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No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres

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Romy Weverell
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MessageSujet: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Lun 13 Oct - 19:26


no rest for the wicked.

« Je connais ce visage... » Romy leva les yeux, lentement. Ils étaient injectés de sang. Ses cheveux blonds pendaient le long de son visage. La salle était blanche, lumineuse, lisse, vide. Au milieu il y avait une chaise. Sur cette chaise, il y avait Romy. Elle n'offrait en apparence aucune résistance. Elle n'était pas attachée, pourtant elle n'osait pas bouger. Elle savait, elle savait que si elle faisait un geste, alors les hommes en blanc fondraient sur elle à nouveau. Alors elle restait immobile, elle gardait les yeux sur l'homme en face d'elle. Il la brûlait de son regard aux iris rouges. Stupides modes Capitoliennes. Elle faillit lui cracher au visage tant la seule vue de l'homme, qui se lustrait la moustache d'un geste détendu du pouce et l'observait comme on observe une bête curieuse, la dégoûtait. « Weverell, n'est-ce pas ? Pourtant, je croyais qu'on s'était occupé de ton cas. Fusillée. Non, vraiment, j'en suis sûr. Ces cheveux, ces yeux, ce petit nez... » Il s'approcha et caressa doucement sa joue. Elle ferma les yeux, retint sa respiration.

« C'était pas moi. » Elle fut surprise par sa propre voix. Rauque, brisée. On aurait dit le cri d'un corbeau. Les doigts de l'homme, qui caressaient toujours sa joue, glissèrent soudain vers sa gorge. Elle ouvrit les yeux en grand et l'homme resserra la prise de ses doigts sur sa gorge. Elle resta immobile, et le sang monta, monta, ses yeux s'injectèrent plus profondément encore, sa peau blanchâtre s'illumina de dizaines de veines violacées et soudain, n'y tenant plus, elle agrippa les bras de l'homme, tira, pour qu'il la lâche, qu'elle puisse respirer, elle allait mourir, il allait la tuer... « Tu mens. Comment as-tu survécu ? Je t'ai vue, fusillée, de mes yeux. »

Tout retomba d'un coup. Elle inspira l'air à plein poumons, agrippant sa gorge comme on agrippe une bouée de sauvetage dans une tempête. Elle leva les yeux vers l'homme, sa respiration rauque et maladive. La haine d'un peuple entier brûlait dans ses yeux bleus, une haine comme l'homme en avait rarement vue de pareille. Il inclina légèrement la tête en direction des hommes en blanc. Le visage de Romy se tordit aussitôt, elle demandait pitié, elle n'avait plus de souffle pour le dire mais son expression implora l'homme, non, pitié, pas encore... Mais les hommes en blanc fondirent sur elle mécaniquement, sans âme. Ils se contentèrent d'un coup de crosse chacun, en plein visage. Elle s'effondra sur le sol comme une poupée de chiffon.

❖ ❖ ❖

« Y a plus de place nulle part. » « Mets-la avec quelqu'un d'autre alors. »
Seules des bribes de conversation lui parvenaient. On la traînait à travers un couloir, mais c'était à peine si elle entendait ce qu'il l'entourait. Sa tête bourdonnait. Elle savait vaguement qu'elle avait mal, mais la douleur semblait lointaine, étrangère, comme si elle flottait au-dessus de son corps. Ça n'était pas si désagréable finalement. C'était sûrement préférable à ce qui l'attendait si elle reprenait possession de ses sens. Son corps battait trop fort ; ça, elle le sentait. Elle entendit le pschitt d'une porte coulissante, et sentit qu'on la lâchait. Elle ouvrit aussitôt les yeux, juste à temps pour amortir sa chute de la paume de ses mains. Le pschitt de nouveau, et puis des pas qui s'éloignent. Un goût métallique emplit sa bouche. Elle se traîna sur le sol, les yeux mi-clos, la tête brûlante. A tâtons elle rencontra la surface lisse d'un mur contre ses doigts maigres et parvint laborieusement à s'y adosser. Un long soupir la parcourut toute entière et elle fut tentée de s'endormir là, tout de suite, de tout oublier. Du bout des doigts elle sentit que sa lèvre inférieure était entaillée, gonflée, en sang. Elle poussa un nouveau soupir. La douleur était en train de la rattraper. Elle décida d'ouvrir les yeux. Une vague de blanc l'assaillit aussitôt. Ses yeux s'habituèrent lentement à la lumière. Et là, juste à côté d'elle, il y avait un homme. Un homme tout jeune. Elle eut un mouvement de recul, comme une biche surprise par les phares d'une voiture, paralysée. Elle le dévisagea sans grande délicatesse, décida finalement qu'il n'avait pas l'air de lui vouloir du mal et se détendit un peu. « T'es qui ? »
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Jonathan Templebar
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Jeu 16 Oct - 9:10

La trappe aménagée dans la porte s’ouvre et mon plateau vide disparait, aussitôt remplacé par un plateau plein. En moins de temps qu’il ne faut pour avaler une miette de pain, je suis accroupi près de ma pitance.

« Je t’ai mis double portion d’lentilles et j’t’ai choppé un lard Templebar, me chuchote le pauvre larbin qui nourrit les prisonniers à travers l’épaisseur de métal.

- Wouah. Merci Joss, t’assures, » je m’extasie devant ce repas de fête.

Ce bleu s’est retrouvé à la cantine de la prison il y a trois ou quatre semaines, et on a très vite sympathisé. Il s’est engagé surtout parce que sa famille faisait pression et toute sa hiérarchie le traite comme un chien, ce qui fait qu’il n’a aucun scrupule à fournir les portions plus qu’ordonné en échange de blagues, histoires ou conseils de vie. Justement, je l’entends s’installer devant ma porte et il commence à me raconter par le menu le contenu de la dernière lettre qu’il a reçue de sa fiancée. Tout en piochant avec les doigts dans le bol de lentilles (même une double portion peine à le remplir), je l’écoute, l’interrompant parfois pour lui réclamer des détails croustillants, et dissipe ses craintes de voir la femme de sa vie partir avec son demi-frère par quelques phrases bidon bien placées.

Mais l’heure pour lui de rappliquer auprès de ses supérieurs vient vite, et je me retrouve de nouveau seul dans ma pauvre cellule de sept mètres carrés (à peu près, personne ne m’a fait voir le bail), sans rien d’autre à faire que d’attraper les lentilles une à une, les écraser entre mes dents une à une et les avaler une à une. La nourriture est quasiment la seule distraction ici, autant l’économiser. Et garder le lard pour plus tard, même s’il me fait déjà saliver.

L’autre chose à faire entre ces quatre murs, c’est se remémorer le passé. Ce qui est assez répétitif et un poil déprimant tout de même. Depuis plus de cinq mois que je suis là, j’ai eu le temps de me refaire ma vie en long, en large et en travers. Maintenant, je ne fais que m’ennuyer.

Etrangement, ce que je trouve le pire dans mon incarcération, ce n’est pas l’ennui. Ni même la nourriture aqueuse et toujours insuffisante. Ni les costumes jaune sale beaucoup trop grands. Non, le pire c’est qu’il n’y a pas de fenêtre. Aucune vue sur l’extérieur. Même pas un soupirail bardé de barreaux et fils barbelés. Juste des murs uniformes qui me coupent du monde. Je n’ai pas vu la lumière du jour depuis plus de cinq mois et mon soleil est devenu deux lignes de néons blancs.

