revenir. » Tu termines ta cigarette d'une longue aspiration nerveuse. « Je ne peux même pas me regarder dans un miroir. Voilà pourquoi je suis malheureuse. » Tu lèves les yeux vers Shaé. « J'aurais voulu avoir une chance de lui dire pardon. » Tu ne veux pas l'ennuyer avec tes histoires, ou lui inspirer de la pitié. Tu veux juste lui dire la vérité. Lui montrer que ce monde n'est pas parfait, qu'il est au contraire tordu et coupant.

Tu changes de sujet et tentes maladroitement de sourire pour alléger l'atmosphère. « C'est fou, que tu n'aies jamais été amoureuse. Une jolie fille comme toi ! »
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Ven 26 Déc - 18:52

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L’amour, c’est presque quelque chose d’abstrait, aux yeux de Shaé. C’est plus une notion qu’une émotion, quelque chose qui finit inévitablement par arriver. Si la vie le lui donnera ou pas ? Elle n’en sait rien, mais continuer à y penser n’accélérait nullement les choses. Ce n’est pas nécessaire, c’est juste…ça. Mais si ça rend Romy triste, alors c’est mal, pense-t-elle fugacement. Le monde est compliqué, vraiment. Elle a juste envie que tout aille bien, mais c’est trop demander. Elle l’Altruiste, elle qui est supposée savoir aider tout le monde comme pas deux, elle n’est pas fichue de deviner de quoi la blondinette souffre, et encore moins comment l’aider, la consoler. Mais elle continue à se taire, à laisser le silence les envelopper. Elle continue à attendre que Romy accepte, ou pas, de lui parler. Ca lui suffit tout juste.

Riley. Le nom roule aussi dans son cerveau, et elle imagine un reflet de Romy, presque son identique, à quelques détails près. Elle imagine deux jumelles Audacieuses plus liées que les doigts d’une main, par l’esprit et par le sang, comme le prouve la cicatrice qui barre la main de la blonde sur toute la diagonale. Et une promesse. Deux personnes pouvaient donc être collées ensemble à ce point-là. Shaé, elle n’a rien à promettre, rien de plus que ce qu’elle fait maintenant. Et plus elle parle, plus elle est curieuse, même si elle se dit que c’est indiscret, que c’est sa vie à elle, pas la sienne. Tout ce qu’elle fait, c’est écouter. Elle est devenue ce qui s’approche le plus d’une oreille humaine, à récupérer les paroles de Romy, essayer d’en faire quelque chose de moins triste, de moins douloureux pour elle.

Cependant, il lui semble que le silence s’épaissit, quand elle en vient à parler de la Divergence. C’est tabou, et elle le sait, tout ce qui est en rapport à ce sujet est étouffé par le gouvernement. Tout ce qu’on lui a dit, à elle, c’était que ces personnes différentes, ces divergents, justement, représentaient un danger pour la société qu’ils formaient, étaient des éléments perturbateurs. Elle avait tout cru. Parce qu’il n’y avait rien d’autre. Or si la sœur de Romy en était une, elle ne pouvait pas être mauvaise, ça coulait de source. Elle frissonna malgré tout à l’annonce de la mort de cette fille, qu’elle ne connaissait pas, mais dont la disparition la rendait triste tout de même, car elle avait affecté Romy ; C’était comme ressentir la douleur d’un membre dont on nous a amputé auparavant, peut-être. Cette douleur faisait-elle parmi de celles qui étaient insidieuses, lancinantes ? Mais ce qu’elle retirait de tout ça, en priorité, c’était qu’elle vivait peut-être parmi des meurtriers. Des gens avaient disparu sans qu’elle s’en rende compte – comme s’ils n’avaient fait que faire partir du décor, tout ce temps. Et le soupçon, la méfiance envers tout, s’allumait doucement dans son cœur, et ce que lui confiait Romy ne faisait qu’attiser l’étincelle. « Je suis désolée, pour ta sœur. » Ca sonnait affreusement automatique. Pas naturel du tout. Mais elle n’avait que ça à dire. « Mais je trouve que tu as bien choisi » ajouta-t-elle simplement, ses yeux se tournant à nouveau vers le feu crépitant.

Levant doucement la main, elle écarta les mèches blond sale de Romy de son front. « Tu devrais pas autant culpabiliser, tu sais. J’ai...j'ai pas envie de prétendre connaître Riley mieux que toi, mais si j’étais elle, je détesterais que tu vives autant dans le passé. » Les mots trouvent leur chemin tous seuls dans sa bouche, elle continue à parler, tentant d’apaiser, de consoler. « Ma mère. Elle était faible, tu sais. Que je naisse a pas arrangé sa santé. Elle est morte pas si longtemps après. Et ça m’a persuadé que c’était de ma faute, que si j’étais pas née, elle serait en vie. » Elle n’en parlait pas, le plus souvent. La gratitude d’avoir eu une famille d’accueil lui suffisait amplement. « Mais j’ai arrêté de le croire quand même. » A Romy d’en tirer ses conclusions. Sa tentative de détendre l’atmosphère lui arracha un sourire gêné plus qu’autre chose. « Pas pour rien, le surnom des Audacieux. C’est très fermé, tout ça, tu sais ! Se tenir la main en public, c’est presque de l’impudeur » rajouta-t-elle en guise d’anecdote dans un effort pour faire rire Romy.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mer 31 Déc - 11:54