Bonjour le cafard.

J’en suis à la moitié de mon bol de lentilles quand j’entends que ça s’agite de l’autre côté. Je ne comprends pas vraiment ce qui se dit, mais je devine clairement que, quoi ce soit, ça vient vers moi. Vite, j’avale le lard sans pouvoir m’empêcher de le mâcher un peu plus que nécessaire, et m’écarte de la porte avec mon plateau repas. Hors de question d’apporter des ennuis à Joss ou de laisser ma précieuse pitance se faire renverser par des gardes non précautionneux.

Depuis que je suis coincé dans mon petit coin d’enfer, la porte ne s’est ouverte en tout et pour tout que sept fois. Quatre fois dans la première semaine, pour de charmantes visites d’interrogateurs, deux fois pour une inspection et une fois pour un lessivage à la javel. Jamais pour jeter dans ma cellule une fille blanche et sang. C’est donc bouche bée que j’assiste à la scène depuis mon angle de pièce, mon plateau toujours en main. Les gardes ne m’accordent pas un regard (ce qui dommage, parce que je pense sincèrement que ma tête vaut le détour) et, en moins de temps qu’il ne faut pour dire « j’ai pas signé pour une colocataire », la porte est refermée et mes geôliers sont loin.

C’était pas la peine de faire disparaitre le lard finalement. Si j’avais su, je l’aurais savouré un peu plus.

Je dépose soigneusement le plateau sous ma banquette et m’approche de la nouvelle venue pas à pas. Elle se traine sur le sol jusqu’au mur et, plutôt que de l’effrayer (et risquer de me prendre un coup de poing) en essayant de l’aider, je me contente de suivre sa progression et de la détailler. Son visage est éclaté de sang, ce qui suggère un interrogatoire musclé, et, si elle a la silhouette d’une jeune fille, petite et pas bien épaisse, elle est loin de mes os saillants et de ma peau trop grande, ce qui suggère une capture récente.

Je la laisse s’asseoir et prendre ses aises pendant que je vais récupérer le broc d’eau. Généralement, les prisonniers juste passés à tabac, ça aime bien boire un coup pour faire passer le goût de la rouille. Je m’accroupis à côté d’elle et attends patiemment qu’elle retrouve tous ses esprits. Ce n’est pas comme si j’avais autre chose à faire de toute façon. Elle ouvre doucement les yeux et, quand elle me regarde, on dirait qu’elle a vu le diable. Ce qui me laisse avec une question : suis-je si moche que ça ? Je la laisse me détailler (oui, je suis roux, non, j’ai bien une âme) et suis ravi de constater que ce qu’elle voit semble la rassurer. J’ai toujours l’impression d’être en face d’un animal traqué, mais pas un qui va me sauter à la gorge, ou sauter de la falaise, dès que j’aurais esquissé un geste. C’est déjà ça de pris.

« T’es qui ? elle fait, me donnant par sa voix une preuve supplémentaire (même s’il n’y en a pas vraiment besoin) qu’elle n’est pas en grande forme.

- Tu as l’immense honneur d’être en présence du grand, du magnifique, de l’inégalable Jonathan Templebar, premier du nom, je déclame. Mais mes compagnons de cellule m’appelle Jon. »

Règle numéro un d’une incarcération réussie : ne jamais se refuser un peu d’humour, même s’il est macabre au possible. Ça aide à rester sain d’esprit et positif, ce qui est quand même un tour de force quand tu vis vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans sept mètres carrés hermétiques.

« Et pour fêter ton arrivée dans mon palace, je peux te proposer une eau délicieusement tartreuse, un grand cru. Intéressée ? »

J’accompagne mes mots en levant le broc dans son champ de vision, et en lui adressant un grand sourire (autre avantage de l’humour régulier : ça garde les zygomatiques en forme). Je suis conscient que je peux avoir l’air un poil psychopathe, mais autant habituer la demoiselle tout de suite. Puisque, apparemment, on va cohabiter dans un tout petit espace, autant qu’elle soit au courant dès maintenant de mes pires et de mes meilleurs côtés. Lesdits meilleurs côtés étant en l’occurrence que je suis prêt à partager ma pauvre ration d’eau quotidienne, pour ceux qui n’ont pas suivi.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Jeu 16 Oct - 19:08


no rest for the wicked.

C'est à peine un homme, en fait. On dirait plus un enfant qui a grandi trop vite. Sa maigreur n'arrange rien à cela. À en juger par la manière dont sa peau s'étire par-dessus ses os, il doit être là depuis longtemps. Peut-être plusieurs mois. Tu l'observes sans broncher. Ta tête tourne, tourne, chaque parcelle de ton corps est en surchauffe. La douleur n'a plus rien de lointain à présent. Elle t'a rattrapée. Elle frappe contre ton crâne, ta peau, tes yeux, résonne à l'intérieur de tes os. Tu soupires en rejetant ta tête boursoufflée en arrière. La voix de l'inconnu te ramène à la réalité – réalité qui pourrait bien être un rêve, ça ne t'étonnerait pas plus que ça, et ça te ferait même assez plaisir. « Tu as l’immense honneur d’être en présence du grand, du magnifique, de l’inégalable Jonathan Templebar, premier du nom. Mais mes compagnons de cellule m’appellent Jon. » Les paroles mettent un certain temps à atteindre ton cerveau. Tu finis par le fixer d'un œil vitreux. Il attendait quoi, que tu sois prise d'un fou rire ? De un, tu n'es pas d'humeur, et de deux, tu as probablement une ou deux côtes brisées et le moindre mouvement risque de balancer une douleur supplémentaire sur le tas de celles déjà présentes. Donc, tu te contentes de détourner le regard d'un air blasé. « Parce que tu en as eu beaucoup ? » Tu as tourné la tête vers lui. « Des compagnons de cellule, je veux dire. » Juste histoire de savoir si ils font parfois le ménage parmi leurs captifs, peut-être pour faire de la place. Si ce Jonathan a vu défiler les colocataires, alors ça ne peut signifier qu'une chose: chacun d'entre eux a été tué. Tes yeux se remettent à parcourir la cellule blanche du regard. Rien n'est là pour accrocher les yeux. Les murs sont immaculés. L'espace vide de tout meuble. Une vraie torture que de rester enfermé là-dedans. Tu te sens déjà claustrophobe.

« Et pour fêter ton arrivée dans mon palace, je peux te proposer une eau délicieusement tartreuse, un grand cru. Intéressée ? » Cette fois tu souris faiblement. Comment peut-il parler de cette façon ? Tu y crois à peine. Il cache quelque chose. Tes doigts serpentent sur le sol et s'enroulent autour de la carafe d'eau. Sans te soucier des microbes que la bouche du jeune homme a dû laisser sur le goulot, tu inclines la carafe et laisse couler un peau d'eau dans ta gorge. Tu tousses, la gorgée se répand sur tes vêtements crasseux et tu recommences. Cette fois l'eau descend. Ça fait mal. Ils t'ont beaucoup frappée, un peu partout. Pendant 48 heures, pas de répit, pas d'eau, rien. Juste les coups et les questions. Et puis cet horrible sentiment de déception. La déception d'avoir échoué, de s'être laissée prendre comme une idiote. C'est fini pour toi, tu le sais. À moins d'un miracle, tu ne risques pas de retrouver ton district de sitôt. Tu fais glisser la carafe vers Jonathan et rejette la tête en arrière.

Le district. Il emplit toutes tes pensées sans effort. Les rails de train défilent sous tes paupières fermées. La forêt aux odeurs fraîches de terre et de feuille. Des visages se superposent au dessin de cette forêt. Tu les laisses s'immiscer en toi, parce que tu n'y peux rien, c'est plus fort que toi. Tu rouvres les yeux. Ils se posent sans grande émotion sur le visage de Jonathan. Tu ronges les ongles de ta main gauche en silence, méthodiquement. Puis ceux de ta main droite. La cellule est plongée dans le silence, à part le petit clac occasionel de tes dents s'attaquant à tes ongles. Puis le silence retombe en même temps que tes mains victimes se reposent sur tes cuisses comme deux plumes. « Ils vont nous écraser. Avec leur talon, comme une bande de fourmis pathétiques. » Tu pousses un soupir, de douleur, de déception, d'amertume. « Regarde nous, déjà. » Tes yeux se lèvent vers le plafond, se fixent sur les deux néons blancs qui diffusent une lumière froide dans la cellule. Tu gardes les yeux là-haut.

« Au fait, moi c'est Romy. Pas spécialement grande, pas spécialement magnifique, pas vraiment inégalable. Juste Romy. »
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Jonathan Templebar
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Lun 20 Oct - 16:13

Depuis que je suis enfermé là, je n’ai vu que des militaires. Pour me souvenir d’un visage allié, il faut que je remonte à l’époque où j’étais dans les prisons provisoires au Trois. J’y suis resté quoi… six jours ? Quelque chose comme ça. Et là, des compagnons de cellule, j’en avais ; on était entassés comme des traders juste avant l’ouverture de la bourse. Je peux encore remettre les noms sur les visages. Je n’ai pas oublié un des cinquante-sept bougres avec qui je partageais un enclos grillagé et avec lesquels j’échafaudais les plans d’évasion les plus bancals de la création. La belle époque où mon air n’était pas conditionné, assaini et privé de toute odeur et saveur.

Depuis, j’ai peut-être un peu oublié comment mettre à l’aise les gens. Mais ma nouvelle colocataire finit par succomber à mon humour et esquisse une trame de sourire. Et elle attrape le broc et le porte à ses lèvres en tremblant un peu. Je lutte contre l’envie de l’aider, surtout quand elle se met à tout recracher, avec ses poumons en prime, mais je me souviens que l’honneur et la fierté sont plutôt développés dans la résistance. Et sont importants lorsque tu te fais capturer et que tes geôliers cherchent par tous les moyens à t’humilier. C’est ça où une autodérision poussée à l’extrême. Le dernier pour moi, parce que quand tu es le fils de mon père, tu as abandonné tout honneur avant même de naître.

Mais cessons de digresser et concentrons-nous plutôt sur notre nouvelle arrivante. Elle a posé son crâne contre le mur et regarde le plafond, l’air perdu dans ses pensées. Même si je meurs d’envie de lui demander des nouvelles du monde, je me retiens. Les jeunes filles en fleur, ça demande de la délicatesse. De même pour les prisonniers récemment pris et interrogés. Alors une jeune fille prisonnière récemment prise et interrogée ? A prendre avec des pincettes en mousse de nuage.

Alors je mime sa position, sauf que je descends mes yeux sur mes mains qui jouent avec mon haut d’uniforme trop grand. Le plafond et les néons, merci mais j’ai déjà donné. En plus, ça me tue les yeux cette lumière.

J’attends en silence que ma nouvelle colocataire n’entame la conversation. Au moins qu’elle me dise son nom que je ne sois pas obligé de me référer à elle par « ma nouvelle colocataire ». Et son district, que je sache si j’ai des chances d’avoir des nouvelles de mes amis, de mon patron et du couple Neiva. Et de tout en fait. Je crève de savoir ce qui se passe là dehors. De savoir si la guerre civile est bientôt finie. De savoir qui des districts ou du Capitole a l’avantage. De savoir si tout le monde arrive encore à manger à sa faim. Voire juste de savoir qu’il y a encore un au dehors. Coincé dans cette prison, on finit par se demander s’il y a vraiment quelque chose derrière notre porte et si tout ce qu’on se rappelle et les rares personnes avec lesquelles on interagit ne sont pas en fait un complot pour nous faire croire qu’il y a quelque chose.

SOS paranoïa j’écoute ?

Et ainsi le temps passe. Avec comme bruit de fond le cliquetis caractéristique des ongles qu’on ronge. J’ai un regard pour les bords rouges de mes doigts. Et un soupir en pensant à l’époque où je grattais les tâches sur le comptoir avec mes ongles.

« Ils vont nous écraser. Avec leur talon, comme une bande de fourmis pathétiques. Regarde nous, déjà. »

Je grimace. Je n’ai jamais été trop versé dans les idéaux, à un point que je me demande parfois ce que je fiche ici. La philosophie non plus n’a jamais été trop mon truc. Et les grands enjeux m’échappent toujours. Bref, je ne sais pas quoi répondre à ça. Et puis, pour ma défense, je ne me trouve pas si pathétique. Je veux dire, pour un mec en prison depuis des mois, je suis plutôt bien conservé, non ?

« Au fait, moi c'est Romy. Pas spécialement grande, pas spécialement magnifique, pas vraiment inégalable. Juste Romy. »

A bah, à ça, je sais réagir.

« Enchanté, juste Romy. J’ai vu que des militaires depuis cinq mois, alors même pas grande, pas magnifique et pas inégalable, t’es une perle pour moi. »

J’arrête de contempler mes mains pour tourner la tête vers ladite Romy. Combien de temps que je n’ai pas vu une fille ? Cinq mois, comme le reste. Même le visage défoncé et sanglant, c’est vachement joli une fille. En d’autres circonstances, j’aurais sans doute flirté, et plus si affinités. Mais là, je ne fais qu’alléger la chape de plomb qui la recouvre. Ou essayer en tout cas.

« Je suppose qu’on a pas l’avantage là dehors, hein ? Peu de chance qu’on sorte de sitôt. »

En tout cas, son commentaire sur les fourmis m’aiguille dans ce sens. Dans les moments de grande déprime, je me dis que je ne sortirai d’ici que pour mon exécution. Par chance, les moments de grande déprime sont plutôt rares. Et en ce moment, je suis plutôt dans un moment positivisme. J’ai de la compagnie que diable ! La meilleure chose qui me soit arrivée depuis le morceau de lard !

« Donc mets-toi à l’aise; il reste des lentilles si t’as faim. Y’a qu’une banquette, mais le sol est quasiment aussi confortable donc ça change pas grand-chose. »

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Lun 20 Oct - 18:00


no rest for the wicked.

« Enchanté, juste Romy. J’ai vu que des militaires depuis cinq mois, alors même pas grande, pas magnifique et pas inégalable, t’es une perle pour moi. » Une sorte de rire s'échappe de tes lèvres gonflées. Tu le regrettes aussitôt, car une douleur te fait grogner comme un vieux chien. Tout de même, un gars de cet âge là, enfermé pendant cinq mois et privé de présence féminine...Disons simplement que si tu étais en état il serait peut-être avisé de te traîner à l'autre bout de la cellule. Non pas que tu te juges particulièrement irrésistible, surtout en ce moment...