I built a home, for you, for me

« Je suis désolée, pour ta sœur. » Tu lèves les yeux, lentement. « Moi aussi. » Il n'y a pas trace de dégoût ou de blâme dans le regard de Shaé. Tu ne sais pas si ça te rassure ou t'effraie un peu plus. « Mais je trouve que tu as bien choisi »  Bien choisi ? Tu n'as rien choisi. Tu n'as rien fait. Tu n'as rien vu venir. C'est pas un choix, ou alors le choix de ne pas agir. Tu avais promis. Promis de la protéger quoi qu'il arrive. Et tu n'as rien vu venir. Elle te l'avais dis, pourtant. Elle avait chuchoté, regardé à droite et à gauche, inquiète. Elle t'avais dis ce qu'elle était. Et tu avais froncé les sourcils, tourné les talons. Sans comprendre. Sans comprendre...Shaé écarte tendrement une mèche blonde sur ton front. Tu la remercies d'un petit sourire triste. « Tu devrais pas autant culpabiliser, tu sais. J’ai...j'ai pas envie de prétendre connaître Riley mieux que toi, mais si j’étais elle, je détesterais que tu vives autant dans le passé. » Ton visage se décompose progressivement. Tu tournes la tête vers Shaé, mais ses yeux sont absorbés par les flammes. « Tu ne connais pas Riley...C'était une fille rancunière, dure. Elle ne pardonnait jamais. Et la parole d'un homme était quelque chose de sacré à ses yeux. Trahir sa parole...C'était le pire des crimes. Si elle était là aujourd'hui...Elle serait la première à m'accuser. » Tu en as toujours été convaincue, et c'est sûrement cette pensée qui t'as arraché, jour par jour, ce qui te restait de toi-même. Tu te recroquevilles sur toi-même, entourant tes genoux de tes bras et posant ton menton sur tes rotules, les flammes te cuisant peu à peu les joues.

« Ma mère. Elle était faible, tu sais. Que je naisse a pas arrangé sa santé. Elle est morte pas si longtemps après. Et ça m’a persuadé que c’était de ma faute, que si j’étais pas née, elle serait en vie. » Tu plisses les yeux. Shaé est toujours absorbée par la danse des flammes. Tu aimerais savoir ce qui défile devant ses yeux à ce moment précis. Une enfance grise, vide d'affection. « Mais j’ai arrêté de le croire quand même. » Tu renifles. « C'est pas pareil. Tu n'étais qu'un bébé. C'était pas ta faute...Si il faut blâmer quelque chose, c'est la vie. » Toi, c'est différent. Tu avais seize ans. Tu étais robuste. Et tu avais promis. Pauvre Shaé...Tu as toujours trouvé qu'il y avait une certaine beauté à la vie des Altruistes, mais de là à la vivre toi-même... « Pas pour rien, le surnom des Audacieux. C’est très fermé, tout ça, tu sais ! Se tenir la main en public, c’est presque de l’impudeur » Ça, au moins, ça t'arrache un sourire. « Tu ne trouves pas ça un peu triste ? Contre-nature ? » L'amour est le propre des hommes. Si vous leur enlevez, ils s'éteindront. Mais peut-être que les Altruistes sont au-dessus de ça. Qu'ils ont tant d'amour pour chacun des hommes, quel qu'il soit, qu'ils n'en ont plus assez pour un individu.

« Romy ? » Tu tournes la tête, te plaçant instinctivement devant Shaé. On ne sait jamais. Les gens sont capables de tout, ici, pour une cigarette, un morceau de pain ou un peu de plaisir. Mais ce n'est que lui. Grand, maigre, brun, sale. Avec deux grands yeux bleus brillant au milieu. Il se tient dans l'encadrure béante de la porte, appuyé contre la pierre, grattant la mousse sur la pierre du bout de ses ongles incrustés de terre. Tu fronces les sourcils. « Qu'est-ce que tu fais là, Sam ? » Ton ton est agressif, tes lèvres retroussée comme un chien. « Je vois que tu as de la compagnie. C'est rare qu'on ait des nouveaux arrivants venant des Pète-Sec. » Le regard de Sam glisse sur Shaé, de haut en bas et de bas en haut. « Elle n'est pas des nôtres. » Le regard de Sam se fait plus sombre, plus agressif. Il fait un pas en avant. Tu lui lances un regard noir pour lui défendre d'approcher. Tu vois, Shaé ? C'est ça, l'amour. Tu rates pas grand chose. « Qu'est-ce qu'elle fout là, alors ? » Cette fois tu te lèves pour lui faire face. « Dégage. » Sam plante son regard dans le tien et te sourit, pas le moins du monde intimidé. Son regard glisse par-dessus ton épaule et se pose sur Shaé. Il te dépasse d'un coup d'épaule et s'assied à côté d'elle d'un air faussement gentleman. « Alors, comment trouves-tu notre royaume ? C'est beau, hein ? Courtoisie de ta chère faction. » Il est amer, rancunier. Un peu comme Riley. Tu l'attrapes par les épaules. « Laisse la tranquille. » Il se dégage brusquement. « Je vais pas la tuer, hein ! Lâche moi, Romy. Et fais pas comme si tu leur crachais pas dessus toi aussi. » Tu pâlis légèrement. Il se tourne à nouveau vers Shaé. Tu vois, Shaé. C'est beau l'amour, hein ?
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Shaé I. Lunario
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MessageSujet: Re: (romy) + everybody needs someone. (divergent, chicago) Mer 14 Jan - 21:22