« Si tu me dis quelle heure il est je te dirai ce qui se passe dehors. » Tu ponctues cette proposition d'un petit sourire triste. Tu devines qu'il a des questions à te poser. Son visage n'est pas familier, alors tu sais que vous ne venez pas du même district. Lui, en revanche, n'a pas moyen de te reconnaître étant donné que ton visage ne ressemble pas à grand chose actuellement. Mais tout de même, cinq mois...Cinq mois entre ces quatre murs blancs, sous ces deux rangées de néon déprimantes. Cinq mois à bouffer de la merde dans un silence de fer, cinq mois à se demander quels êtres chers sont morts entre temps...Une pointe de compassion s'immisce en toi. En attendant, toi tu aimerais savoir quelle heure il est, au moins à peu près. Oui, parce que mine de rien c'est assez perturbant de n'en avoir aucune idée. On se sent perdu. Et puis tu as perdu toute notion du temps durant les deux derniers jours. Ton horloge, c'était les questions. Et les aiguilles, c'était les coups. Mais tu sais aussi que dorénavant, qu'il soit sept ou dix-neuf heures, ça n'aura pas grande importance. Tu sais que le temps va couler lentement, sans jamais voir le soleil.

« Je suppose qu’on a pas l’avantage là dehors, hein ? Peu de chance qu’on sorte de sitôt. » Tu secoues la tête d'un air abattu. « Ça m'étonnerait. Cette guerre touche à sa fin, je pense. Et pas comme on l'espérait. » Tes yeux se lèvent vers les néons et tes pupilles se rétractent aussitôt, éblouies. « Il y a eu beaucoup de morts, surtout ces dernières semaines. Ils ont menacé de détruire entièrement le 13. De le raser. Certains disent que c'est du bluff. Moi je pense qu'ils ont les armes qu'il faut. Après, si ils vont agir...J'en sais rien. Peut-être que c'est déjà fait, hier ou ce matin. Plus aucun moyen de savoir. » Tes propres paroles te font l'effet d'une gifle. Tu fermes les yeux. « Ils ont pris le chef de mon groupe il y a deux jours. Il est tombé devant moi. Une de ces bombes qu'ils cachent dans le sol et qui pètent quand quelqu'un marche dessus. » Ta voix vibre. « Ça lui a complètement arraché les jambes et puis le reste des débris lui a coupé le torse, le visage, tout. Il ressemblait plus à rien. » L'image est si claire dans ta mémoire qu'elle provoque un soubresaut de dégoût au fond de ta gorge. « Les autres rebelles du groupe se sont enfuis parce que l'armée du Capitole était là. Moi j'étais agenouillée près de son corps et j'essayais d'arrêter l'hémorragie avec mes doigts.  » Un rire sombre monte de ta gorge. « Tu m'imagines ? Une gamine penchée sur une espèce de masse noire et fumante. Un corps sans jambes, complètement brûlé, mais puisqu'il respirait moi j'étais là à foutre mes doigts partout et à pleurer en disant que je ne pouvais pas le laisser. Il pouvait pas parler mais si il avait pu il m'aurait sûrement traitée d'abrutie. » Tu secoues la tête. « Alors évidemment, les Pacificateurs m'ont trouvée. » Tu hausses les épaules. Tu pourrais continuer sur ta lancée, lui expliquer pourquoi ils t'ont gardée si longtemps avant de te laisser croupir ici. Mais tu n'as pas spécialement envie de lui expliquer pourquoi le Capitolien croyait t'avoir reconnue alors que c'est Riley qu'il pensait voir. Parce que si tu le faisais, tu devrais expliquer comment ta sœur est morte par ta faute.

« Mets-toi à l’aise; il reste des lentilles si t’as faim. Y’a qu’une banquette, mais le sol est quasiment aussi confortable donc ça change pas grand-chose. » Tu le remercies d'un hochement de tête et acceptes l'assiette qu'il te tend. Tu n'as jamais aimé les lentilles, mais tu n'as pas mangé depuis 48 heures alors pour être franc, tu mangerais n'importe quoi. Tu mâches quelques graines avec précaution. Elles sont farineuses et pleines d'eau mais tu sens déjà tes forces qui reviennent. Sans compter ta mauvaise haleine qui s'estompe. C'est déjà ça. La bouche pleine, tu te tournes à nouveau vers Jonathan. « Alors comme ça, je suis la première fille depuis cinq mois ? » Tu lui jettes un sourire faussement enjôleur. C'est plutôt une tentative d'humour car tu sais bien que tu ne dois pas faire très envie au moment présent.
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Jonathan Templebar
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Lun 27 Oct - 17:18

Savoir faire rire les gens est la qualité la plus importante dans ce monde. Et je ne dis pas ça parce que je suis doué dans le domaine. Non, non. (non, vraiment, non) Malheureusement, j’oublie parfois (toujours) que rire a, dans des circonstances exceptionnelles, des effets négatifs sur le corps. Circonstances exceptionnelle qui sont réunies chez Romy, qui se met donc à gémir, ou quelque chose qui ressemble à gémir c’est dur à dire. Je vérifie que le broc d’eau est à sa portée mais, pour le reste, agit comme si sa crise n’était jamais intervenue. Toujours les histoires de fierté.

« Si tu me dis quelle heure il est je te dirai ce qui se passe dehors, » fait ma colocataire en adoucissant son visage blessé d’un sourire.

Pourquoi pas ? Moi, j’aurais plutôt demandé à quelle heure arrivait le prochain repas, mais j’avoue que n’avoir aucun repère temporel est perturbant. Du genre perturbant perturbant. Heureusement qu’ils éteignent les lumières une dizaine d’heures la nuit. Même si je soupçonne que ça n’a rien à voir avec notre santé mentale et plus avec de l’économie d’énergie.

« L’heure exacte je sais pas, je réponds avec mon entrain coutumier. Mais le commis d’la cantine apporte les repas en début d’soirée. Et je l’ai reçu juste avant ton arrivée. Donc 18 heures ? Quelque chose comme ça. »

C’est vraiment le mieux que je puisse faire. L’extinction des lumières et le passage de Joss sont les seules choses qui bougent dans mon cocon artificiel. Ça semble lui convenir, puisqu’elle commence à me raconter des nouvelles du monde. Des nouvelles de son monde, que j’écoute avec une attention religieuse.

Romy me dit que la guerre est bientôt finie. Elle me dit qu’on va la perdre. Elle me dit qu’ils sont beaucoup plus forts que nous. Elle me dit qu’elle a vu un ami mourir devant ses yeux. Et elle détaille son agonie et sa détresse. Et je sais que si je ferme les yeux, je vais voir la scène en haute définition avec sa voie off qui tremble et attaque directement le centre des émotions. Le sang, les trippes, les os, les râles, l’impuissance et les éclats de shrapnel, je connais bien. Ils ont les mêmes dans le Trois. Aaron, James et Sally ont sauté sur une mine antipersonnel aussi. Je n’y étais pas, mais j’ai vu les corps.

Quand elle finit son récit par sa capture, je me rends compte que je suis en train de frotter mon épaule gauche. Je m’arrête immédiatement ; c’est trop stupide et cliché d’avoir des démangeaisons dans le membre qui a été blessée. Trois fois en ce qui concerne mon épaule, un peu comme si elle dégageait un magnétisme qui concentre les dégâts que mon corps reçoit. Peut-être le fruit d’une malédiction d’une de mes ex-petites amies.

Heureusement, Romy brise la gravité de l’instant d’elle-même en s’emparant du bol de lentilles. Je n’ai jamais su faire avec les instants graves ; généralement, j’offusque mes interlocuteurs par ma légèreté dans ces moments-là, alors c’est plutôt positif qu’on ne s’y attarde pas. Parce que si la demoiselle se sent l’envie de me gifler pour mon manque de sensibilité, elle ne pourra pas s’enfuir en claquant la porte.

« Alors comme ça, je suis la première fille depuis cinq mois ?

- Que j’vois, oui, je réponds en lui faisant mon sourire le plus charmeur (qui ne doit pas valoir grand-chose étant donné que je peux sentir que mes joues sont creuses comme celles d’une momie rien qu’en les touchant). Mais je connais absolument tout d’la fiancée du commis d’cantine. »

Bon sang que ça fait du bien. Je crois que je serais devenu fou sans Joss. Et Joss, c’est encore différent. Parce que malgré tout, c’est l’un des leurs. Discuter avec quelqu’un de mon monde, plaisanter avec quelqu’un de mon monde, interagir avec quelqu’un de mon monde, c’est… c’est dingue. Je ne veux pas arrêter. Je ne veux surtout pas arrêter. Il ne faut surtout pas arrêter. Cinq fraking mois que je peux à peine échanger des lieux communs avec le type qui m’apporte la bouffe. Et soudain, je peux tout dire à quelqu’un qui est dans la même situation que moi. Mon égale.

Je peux dire ce que jamais je ne pourrais dire aux militaires parce que ça serait leur donner une prise. Enfin. Je peux. J'ai déjà pensé que c'était fantastique ?

« Si la guerre est à sa fin, p’t-êt’e bien qu’on va plus pourrir ici très longtemps, je lâche enfin alors que je me suis remis à frotter mon épaule (parce qu'apaiser mon articulation est pour l'instant plus important que passer pour un gros stéréotype). Ils pourraient nous exécuter parce qu’ils ont plus besoin d’nous. Ou nous mettre dans une autre prison. Ou nous libérer. J’ai tué personne après tout. Blessé personne plus que quelques bleus. J’ai à peine touché une arme. »

Je voudrais bien sortir d’ici.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Sam 1 Nov - 22:25


oblivion is calling out your name.

« Que j'vois, oui. Mais je connais absolument tout d'la fiancée du commis d'cantine. » Son sourire charmeur t'arrache un nouveau rire – rire timide qui rebondit bizarrement contre les murs blancs de la cellule. Tu te retiens de rire vraiment pour ne pas souffrir, surtout au niveau des côtes. Ce petit râle d'oisillon de corbeau qui te fait donc pour l'instant office de rire n'est pas très encourageant. Mais tu souris, quand même, songeant encore une fois que tu dois être atroce à regarder. Pathétique idée quand tu as mille autres soucis bien plus graves. Cet élan de niaiserie est sûrement dû aux hormones, tu n'y vois pas d'autre explication.

Tu cherches un instant à t'échapper, à traverser les murs par la pensée. Tu attires en toi les images du district, de la guerre, de la mort, d'un bain chaud, des rails de train, de draps frais, de viande fondante, de fraises, de sourires, de cauchemars, de rêves, de la forêt et des grands chênes, ceux qui bordent ta maison. Qui sait si cette maison n'est pas déjà un tas de cendre aujourd'hui ? Il n'y a plus aucun moyen de savoir, et c'est peut-être le pire dans tout ça. Au moins, tu n'es pas seule. Tu te rends compte de ce que ça signifie, et remercies le ciel auquel tu n'as jamais fait confiance de ne pas t'avoir laissée croupir seule. Jonathan. C'est lui, l'échappatoire. Pour l'instant du moins. « Raconte moi un peu le commis et sa fiancée. » Tu lui souris, avec les dents même. Parce qu'il faut bien passer le temps, et que le temps, on dirait que vous en aurez beaucoup, beaucoup trop.

« Si la guerre est à sa fin, p’t-êt’e bien qu’on va plus pourrir ici très longtemps. Ils pourraient nous exécuter parce qu’ils ont plus besoin d’nous. Ou nous mettre dans une autre prison. Ou nous libérer. J’ai tué personne après tout. Blessé personne plus que quelques bleus. J’ai à peine touché une arme. » Soudainement, c'est comme ce garçon improbable, celui qui fait de l'humour après des mois d'isolation en cellule, laissait tomber son masque, se retrouvait à nu sous une bise mordante. Et c'est presque de la peur que tu peux lire dans ses yeux. Tu aimerais le rassurer comme il semble te le demander...mais tu en es incapable. Toi, tu n'as jamais été de ces gens optimistes, qui gardent espoir et sourire, quoi qu'il arrive. Toi, tu vois juste les choses comme elles sont. « Je ne pense pas qu'ils nous relâcheront. Ça m'étonnerait. C'est pas comme si on manquait de main d'oeuvre dans les districts...Ils peuvent bien se passer de quelques rebelles. Peut-être même qu'ils nous exécuteront en direct, sur les écrans, pour donner l'exemple, montrer ce qui arrive aux agitateurs...J'en sais rien. Mais toi et moi, on est comme des jouets cassés. On est dépassés, déjà oubliés. Ni un camp ni l'autre ne s'embarrassera de nous. » Tu gardes les yeux fixés sur tes ongles avant de risquer un regard vers Jonathan. « J'aimerais me tromper. J'espère me tromper. Il y a toujours une chance qu'ils nous relâchent...Après tout, je ne vois pas pourquoi ils nous garderaient en vie en ce moment. » Tu hausses les épaules et tentes un sourire.

Moi aussi, je voudrais bien sortir d'ici.

Il se frotte l'épaule longuement. Ça te rappelle ces soirées des derniers mois, avec les autres rebelles, où tu frottais tes courbatures en essayant de te vider la tête. Ce n'était pas trop difficile, tu étais trop fatiguée pour former une pensée décente. Mais Jonathan ne peut pas avoir de courbatures, pour la simple raison qu'il doit y avoir des mois qu'il n'a pas fait d'exercice physique. À moins qu'il fasse des pompes dans sa cellule pour passer le temps et qu'il se soit claqué un muscle...Non, non, on dirait que c'est plus grave encore. C'est une ancienne blessure. Une qui le fait encore souffrir des mois plus tard, longtemps après que sa peau ait cicatrisé. Tes yeux roulent sur son corps maigre, presque maladif, sur lequel subsistent encore les signes d'un corps jeune, vif, plein de santé. Ce n'est pas de la pitié qui t'enveloppe alors, mais plutôt une sorte de curiosité. « Qu'est-ce qui est arrivé à ton épaule ? » C'est peut-être indiscret mais tu n'as jamais eu beaucoup de tact pour ce genre de choses. Jamais trop compris les gens, en fait.

L'oubli te court après. Tu dois le semer, ne pas le laisser t'engloutir, te dévorer, ronger tes os et ta conscience. Pour ça surtout, il faut parler. Parler avec Jonathan pour continuer à exister, si ce n'est pour une seule personne.
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Jonathan Templebar
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Mar 11 Nov - 19:53

« Raconte moi un peu le commis et sa fiancée. »

Tiens ? Voilà une demande surprenante. Avant de m’interroger sur moi-même, d’où je viens, dans quelles circonstances tragiques je me suis retrouvé en prison, qui pleure mon sort au district (réponses : du Trois, une erreur, personne), elle s’intéresse directement à l’employé des cantines. C’est un sacré coup pour mon pauvre et fragile ego… Mais bon, je suppose que je ne peux pas lui en vouloir de rechercher des histoires légères, différentes de ce qu’elle vit, et qui ont encore une chance d’avoir une fin heureuse, à elle qui sourit de toutes ses dents dans l’espoir de s’évader par la pensée.