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Et une fois de plus, elle se disait qu’elle n’aurait pas aimé vivre parmi les Audacieux. Même si elle avait eu les compétences pour – ce qui, accordez-le, n’était totalement pas le cas. Tout simplement, elle était gentille dans le registre fragile, celui qui se brise en un coup d’ongle sur le verre. Et parmi ces gens sûrs d’eux, qui rayonnaient comme des étoiles, des supernovas, plutôt que de simples flammes, elle se sentirait petite, se refermerait sur elle-même, jusqu’à ne laisser qu’un vide, ce qu’une fille a jadis été. Mais aux yeux des Altruistes, parfois elle n’était pas une fille, pas une femme. Elle était une personne, qui avait deux mains et deux pieds, apte à aider au travail, et c’était suffisant. On ne lui en demandait pas plus, pourtant. Juste de faire ce qu’elle avait à faire et ne pas contester le système, ce que jusque-là, elle n’avait aucun problème à faire. « C’était ce qu’on attend d’une Audacieuse, quoi » conclut-elle mécaniquement. Il y avait toujours eu ces images inhérentes aux factions, et il y aurait toujours. C’était ainsi. Elles étaient trop ancrées dans la tête des gens pour tout simplement s’effacer si vite.

La vie, ce serait tellement facile de la blâmer elle. Lui décharger sur le dos tous les malheurs du monde sans regrets, sans arrière-pensées. Mais elle avait cru si longtemps que c’était sa faute. Certaines pensées restaient là si longtemps, qu’elles finissaient par faire partie des gens. Ce qu’elle était, elle. Une mosaïque de souvenirs constitués en silence, amassés les uns sur les autres, qui avaient fini par former une personne, une identité. Et si on lui retirait ça, alors elle n’avait que la faction. Mais maintenant, elle se demandait, si le système était tellement parfait, alors pourquoi il y avait encore des gens comme Romy ? Des gens qui ne méritaient pas ça, et se retrouvaient quand même là, dans la rue, comme des moins que rien. C’était triste, dans la façon où les choses qu’on ne peut changer sont chargées de mélancolie. « Ce que je trouve triste, c’est qu’il y a des gens qui en voudraient, de l’amour, et qui n’en ont pas. On m’en donne mais je n’en veux pas. » Et par là elle parlait d’une famille. Elle aurait pu vivre sans. Elle savait comment. Et tant pis si c’était triste et morne. Elle savait.

Le son d’une autre personne entrant dans la planque lui fait lever la tête, yeux brillants, oiseau effrayé dont on a dérangé le nid. L’espace d’un instant, elle a peur que ce soit des Altruistes. Qu’elle soit chassée de sa faction. Car elle fanfaronne mais malgré tout, elle ne saurait où aller. Elle est trop fragile, Shaé. Poupée de verre qu’on agite au-dessus du vide. Elle dévisage le nouveau venu. Cheveux brun couleur de terre, yeux bleus comme des perles de verre, comme les vêtements Erudits. Et malgré elle elle a peur. « Je suis pas une sans-faction… » bredouilla-t-elle, presque sur le ton de l’excuse. Car maintenant elle se sent coupable. D’être là. Ce n’est pas sa place, et elle n’aurait pas dû. Encore une fois. « On a fait ce qu’on a pu. Et ce que le gouvernement autorisait comme aide. » Sa voix se raffermit légèrement, tout en restant tremblante. Elle se décala un peu par rapport au sans-faction, se rapprochant plus de Romy que de lui. Il n’est pas franchement menaçant dans son attitude, mais il l’effraie. C’est ainsi. Mais seulement, lorsque le dénommé Sam prononça sa dernière phrase, les yeux noisettes oscillèrent de lui à la blondinette, interrogateurs, légèrement blessés. Comme si elle se demandait encore ce qu’elle faisait là. « C’est vrai, ça ? » Elle essaie de ne pas sonner triste. Mais elle le fait. C’est tout.
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