Et puis Joss sera tellement heureux de pouvoir déballer sa vie à nouveau. Sans compter de recevoir des conseils sur ses histoires de cœur directement d’un membre de la gente féminine. Parce que, même dit gentiment, je reste une vraie bille dès qu’on touche à de la relation longue durée.

« Tu lui d’manderas directement demain, ça lui fera plaisir. Et ça l’mettra dans d’bonnes dispositions pour t’ramener plus de bouffe. »

Je me demande s’ils ont prévu de nous garder dans la même cellule longtemps. Je me demande même si c’était prévu. L’isolation est pourtant un de leurs moyens clefs pour faire craquer les prisonniers. Mais bon, ils ont bien fini par comprendre que je n’avais rien de chez rien à leur confesser, peut-être que c’est la même chose pour Romy. Et du coup, ils font de l’économie de chauffage.

J’aurais pourtant cru qu’ils tuaient les prisonniers dont ils n’avaient plus l’utilité… Ce qui me laisse donc avec deux conclusions : soit ils sont plus humains que nous ne nous l’imaginons dans les districts, soit ils n’ont pas encore compris que je ne leur suis d’aucun utilité. Peut-être qu’ils espèrent quelque chose de mon père… Si c’est le cas, je leur souhaite bonne chance. Sincèrement.

Et comme pour appuyer un peu plus ces pensées très joyeuses, Romy lâche de la résignation plein la voix :

« Je ne pense pas qu'ils nous relâcheront. »

Oui, moi non plus. Pas vraiment. J’espère, parce que sans ça j’aurais déjà essayé de me suicider en m’étouffant avec mes lentilles, mais je n’y crois pas. Ils me prennent quand même pour l’agitateur qui a fait sauter le groupe électrogène du camp principal des forces armées de la capitale dans le Trois. Avant de s’enfuir avec un pick-up rempli de munitions.

J’espère que ce cinglé va bien.

« Ça m'étonnerait, reprend ma colocataire. C'est pas comme si on manquait de main d'œuvre dans les districts...Ils peuvent bien se passer de quelques rebelles. Peut-être même qu'ils nous exécuteront en direct, sur les écrans, pour donner l'exemple, montrer ce qui arrive aux agitateurs... »

Est-ce que c’est sain de lui dire que j’arrive gentiment à un point où l’exécution pure et simple, par pendaison, chaise ou injection peu importe, me semble plus attirante que rester là où je ne peux pas voir le ciel ? C’est bien simple, être enfermé ici sans aucun contact avec le monde, c’est comme ne pas exister du tout. C’est exactement comme être mort, sauf que tu as encore faim, tu te souviens encore et tu as encore conscience du temps. Alors, à tout prendre, autant être mort.

Sauf que j’espère encore. Les travaux forcés, c’est mon rêve. Casser des cailloux, trimbaler des paniers de plusieurs dizaines de kilos, creuser des fosses communes, nettoyer des zones irradiées sans protection ou encore ramasser des déchets chimiques, rien ne me fait peur tant que je peux voir la lumière du jour ou de la nuit.

Et toujours dans l’ambiance, Romy ne s’arrête pas en si bon chemin :

« J'en sais rien. Mais toi et moi, on est comme des jouets cassés. On est dépassés, déjà oubliés. Ni un camp ni l'autre ne s'embarrassera de nous. J'aimerais me tromper. J'espère me tromper. Il y a toujours une chance qu'ils nous relâchent...Après tout, je ne vois pas pourquoi ils nous garderaient en vie en ce moment. »

Déjà oublié, hein. Papa, maman, Lawrence, Annie, tout le monde m’a déjà oublié. Ou enterré. Personne n’espère me voir revenir. Mais je m’en fiche. Je ne m’accroche pas pour rentrer. Je ne survis pas dans mon petit espace capitonné pour les revoir. Même si, c’est vrai, je voudrais bien savoir ce qu’ils deviennent. Si mon père ne s’est pas encore pris une balle dans la tête, si ma mère se planque toujours dans la cave, si le bar de Lawrence est toujours un bastion de paix dans le champ de bataille.

Par toutes les saintes puissances, qu’est-ce que je ne donnerais pas pour un bon bol de nouilles ! Avec des morceaux de poulet dedans. Et de la sauce piquante. Si j’avais encore de la salive, elle déborderait certainement sur mon menton.

Pourquoi je suis encore en train de penser à de la bouffe moi, déjà ? Je ne devais pas me concentrer sur ma nouvelle colocataire ? Heureusement, elle me rappelle à ma réalité dénuée de toute sorte de nouilles par une question à ma portée :

« Qu'est-ce qui est arrivé à ton épaule ? »

Fraking clichés.

« Oh ! Plein de choses, je réponds, débordant d’un enthousiasme que je ne ressens qu’à moitié. Elle s’est pris une balle, un éclat d’obus et elle s’est empalée sur un reste d’fondation. Et je m’la suis déboîtée quand j’étais môme aussi. Et quand mon patron m’balance des cuillers parce que j’suis pas assez concentré sur mon travail, il vise toujours l’épaule gauche. »

J’arrête de déplier mes doigts en même temps que mon énumération, restant un instant arrêté sur l’auriculaire quand je réalise que ce n’est pas du côté de mes ex qu’il faut aller chercher l’origine de la malédiction de mon épaule. C’était Lawrence en fait !

« Bref, dès qu’i’ y’a un coup pour ma pomme, c’est pour mon épaule. Et c’est plutôt positif, parce qu’du coup, j’me suis rien pris dans l’crâne ou dans l’torse. »

Je me lève et étire bien mes bras au-dessus de ma tête. Je ne sais pas si c’est un effet de mon imagination, mais même simplement comme ça, j’arrive à sentir mes cicatrices. Et puis, en faisant un ou deux pas dans l’espace réduit qui s’offre à moi, je me souviens aussi de tout ce qui est arrivé à mon épaule qui n’était pas des coups. Et qui est majoritairement lié à toutes mes ex-petites amies. Mais je me souviens aussi de ma mère qui s’appuie dessus pour tenir debout, d’Annie qui les entoure de ses paumes pour me réconforter, de mon patron qui m’attrape par là pour m’empêcher de quitter le comptoir pour aller draguer une cliente. Je me souviens aussi…

« Et une fois, un chat complètement taré a planté ses griffes dedans et il m’a fallu trois heures pour le faire descendre, » je lance après une brusque volte-face commandée par la brusque réminiscence de cet épisode.

Je vois le visage tuméfié de Romy, et je me calme un peu. Ce ne sont que de vieilles histoires. Même la malédiction de mon épaule ne peut rien contre l’immuabilité de mon petit chez moi. Elle seule peut. Alors je me laisse tomber sur la banquette et décide de ne plus la quitter des yeux désormais. Je connais tout par cœur ici, sauf elle.

« A ton tour d’me raconter une anecdote sur toi. »

J’aurais pu poser des questions spécifiques (à commencer par et toi, qu'est-ce que tu as fait pour qu'ils défigurent ton joli minois ?), mais je me suis retenu. Plus que tout, j’ai peur de la brusquer, de la froisser, de la fermer. Alors s’il y a une partie de sa vie qu’elle préfère passer sous silence parce qu’elle est trop douloureuse ou trop honteuse, qu’elle le fasse. Je ne suis pas vraiment en position de faire ma fine bouche.

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Romy Weverell
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Sam 6 Déc - 11:14


do not go gentle into that good night
rage, rage, against the dying of the light
► Musique

« Oh ! Plein de choses. Elle s’est pris une balle, un éclat d’obus et elle s’est empalée sur un reste d’fondation. Et je m’la suis déboîtée quand j’étais môme aussi. Et quand mon patron m’balance des cuillers parce que j’suis pas assez concentré sur mon travail, il vise toujours l’épaule gauche. Bref, dès qu’i’ y’a un coup pour ma pomme, c’est pour mon épaule. Et c’est plutôt positif, parce qu’du coup, j’me suis rien pris dans l’crâne ou dans l’torse. Et une fois, un chat complètement taré a planté ses griffes dedans et il m’a fallu trois heures pour le faire descendre...  »

Cette malédiction de l'épaule gauche te fait sourire. C'est une chance que tu sois tombée sur lui. Au moins, il parle. Il fait visiblement partie de cette catégorie de gens qui ont du mal à être sérieux plus d'une seconde et demi. C'est plutôt une chance. Tu es bien assez sérieuse pour deux, après tout. Imagine un peu te retrouver avec quelqu'un d'aussi sombre que toi, dans un espace aussi confiné que cette stupide cellule. Tu deviendrais folle, n'est-ce pas ? Lui, il rétablit l'équilibre. Bref, pour une fois tu as de la chance.

« A ton tour d’me raconter une anecdote sur toi. »

Ton sourire détendu se crispe légèrement. Une anecdote ? « Voyons voir. » Il faut que tu le fasses rire, un peu. Alors tu cherches quelque chose, une histoire amusante, le genre de trucs que les gens aiment entendre et qu'ils se racontent autour d'un bon dîner. Mais tu ne trouves rien. Tu essayes pendant quelques secondes d'inventer rapidement quelque chose, mais rien ne vient. Tu n'as jamais eu beaucoup d'imagination de toutes façons. Le monde réel te donnait déjà bien trop à penser, et tes moyens d'échappatoires étaient plus radicaux que l'imagination. Le tabac, l'alcool, tout ça, c'est bien plus efficace que de s'inventer un monde merveilleux avec des poneys roses et des papillons en guimauve qui froliquent dans les champs.

« J'ai pas spécialement de malédiction. La vérité, c'est que je n'avais jamais été blessée avant...Avant ça. » Tu désignes ton visage d'un geste incertain de la main. « Je crois qu'on ne se rend pas bien compte de ce que c'est que la douleur, à dix-sept ans. Je me suis engagée avec les rebelles parce que... » Tu fronces les sourcils. Pourquoi es-tu devenue une rebelle ? Tu ne t'es jamais posé la question, en fait. Et puis tu réalises, et ton cœur se serre. « ...En fait, j'ai juste suivie ma sœur. Ma sœur jumelle. Riley. Elle a toujours été la plus courageuse de nous deux, la plus rebelle en fait. C'est elle qui a voulu s'engager, et j'ai fait comme elle. » C'est bizarre de parler d'elle. Tu ne le fais jamais à haute voix. « Riley et moi on était des copies conformes l'une de l'autre. Tu sais, ces jumelles qui s'amusent à se faire passer l'une pour l'autre ? On était comme ça. Bref, on a fait plusieurs missions ensemble, mais rien de très très important. On avait juste seize ans. » Tu déglutis difficilement. « Tu veux une anecdote hein ? Bon, je vais te raconter. Mais c'est pas drôle. C'est tout sauf drôle. » Ton cœur se met à battre. N'est-ce pas une erreur de lui raconter ça ? Et si il refusait ensuite de te parler ? Si il était soudainement dégoûté par ta personne ? Finies, les conversations pour passer le temps, alors que votre premier jour dans la même cellule ne touche même pas à sa fin. Tu hésites un instant. Et puis tu te lances. « C'était l'année dernière. Notre première mission un peu importante. Il fallait quitter le district, pour la première fois, et aller au Capitole pour voler des documents. Bref. On était un groupe de dix, y compris moi et Riley. Il y avait une autre fille, d'une trentaine d'année, et puis les autres étaient tous des hommes entre vingt et quarante ans. On a marché pendant une semaine, puis deux. Le soir on faisait un feu et on s'endormait sous les étoiles. J'en garde un bon souvenir. » Tu fermes les yeux pour masquer le fait qu'ils se sont embués de larmes.

« Et puis on est arrivés aux abords du Capitole. C'était le soir, on était cachés dans des buissons près des cascades. Et puis, je ne sais pas trop ce qui s'est passé, mais enfin on a été découverts par une patrouille. Je crois qu'un gars est sortie de sa cachette pour aller prendre de l'eau dans la cascade sans voir les Pacificateurs. C'est vraiment très con comme histoire. Bref, ils étaient une vingtaine. Et tout le groupe a sauté des buissons pour tuer les hommes en blanc et étouffer l'affaire. Tu me diras, ils auraient pu laisser le gars se faire prendre et rester en vie, eux, cachés, pour mener la mission à bien. Mais non. Je ne sais pas qui a donné le signal, mais enfin il fallait sortir et tuer les patrouilleurs avant qu'ils puissent donner l'alerte. Je suis sortie des buissons avec Riley. J'avais peur. Elle non. Elle s'est jetée sur un Pacificateur et a réussi à passer son couteau dans un interstice de son armure pour lui trancher la jugulaire. Moi je suis restée immobile, paralysée, comme une gamine. Et puis j'ai vu un de nos hommes tomber, puis un deuxième, et un troisième. J'ai vu qu'on allait se faire tuer, tous. Alors j'ai couru et je me suis aplatie dans un buisson en attendant que ça passe. Personne ne m'a vu. » Tu marques une pause. La honte se lit sur ton visage, même à travers les blessures. « J'avais les yeux grand ouverts, et j'ai tout vu à travers un petit trou dans le feuillage. Ils ont tué l'autre fille, et les hommes, mais ils ont gardée ma soeur. Ils l'ont emmenée, pour lui poser des questions, sûrement parce que c'était la plus jeune, la plus faible, la plus manipulable à leurs yeux. En cinq, six minutes c'était fini. Ils ne m'ont pas trouvée. Je suis restée là pendant le reste de la nuit. » Tu n'oses pas lui décrire comme tu pleurais, recroquevillée sur toi-même, seule. Tu n'oses pas lui dire qu'à l'aube tu es allée t'agenouiller auprès des corps. Tu n'oses pas lui raconter comment tu as voulu les enterrer, en creusant à la main, comment tu as cassé tous les ongles de tes doigts sur des pierres enfouies dans le sol, comment tu as arrosée la terre noire de tes larmes de honte et de tristesse, comment tu as fini par abandonner, comment tu as disposé les corps en pile, et comment tu as fait un grand feu avant de t'enfuir comme une voleuse. « À l'aube j'ai fait brûler les corps et puis je suis repartie avant que le feu attire des hommes en blanc. Je suis restée aux abords du Capitole en essayant de trouver un plan pour retrouver ma sœur. Je me suis même introduite dans la ville avec l'idée de la sortir de là. Mais c'était trop tard. Ils l'avaient déjà fusillée. J'ai vu son nom sur une liste. »

Tes yeux cerclés de violet sont secs mais tu n'oses pas les décrocher du mur blanc pour jeter un regard à Jonathan. « Après ça je suis rentrée au district sans trop de problèmes. J'ai raconté ce qui s'est passé et les gens se sont montrés assez...compréhensifs. Aucun ne m'a regardé avec dégoût comme je le faisais moi-même devant un miroir. Y en a même certains qui m'ont tapoté le dos et m'ont dit que ma réaction était simplement humaine, et qu'il n'y avait pas de honte à avoir. » Un rire noir s'échappe de ta gorge. « Du coup, la mission avait été un échec cuisant. Les chefs m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas, après ça, envoyer un nouveau groupe, sauf si il y avait des volontaires. Il n'y eut personne. Du coup, je me suis portée volontaire pour y aller seule. J'ai de nouveau marché des semaines. Et c'est en arrivant au Capitole que je me suis faite prendre. Et, voilà. Nouvel échec. » Tu désignes la cellule de la main.

Tu n'oses toujours pas le regarder. Il voulait une anecdote amusante, tu lui as balancé un monologue morbide. Sera-t-il capable d'en rire, cette fois ? Tu en doutes.
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Jonathan Templebar
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MessageSujet: Re: No rest for the wicked (Jonathan) ❖ Prison du Capitole, jours sombres Ven 2 Jan - 16:04

Mes histoires d’épaule amène un sourire franc et léger sur le visage de Romy. Ça fait plaisir de voir que mes malheurs passés peuvent faire le bonheur de quelqu’un, et c’est pensé sans ironie. Les gens se lamentent trop de ce qui leur a fait mal, moi, je prends ma revanche en en riant. Après tout là, sur le moment, mon épaule va pour le mieux. Enfin, je ne cracherais pas sur un peu de graisse en plus, mais on fait avec.

Malheureusement, l’idée de me raconter une histoire ne semble pas trop plaire à ma colocataire à en croire son sourire qui se fane et ses traits qui se crispent dans la mimique caractéristique de qui se souvient d’un événement pas joyeux. Je me doute bien qu’elle a vécu une vie pas très heureuse si elle se retrouve ici avec moi, mais, habituellement, même dans les pires vies il y a des tâches badines et vue mon introduction, j’aurais cru qu’elle chercherait plutôt de ce côté-là. Il faut croire qu’elle aime bien plomber l’ambiance.

Disons que ça fait une moyenne avec moi.

De toute façon, je n’ai pas vraiment le choix de colocataire, alors j’ai plutôt intérêt à tout voir positivement, même ce qui m’aurait dérangé sous le soleil, si j’ai envie que cet incarcération ne vire pas au cauchemar. Au pire du pire, si on remarque au bout d’un mois qu’on ne se supporte vraiment pas, je pourrais toujours lui demander de m’étrangler.

Sérieuse comme la mort, Romy commence à raconter. C’est exactement comme tout à l’heure quand elle a détaillé la mort de son chef de groupe. Je remonte mes jambes contre moi et blotti mon menton dans mes genoux en l’écoutant. J’entends une fratrie unie, j’entends la raison d’un enrôlement, j’entends une mission qui a mal tournée, j’entends la défaillance humaine, j’entends un enlèvement, j’entends une perte, j’entends une marche vers la mort. J’entends une tragédie qui suinte de larmes et de sang, qui pue la rouille et la putréfaction et qui cherche à enfoncer les consciences dans des cages insalubres pour les transformer en honte mortifère.

Et je me dis que j’ai de la chance d’avoir été trouvé par Lawrence. Sinon, j’aurais vécu peu ou prou la même histoire, à l’exception de la sœur. Et je me dis que la guerre et moche. Et je me demande ce que je fous là, enfermé dans l’immobilité, avec mes envies de rire et mon incapacité à réponde à la douleur et à la peine. Et bon sang je me demande ce que je peux répondre à ça, ce que je peux faire pour Romy.

Comment suis-je censé savoir si elle veut tout oublier et rire un bon coup en mangeant des lentilles, si au contraire elle veut se contempler dans son chagrin ou si elle veut que je l’aide à trouver un nouveau sens à sa vie ? Je ne suis pas capable de faire le troisième, bien entendu, mais il me reste quand même deux options. Et mon regard fixé sur la face mortifiée d’une jeune fille rongée par des sentiments que je ne comprendrai jamais ne m’aide pas du tout à savoir laquelle est la bonne.

Alors, les idées encore lourdes et gourdes de cet étalage de malheurs, j’essaie de trouver un chemin qui n’a rien à voir avec l’alternative que je viens de me poser.

« Moi j’me suis pas battu. J’suis pas un rebelle. J’ai rien fait pour la liberté. J’ai pas voulu mourir ou tuer pour des idéaux et pour les générations futures. J’ai juste continué à bosser comme si les gens crevaient pas autour de moi. »

Ma voix est morne et horriblement sans vie. Je pense à ma vie de privilégiée dans cette guerre civile : mon père et ses contacts qui trouvent toujours ce dont on a besoin, Lawrence qui arrive à maintenir la paix dans son bar quand on entend des tirs dans la rue, ma mère qui est bien incapable de me regarder avec reproche et tous ceux qui me sourient comme si servir des nouilles dans ce chaos est quelque chose d’important.

« J’ai rien fait pour la rébellion, je continue sans un sourire. J’ai juste fait que’qu’ chose pour un pauvre type qui s’est crashé avec son pick-up débordant d’armes dans mon salon et les forces d’Capitole au cul. J’ai pris sa place. J’le connaissais même pas. J’ai pas réfléchi. J’l’ai juste sorti d’la voiture, planqué dans la cave avec m’mère et m’suis laissé emmener par les types avec les mitraillettes. J’ai laissé les deux seules personnes qu’ont fait que’qu’ chose pour moi sans même dire merci. J’ai dix-huit ans, j’suis enfermé sans espoir d’sortie et j’ai jamais rien fait d’ma vie, ni rien essayé d’faire. »

Je colle bien à l’ambiance là ?

« Échouer, ça veut dire qu’on a essayé. Perdre, ça veut dire qu'on a eu, j’ajoute en dépliant mes jambes, les yeux toujours fixés sur Romy. J’aimerais bien en dire autant. Mais j’peux pas. Alors j’ai pas changé. »

J’aurais bien mis mes mains dans mes poches. Mais je n’ai pas de poches. Alors je les glisse simplement le long de mes hanches et les agrippe au bas de mon haut jaune moche.

Je me déteste pour avoir dit ça sur ce ton. Je déteste dramatiser, c’est tellement lourd et ça fait fraking mal au cœur. Je déteste le découragement. Je déteste faire la moral. Je déteste me plaindre. Je déteste penser que j’ai des raisons de me plaindre. Je déteste croire que je suis un genre de héros pour avoir traversé ce que j’ai traversé. Je déteste me détester.

C’est affreux de ne pas rire, de ne pas être joyeux, de n’avoir aucune blague ni aucun mot léger aux lèvres. C’est horrible de ne pas être satisfait. C’est terrifiant cette envie de pleurer, ce trou dans la poitrine, ces sentiments d’inanité. C’est atroce de se remettre en question. C’est épouvantable d’être triste.

Je ne sais pas comment certains arrivent à vivre une vie ainsi. Moi, je ne peux pas.

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